Le collectif Venise4Palestine a lancé un appel solennel aux organisateurs de la Mostra de Venise, exigeant des « mesures concrètes en soutien à la Palestine » avant l’ouverture du festival italien, prévue du 2 au 12 septembre 2026. Dans une lettre ouverte relayée par Le Figaro, des personnalités du monde artistique, dont la Prix Nobel de Littérature Annie Ernaux, la réalisatrice Céline Sciamma et l’actrice Adèle Haenel, ont rejoint ce mouvement de solidarité, aux côtés de figures internationales comme Roger Waters, cofondateur de Pink Floyd.

Ce qu'il faut retenir

  • Une lettre ouverte signée par des artistes comme Annie Ernaux, Céline Sciamma et Adèle Haenel demande aux organisateurs de la Mostra de Venise d’afficher le drapeau palestinien aux côtés des autres drapeaux des films sélectionnés.
  • Le collectif Venise4Palestine réclame la suspension d’accords avec des institutions israéliennes et une transparence totale sur les financements du festival.
  • Parmi les revendications figure l’inclusion de deux films palestiniens dans la sélection officielle : Mowaten Osama d’Ahmed Hassouna et Hiwar ma’ albahr de Muayad Alaya.
  • En 2025, le collectif avait déjà appelé à placer « la résistance du peuple palestinien au cœur du débat public » et à utiliser le terme de « génocide » pour qualifier les actions militaires israéliennes.
  • Selon Venise4Palestine, la situation en Palestine n’a pas évolué malgré les mobilisations internationales, avec une intensification des exactions israéliennes en Cisjordanie, Syrie, Liban et Iran.

Le mouvement s’inscrit dans la continuité des mobilisations de 2025, où le collectif avait déjà tenté d’influencer la programmation de la Mostra. Cette année, ses revendications se précisent : outre l’affichage du drapeau palestinien, il demande aux organisateurs de « hisser le drapeau palestinien aux côtés de tous les autres drapeaux représentant les films de la sélection officielle ». Une demande qui, si elle était acceptée, marquerait une première symbolique pour un festival aussi prestigieux. Les signataires dénoncent également la poursuite des exactions israéliennes, qu’ils qualifient de « génocide » plutôt que de « guerre », et insistent sur la nécessité d’une mobilisation artistique forte pour sensibiliser l’opinion publique.

Parmi les mesures réclamées figure la suspension de tout accord avec des organismes liés au gouvernement israélien. Les organisateurs sont également sommés de garantir une transparence absolue sur les financements de l’événement. Pour Venise4Palestine, ces exigences ne relèvent pas uniquement de la solidarité : elles visent à faire pression sur les institutions culturelles pour qu’elles rompent, ne serait-ce symboliquement, avec les politiques israéliennes. « Des manifestations ont suivi aussi bien dans la rue que dans la mer en solidarité, et cette vague de mobilisation nous a donné l’espoir qu’ensemble, nous pourrions contribuer à mettre fin au génocide », rappellent-ils dans leur lettre.

Une mobilisation qui s’étend au-delà des frontières

La liste des signataires ne se limite pas à la France. On y trouve aussi bien des artistes que des organisations propalestiniennes, ainsi que des personnalités internationales comme Roger Waters. Ce dernier, connu pour son engagement politique, avait déjà été au cœur de polémiques pour ses prises de position en faveur de la cause palestinienne. Son implication dans cette initiative renforce la visibilité médiatique du collectif, même si elle pourrait aussi alimenter les débats sur l’instrumentalisation du festival à des fins politiques.

