Près de cinq mille marins américains doivent débarquer mercredi à Pattaya, en Thaïlande, pour une escale de quatre jours du porte-avions nucléaire USS Abraham Lincoln. Selon nos confrères du Figaro, ce navire, déployé depuis plus de neuf mois en mer de Chine méridionale puis redirigé vers le Moyen-Orient avant le déclenchement de la guerre entre Israël et l’Iran fin février, fait escale dans une ville au lourd passé lié au tourisme sexuel. Alors que les autorités locales espèrent un coup de pouce économique de 2,6 millions d’euros, la police thaïlandaise renforce ses contrôles face aux risques de débordements.

Ce qu'il faut retenir

  • Le USS Abraham Lincoln, en mer depuis 270 jours, accoste à Pattaya dans la nuit de mardi à mercredi pour une escale jusqu’à dimanche soir.
  • Les quelque 5 000 membres d’équipage pourraient injecter jusqu’à 2,6 millions d’euros dans l’économie locale, selon le maire de la ville.
  • La Thaïlande, où la prostitution est illégale, craint une recrudescence des activités illicites malgré les renforts policiers prévus.
  • Chaque marin pourrait dépenser entre 30 et 91 dollars par jour pendant son séjour, sous réserve de respect des règles locales.
  • Des opérations de police menées ce week-end ont abouti à la garde à vue de 40 à 50 personnes soupçonnées de prostitution.

Une escale économique attendue dans une ville en quête de renouveau

L’arrivée du porte-avions américain à Pattaya intervient dans un contexte de saison creuse pour le tourisme local. Le maire de la ville, Poramase Ngampiches, mise sur un apport financier immédiat de 100 millions de bahts (soit 2,6 millions d’euros), soulignant que les marins n’ont « pas dépensé d’argent depuis 200 jours ». Il a appelé les commerçants à modérer leurs prix pour éviter d’exploiter les soldats. « Tout est bon à prendre. Ça devrait amener un petit regain d’activité », confirme Nicko, propriétaire français d’un go-go bar à Pattaya. L’escale s’annonce comme une bouffée d’oxygène pour une industrie du divertissement locale en perte de vitesse.

Cette station balnéaire, autrefois paisible village de pêcheurs, s’est transformée dans les années 1960 en un haut lieu du tourisme sexuel pendant la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, malgré les efforts pour moderniser son image, Pattaya reste associée à cette réputation controversée. « Lorsque nous avons appris qu’un navire de guerre américain allait accoster à Pattaya, cela a été une source d’espoir pour nous », témoigne Lisa Hamilton, présidente de l’Association des entreprises de la vie nocturne de Pattaya. « Je vis à Pattaya depuis plus de 20 ans et je n’ai jamais connu une année aussi calme que celle-ci », ajoute-t-elle.

Sécurité et santé publique au cœur des préoccupations

Face à l’afflux de marins américains, les autorités thaïlandaises ont renforcé les patrouilles autour de la plage principale et du quartier nocturne de la ville. Le chef de la police de Pattaya, Anek Srathongyoo, admet la difficulté à endiguer totalement les activités illicites : « Nous faisons de notre mieux, mais c’est difficile ». Des descentes policières menées ce week-end ont permis de placer en garde à vue entre 40 et 50 personnes suspectées de prostitution. La prostitution est illégale en Thaïlande, mais son industrie reste très visible dans les pôles touristiques comme Bangkok ou Pattaya, malgré les opérations de répression ponctuelles.

Les risques sanitaires et sécuritaires liés à cette escale sont également pointés du doigt par des experts. Pipatpong Fakfare, professeur associé à l’École des sciences humaines et de la gestion du tourisme de l’université de Bangkok, met en garde : « L’arrivée d’un grand nombre de clients pourrait accroître les risques pour la santé et la sécurité, en favorisant notamment l’exploitation sexuelle et la propagation des infections sexuellement transmissibles ».

Un impact économique incertain et des dépenses encadrées

Selon le maire de Pattaya, chaque militaire pourrait dépenser entre 1 000 et 3 000 bahts par jour (soit 30 à 91 dollars), en fonction du temps passé à terre et de la possibilité de passer la nuit sur place. Les permissions seront échelonnées pour éviter un afflux massif simultané. « Cela devrait contribuer à stimuler l’économie de Pattaya à court terme », a déclaré Poramase Ngampiches. Les marins auront toutefois interdiction de pratiquer des sports nautiques comme le jet-ski ou de consommer du cannabis, conformément aux lois thaïlandaises.

L’impact global de cette escale dépendra en grande partie des choix des militaires. Certains pourraient se rendre à Bangkok, à deux heures de route, comme le suggère Thanet Supornsahasrungsi, président de la Fédération des associations touristiques de Chonburi. La ville de Pattaya, qui compte plus de 300 000 chambres, mise sur cette manne financière pour relancer une activité économique en berne.

Et maintenant ?

L’escale de l’USS Abraham Lincoln s’achèvera dimanche soir, mais ses conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà. Les autorités thaïlandaises devront évaluer l’efficacité des mesures de sécurité mises en place, tandis que les commerçants locaux attendront de voir si les dépenses des marins se traduiront par un véritable rebond économique. Pour l’instant, la priorité reste d’éviter les débordements, comme le souligne Nicko : « Après, il va falloir faire attention aux débordements car on sait, l’alcool aidant, que ça peut vite déraper ».

Le porte-avions, qui a quitté San Diego le 21 novembre 2025, poursuivra ensuite sa mission après cette halte thaïlandaise. Son retour aux États-Unis n’est pas encore programmé, dans un contexte géopolitique toujours tendu en mer de Chine méridionale et au Moyen-Orient.

Le bâtiment a été redirigé vers la région après son déploiement initial en mer de Chine méridionale, avant que les États-Unis et Israël ne lancent une guerre contre l’Iran le 28 février 2026. Cette réorientation s’inscrivait dans le cadre d’une réponse américaine aux tensions régionales, selon nos confrères du Figaro.

Les militaires n’auront pas le droit de pratiquer des sports nautiques comme le jet-ski ni de consommer du cannabis, conformément aux lois thaïlandaises. Ils devront également respecter les restrictions locales, notamment l’interdiction de se livrer à des activités prostitutionnelles.