Et si le cuir de luxe, ce matériau emblématique de l’industrie de la mode, provenait un jour non pas d’un animal d’élevage, mais d’une créature disparue il y a des dizaines de millions d’années ? C’est le pari un peu fou mais désormais réel du projet T-Rex Leather, un biomatériau innovant développé par Lab-Grown Leather Ltd en collaboration avec l’agence de communication VML et plusieurs partenaires scientifiques. Selon Euronews FR, cette avancée a été présentée lors du Festival international de la créativité Cannes Lions 2026, où elle a remporté quatre récompenses majeures : trois Lions (or, argent et bronze) dans les catégories relations publiques, innovation et B2B.

Ce qu'il faut retenir

  • Un cuir issu de collagène de T-Rex : le projet utilise des fragments de collagène fossile prélevés sur les restes du premier T-Rex découvert dans le Montana, aux États-Unis.
  • Une reconstitution génétique complexe : l’IA et la biologie computationnelle ont permis de recréer le code génétique manquant pour obtenir une structure de cuir viable en laboratoire.
  • Première application : un sac à main de luxe : la première pièce produite avec ce matériau a été dévoilée lors d’un événement à Amsterdam en avril 2026.
  • Une industrie du cuir cultivé en laboratoire relancée : l’entreprise Lab-Grown Leather abandonne désormais tous ses autres projets pour se concentrer exclusivement sur T-Rex Leather.
  • Quatre Lions à Cannes Lions 2026 : le projet a été récompensé dans les catégories relations publiques, innovation et B2B, saluant ainsi son approche disruptive et son récit scientifique.
  • Un outil clé : l’intelligence artificielle : l’IA a joué un rôle central dans la reconstitution des données manquantes du collagène fossile, rendant le projet réalisable.

Derrière cette innovation se trouve Dimitri Guerassimov, directeur mondial de la création chez VML, qui a détaillé lors d’un entretien accordé à Euronews FR les coulisses de ce projet à la croisée de la science, du design et de la durabilité. « Nous avons réussi à créer un cuir à partir de collagène de T-Rex, récupéré sur les restes du premier T-Rex découvert dans le Montana », a-t-il expliqué. « Cela a été un long processus, sur près de deux ans, faisant appel à un mélange d’IA et d’ingénierie génétique pour le recréer », car les informations disponibles étaient partielles, et il a fallu reconstituer les données manquantes.

Un cuir « précieux » plutôt qu’un sous-produit

Pourquoi un sac à main ? Pourquoi pas une veste ou des chaussures ? Dimitri Guerassimov revient sur le choix du format : « Nous vendons des choses en tant qu’industrie, mais nous essayons aussi de garder une conscience ». Le projet s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de durabilité, alors que l’industrie du cuir cultivé en laboratoire peine à se départir de son image de simple alternative au cuir animal, souvent perçue comme un sous-produit. « Nous avons donc décidé de créer un cuir complètement hors comparaison, vraiment unique, enrichi d’un côté par la science et de l’autre par le récit », précise-t-il.

Le pari semble avoir payé. Lab-Grown Leather, l’entreprise à l’origine du projet, a annoncé basculer entièrement vers T-Rex Leather, abandonnant tous ses autres développements. « Après ce que nous avons fait, le flux potentiel de clients et de collaborations est tel qu’ils vont se concentrer là-dessus », a souligné Guerassimov. « Nous allons passer à l’échelle et cela va devenir quelque chose de vraiment très important ». L’équipe se dit « plutôt satisfaite » de cette évolution, qui pourrait redéfinir les standards du luxe et de la mode durable.

L’intelligence artificielle, moteur d’une révolution scientifique

Sans l’intelligence artificielle, ce projet n’aurait tout simplement pas été possible. « Elle est essentielle, car il s’agit fondamentalement d’une innovation guidée par les données », insiste Dimitri Guerassimov. « Pour reconstituer les parties manquantes du collagène, il faut intégrer l’IA au processus ». Celle-ci a permis de « deviner » et reconstituer les informations manquantes, en se rapprochant au plus près de la réalité biologique d’origine. « C’était le principal obstacle, sinon le projet n’aurait pas été possible », rappelle-t-il. L’idée, pourtant, remonte à bien avant 2026 : l’IA n’était tout simplement pas assez avancée pour être utilisée efficacement à l’époque. Un autre projet avait été développé en attendant, avant que les avancées technologiques ne permettent enfin de concrétiser cette vision.

Cette dépendance à l’IA interroge dans un contexte où l’intelligence artificielle est souvent présentée comme une menace pour les métiers créatifs. Guerassimov nuance ce propos : « La plupart des outils que nous utilisons et que l’on qualifie d’IA sont en réalité des algorithmes prédictifs, très performants avec ce qui existe déjà ». Pour lui, ces outils sont avant tout des « facilitateurs », qui amplifient le travail des créateurs plutôt que de le remplacer. « Ce que cela ne remplace absolument pas, c’est ce que nous faisons en tant que créateurs de contenus », affirme-t-il. « C’est un formidable outil, un grand simplificateur ». Reste à voir où se situent les limites de cette technologie, mais pour l’heure, l’humain conserve une place centrale dans le processus créatif.

Et maintenant ?

La prochaine étape pour T-Rex Leather consistera à industrialiser la production de ce biomatériau et à convaincre les acteurs du luxe de s’en emparer. Lab-Grown Leather prévoit de se concentrer exclusivement sur ce projet, ce qui pourrait accélérer son adoption à grande échelle d’ici fin 2027. Quant à l’IA, son rôle dans la biologie synthétique ne fait que commencer, et de nouvelles collaborations entre scientifiques et créatifs pourraient émerger dans les mois à venir, notamment dans le domaine de la mode et du design.

Si le cuir T-Rex reste pour l’instant un objet unique en son genre, son succès à Cannes Lions et l’engouement suscité par son récit pourraient bien en faire un symbole d’une nouvelle ère pour l’industrie du luxe. Une ère où science et créativité se rencontrent pour proposer des alternatives durables, sans renoncer à l’excellence ni à l’exclusivité.

Selon Dimitri Guerassimov, l’IA a joué un rôle central dans la reconstitution des données manquantes du collagène fossile. Elle a permis de « deviner » et de reconstituer les parties manquantes du code génétique, en se basant sur les informations disponibles et en s’approchant au plus près de la structure biologique originale. « Il s’agit d’une innovation guidée par les données, où l’IA intervient pour combler les lacunes », a-t-il précisé.