Le collectif ne se contente pas de demander des gestes symboliques. Il exige également que deux films palestiniens soient intégrés à la sélection officielle : Mowaten Osama, réalisé par Ahmed Hassouna, et Hiwar ma’ albahr, réalisé par Muayad Alaya. Pour Venise4Palestine, ces œuvres pourraient servir de caisse de résonance à la cause palestinienne, en offrant une visibilité médiatique inédite à un conflit souvent relégué au second plan dans les grands festivals. « Israël non seulement n’a pas cessé ses exactions, mais les a poursuivies, étendant sa puissance de feu vers la Cisjordanie, la Syrie, le Liban et l’Iran », dénonce le collectif dans sa lettre. « Pour le peuple palestinien, rien n’a changé. »

Un festival sous haute tension politique

La Mostra de Venise, l’un des trois plus grands festivals de cinéma au monde avec Cannes et Berlin, se trouve une nouvelle fois au cœur de tensions géopolitiques. Selon nos confrères de Variety, les organisateurs avaient initialement annulé la traditionnelle conférence de presse de lancement, invoquant un conflit d’agenda. Ils ont finalement maintenu l’événement, probablement pour éviter d’alimenter les spéculations sur une censure des questions politiques. « La Mostra aurait eu peur que les jurés soient confrontés à des questions trop politiques, comme ce fut le cas ces derniers mois à Berlin et à Cannes », explique un observateur cité par le média américain.

Cette prudence s’explique par les précédents récents. En 2025, le festival de Berlin avait été le théâtre de manifestations pro-palestiniennes, tandis que Cannes avait vu son jury critiqué pour sa composition jugée trop « pro-israélienne » par certains collectifs. La Mostra, qui se veut un espace de dialogue et de neutralité, craint donc de devenir un nouveau champ de bataille idéologique. Pourtant, avec l’engagement de figures aussi influentes que Ernaux, Sciamma ou Haenel, le risque d’une politisation forcée du festival semble inévitable cette année.

Un débat qui dépasse le cadre du cinéma

Cette initiative soulève une question plus large : dans quelle mesure les festivals culturels doivent-ils s’impliquer dans les conflits géopolitiques ? Pour Venise4Palestine, la réponse est claire : « La culture doit être un outil de résistance. » Les signataires rappellent que la Mostra, en tant que vitrine du cinéma mondial, a une responsabilité morale. « Placer la résistance du peuple palestinien au cœur du débat public n’est pas une option, mais une nécessité », affirment-ils.

Pour autant, cette position divise. Certains y voient une légitime défense de la liberté artistique, tandis que d’autres dénoncent une instrumentalisation de l’art à des fins militantes. Le débat n’est pas nouveau : déjà en 2023, le festival de Cannes avait été critiqué pour avoir invité des personnalités israéliennes, avant de faire machine arrière sous la pression de plusieurs associations. Cette année, la Mostra pourrait bien devenir le théâtre d’un affrontement symbolique entre engagement et neutralité.

Et maintenant ?

Les organisateurs de la Mostra n’ont pas encore réagi officiellement à la lettre ouverte de Venise4Palestine. Une réponse est attendue dans les prochains jours, alors que les préparatifs du festival s’accélèrent. Si la demande d’affichage du drapeau palestinien était acceptée, elle marquerait un tournant dans l’histoire du festival. À l’inverse, un rejet catégorique pourrait déclencher de nouvelles manifestations, tant dans les rues de Venise que sur les réseaux sociaux. Une chose est sûre : la question palestinienne, déjà centrale dans les débats culturels internationaux, s’invitera une nouvelle fois au cœur de la Mostra de Venise.

Cette mobilisation artistique intervient alors que la situation en Palestine reste au cœur de l’actualité internationale. Malgré les condamnations répétées de l’ONU et de plusieurs pays, les exactions israéliennes se poursuivent, étendant leur emprise bien au-delà de la bande de Gaza. Dans ce contexte, les festivals de cinéma, en tant que lieux de débat et de réflexion, se retrouvent une nouvelle fois au cœur d’une polémique où l’art et l’engagement politique ne peuvent plus être dissociés.

Le collectif exige l’intégration dans la sélection officielle de Mowaten Osama, réalisé par Ahmed Hassouna, et de Hiwar ma’ albahr, réalisé par Muayad Alaya. Ces deux films traitent directement du conflit israélo-palestinien et pourraient, selon le collectif, offrir une visibilité inédite à la cause palestinienne lors du festival.