Trois adolescents restent incarcérés à la prison centrale de New Bell à Douala, selon RFI. Ils y purgent une détention de huit mois, suite à leur arrestation lors des manifestations post-électorales qui ont éclaté dans plusieurs villes du Cameroun à l’automne 2025. Leur maintien en détention prolongée alimente les critiques sur la gestion des suites de la présidentielle d’octobre dernier, remportée par le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.
Ce qu'il faut retenir
- Trois mineurs sont toujours détenus à la prison de New Bell à Douala depuis huit mois.
- Leur arrestation est intervenue lors des manifestations post-électorales de fin 2025, déclenchées après la proclamation de la victoire de Paul Biya.
- Ces événements ont concerné plusieurs villes du pays, avant et après l’annonce des résultats.
Une détention prolongée dans un contexte post-électoral tendu
Les trois adolescents, dont l’âge n’a pas été précisé par RFI, ont été arrêtés dans leurs quartiers respectifs lors des heurts qui ont suivi la proclamation des résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025. Paul Biya, alors âgé de 92 ans, avait été déclaré vainqueur pour un huitième mandat consécutif, un scrutin marqué par des accusations d’irrégularités et de fraudes de la part de l’opposition. Les manifestations, réprimées dans le sang selon plusieurs ONG, avaient entraîné des dizaines de morts et des centaines d’arrestations à travers le pays.
Côté justice camerounaise, aucune explication officielle n’a été fournie quant au maintien en détention de ces trois mineurs, alors que leur cas aurait dû relever, en principe, de la justice des mineurs. Leur situation illustre les dysfonctionnements persistants du système judiciaire camerounais, souvent pointé du doigt pour son manque de transparence et ses délais excessifs dans le traitement des dossiers.
Des arrestations arbitraires dénoncées par les associations
Plusieurs organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch ou Amnesty International, avaient dénoncé dès novembre 2025 l’arrestation « arbitraire et disproportionnée » de ces adolescents. Selon ces associations, les mineurs arrêtés lors des manifestations avaient été placés en détention préventive dans des conditions déplorables, sans accès à un avocat ni à leur famille pendant plusieurs semaines. « Ces détentions prolongées sans jugement violent le droit camerounais et les conventions internationales ratifiées par Yaoundé », avait alors affirmé un responsable d’Amnesty International, cité par RFI.
Côté gouvernemental, aucune réaction publique n’a été enregistrée depuis le début de l’année 2026. Les autorités camerounaises n’ont pas répondu aux demandes de clarification formulées par plusieurs médias locaux et internationaux, dont RFI, sur le statut juridique actuel des trois détenus.
Un climat politique toujours sous tension
Plus de huit mois après les événements, le Cameroun reste marqué par une polarisation accrue entre le pouvoir et l’opposition, tandis que la société civile continue de réclamer la libération des prisonniers politiques. Les tensions persistent, notamment dans les régions anglophones du pays, où le conflit armé entre les séparatistes et l’armée camerounaise s’est intensifié ces derniers mois. Autant dire que la question de la détention de ces mineurs s’inscrit dans un contexte bien plus large de crise politique et sécuritaire.
Par ailleurs, les appels à la clémence lancés par certaines figures de la société civile camerounaise, comme l’avocat et militant Maximilienne Ngo Mbe, n’ont pour l’instant reçu aucune réponse des autorités. « La détention de mineurs est une violation flagrante des droits de l’enfant, a-t-elle déclaré à RFI en mars 2026. Nous exigeons leur libération immédiate et sans condition. »
Quoi qu’il en soit, ce dossier illustre une fois de plus les défis auxquels fait face le système judiciaire camerounais, entre lenteurs procédurales et pressions politiques. Reste à voir si les autorités camerounaises saisiront cette opportunité pour apaiser les tensions ou si, au contraire, la détention de ces mineurs servira de levier dans un bras de fer plus large.
Leur cas soulève des questions sur le respect des droits de l’enfant et les procédures judiciaires camerounaises. Les associations dénoncent des arrestations arbitraires et des détentions prolongées sans jugement, en violation des conventions internationales.