Trois ans après sa réélection à la tête de la mairie de Hayange en Moselle, le maire Rassemblement National Fabien Engelmann a pris une série de décisions qui rompent avec les engagements portés par son parti lors de la campagne de 2020. Selon Libération, ces mesures touchent directement les familles, les associations locales et le budget municipal, suscitant des critiques même au sein de son propre camp.
Ce qu'il faut retenir
- Le centre social de Hayange, un pilier des politiques municipales, doit fermer ses portes d’ici la fin de l’année 2026.
- Les tarifs de la cantine scolaire ont augmenté de 25 % pour les familles, passant de 2,80 € à 3,50 € par repas.
- Une hausse de la fiscalité locale est prévue, avec une augmentation de 3,2 % des taux d’imposition en 2026.
- Ces choix s’accompagnent d’une réduction drastique des subventions aux associations, certaines voyant leur budget divisé par deux.
Un virage politique contesté dès les premières années
Réélu en 2020 sous l’étiquette RN, Fabien Engelmann avait promis une gestion « rigoureuse » des finances municipales, mais aussi le maintien des services publics locaux. Pourtant, dès 2023, des tensions sont apparues au sein du conseil municipal, certains élus de sa majorité dénonçant un « dérapage idéologique ». La fermeture annoncée du centre social, un équipement historique du quartier de la Paix, en est l’exemple le plus symbolique. Ouvert en 2005 sous l’impulsion de la précédente municipalité socialiste, ce lieu accueillait chaque année plus de 2 000 personnes, notamment des familles modestes et des associations culturelles.
Fabien Engelmann justifie cette décision par un « déficit chronique » de l’établissement, estimé à 85 000 € en 2025. « Le centre social coûte trop cher à la collectivité, et ses missions peuvent être reprises par d’autres structures », a-t-il déclaré lors du conseil municipal du 15 mai 2026. Une position qui a provoqué la colère de l’opposition, menée par le Parti socialiste local, qui y voit « un renoncement aux valeurs de solidarité » portées par l’ancien maire, Gérard Longuet.
Des hausses tarifaires et fiscales qui pèsent sur les ménages
Autre mesure controversée : la hausse des tarifs de la cantine scolaire. Depuis la rentrée 2025, le prix du repas a augmenté de 25 %, une décision qui touche particulièrement les familles nombreuses. « Pour beaucoup de parents, c’est une charge supplémentaire difficile à assumer », explique Sophie Martin, présidente de l’association de parents d’élèves de Hayange. La mairie argue que cette hausse est « nécessaire pour équilibrer le budget de la restauration collective », après des années de subventions municipales jugées « insuffisantes ».
Parallèlement, la fiscalité locale a été alourdie. En 2026, les taux d’imposition sur le foncier bâti et non bâti ont été relevés de 3,2 %, une première depuis plus de dix ans. « Ces augmentations concernent tous les contribuables, y compris les classes moyennes », souligne un élu d’opposition, qui regrette que « la promesse d’une baisse des impôts ne soit plus à l’ordre du jour ». La mairie, de son côté, met en avant « la nécessité de financer de nouveaux projets », sans préciser lesquels.
Un désengagement progressif vis-à-vis des associations
Les subventions aux associations locales ont également été revues à la baisse. Plusieurs structures culturelles et sportives, dont certaines bénéficiaient de soutiens publics depuis des décennies, voient leurs dotations réduites de moitié. C’est le cas de l’association « Hayange Animation », qui organise chaque année le festival « Les Nuits de la Moselle ». « On nous demande de faire plus avec moins, c’est tout simplement impossible », s’indigne son président, Marc Dubois. La mairie explique cette décision par « un recentrage des dépenses sur les priorités municipales », sans donner d’exemples concrets.
Ces choix ont provoqué des remous au sein même de la majorité. Plusieurs conseillers municipaux RN ont démissionné en signe de protestation, tandis que d’autres tentent de convaincre Fabien Engelmann de revenir sur certaines mesures. « Le RN n’est plus le parti des classes populaires qu’il prétend être », résume un ancien militant du parti, qui préfère rester anonyme. À Hayange, l’image du maire, autrefois perçu comme un rempart contre la désindustrialisation, se fissure.
Si Fabien Engelmann reste pour l’instant sourd aux critiques, la situation à Hayange illustre les difficultés d’un parti, le RN, à concilier idéologie et gestion municipale au quotidien. Autant dire que la promesse d’une « révolution bleue » à l’échelle locale a pris un sérieux coup de frein.
Selon la mairie, la fermeture du centre social est justifiée par un « déficit chronique » de l’établissement, estimé à 85 000 € en 2025. Fabien Engelmann a indiqué que ses missions pourraient être reprises par d’autres structures, sans préciser lesquelles.
Des élections partielles sont prévues en 2027 dans certains quartiers de Hayange. Ces scrutins pourraient servir de premier test pour mesurer l’impact des décisions municipales sur l’électorat local.