Alors que l'Afrique du Sud retient son souffle, des milliers de migrants malawites se trouvent bloqués dans un centre d'accueil provisoire à Durban, après une série d'attaques xénophobes et de manifestations anti-immigrés survenues fin juin. Selon Courrier International, la situation s'est encore tendue avec l'appel lancé par le mouvement March and March, soutenu par des dizaines d'organisations et de partis politiques, qui a fixé au 30 juin un ultimatum aux étrangers pour quitter le pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 11 000 Malawites se trouvent rassemblés à Durban, après avoir fui les violences dans un vaste parking transformé en camp provisoire.
  • Le gouvernement sud-africain a mobilisé près de 10 000 policiers ainsi que des drones et des hélicoptères pour éviter une escalade des violences.
  • Le mouvement March and March a été accusé par le secrétaire général de l'ANC, Fikile Mbalula, de recevoir le soutien de l'ancien président Jacob Zuma, condamné en 2021 pour outrage à la justice.
  • Entre le 19 et le 27 juin 2026, au moins un mort (un Malawite de 29 ans battu à mort à Pietermaritzburg) a été recensé lors d'actes xénophobes.
  • Les services de renseignement craignent des violences sporadiques dans les zones informelles, notamment des contrôles au porte-à-porte et des affrontements communautaires.
  • Les émeutes xénophobes de 2008 et 2021, ayant fait respectivement une soixantaine et plus de 350 morts, rappellent les risques d'une escalade actuelle.

Un ultimatum aux migrants sous haute tension sécuritaire

Depuis le 27 juin 2026, plus de 11 000 ressortissants malawites sont regroupés dans un centre d'accueil improvisé à Durban, alors que les autorités locales tentent d'organiser leur rapatriement vers le Malawi. Selon Courrier International, Pretoria et Lilongwe coordonnent depuis plusieurs jours les procédures d'évacuation, mais la précipitation des migrants reflète la peur d'une nouvelle flambée de violences.

Le mouvement March and March, qui fédère des dizaines d'organisations et de partis politiques, a choisi le 30 juin comme date butoir pour exiger le départ des étrangers. Le rassemblement prévu ce jour-là à Johannesburg et dans d'autres villes sud-africaines suscite l'inquiétude, d'autant que des heurts violents ont déjà éclaté dans la province du KwaZulu-Natal, où des groupes d'autodéfense ont expulsé des résidents perçus comme étrangers.

Des violences xénophobes alimentées par des discours politiques et des réseaux sociaux

Les attaques contre les migrants ne se limitent pas aux manifestations. Depuis plusieurs semaines, une campagne de haine intense se déploie sur les réseaux sociaux, accusant les étrangers sans papiers d'être responsables de la hausse de la criminalité et du chômage en Afrique du Sud. Fikile Mbalula, secrétaire général du Congrès national africain (ANC), a directement pointé du doigt l'ancien président Jacob Zuma, condamné en 2021 à 15 mois de prison pour outrage à la justice.

« Zuma pousse les gens vers le chaos et l'anarchie en soutenant March and March », a affirmé Mbalula selon News24. Les autorités craignent que ces appels ne ravivent les tensions, comme ce fut le cas en 2021, lorsque l'arrestation de Zuma avait déclenché des émeutes ayant fait plus de 350 morts.

« Cette fois, nous sommes prêts », a titré le Sunday Times le 28 juin 2026, en référence aux mesures exceptionnelles prises par le gouvernement sud-africain.

Un contexte historique de violences xénophobes récurrentes

L'Afrique du Sud n'en est pas à sa première crise xénophobe. En mai 2008, des émeutes avaient déjà fait une soixantaine de morts, ciblant principalement des migrants zimbabwéens et mozambicains. Le chômage de masse, estimé à plus de 30 % de la population, et la dégradation des services publics alimentent depuis des années un sentiment anti-étrangers.

Selon Defence Web, un site spécialisé dans les questions de défense, les violences pourraient s'intensifier dans les zones d'habitat informel, où des groupes d'autodéfense multiplient les expulsions arbitraires. « Toutes les personnes perçues comme potentiellement immigrées, qu'elles soient en situation régulière ou non, sont souvent visées », met en garde le média.

Des mesures sécuritaires renforcées face au risque d'escalade

Pour éviter une répétition des drames de 2008 et 2021, les autorités sud-africaines ont déployé des moyens exceptionnels. Près de 10 000 policiers, des drones et des hélicoptères surveillent les zones à risque, tandis que les services de renseignement estiment que des violences sporadiques « pourraient se manifester » dans les jours à venir.

Les craintes portent notamment sur des contrôles au porte-à-porte, des assassinats ciblés et des affrontements communautaires. Le Sunday Times souligne que ces violences pourraient survenir avant, pendant et après le 30 juin, date de l'ultimatum lancé par March and March.

Et maintenant ?

Si le gouvernement sud-africain affirme être préparé à toute éventualité, la prudence reste de mise. Les prochains jours seront décisifs : la capacité des forces de l'ordre à contenir les violences, ainsi que l'évolution des négociations entre Pretoria et Lilongwe pour le rapatriement des Malawites, pourraient déterminer l'ampleur de la crise. Une nouvelle escalade xénophobe pourrait, en effet, aggraver une situation économique déjà fragile et alimenter davantage les tensions sociales.

Les organisations de défense des droits de l'homme appellent à la retenue, tandis que les gouvernements du Malawi et d'autres pays africains ont déjà commencé à organiser le retour de leurs ressortissants. La date du 30 juin s'annonce donc comme un tournant, susceptible de cristalliser ou, au contraire, d'apaiser les tensions qui traversent actuellement l'Afrique du Sud.

March and March est une coalition de dizaines d’organisations et de partis politiques sud-africains qui a lancé un ultimatum le 30 juin 2026, exigeant le départ des étrangers du pays. Soutenu selon des accusations officielles par l’ancien président Jacob Zuma, ce mouvement alimente une campagne de haine en ligne et organise des marches qui, selon les observateurs, risquent de dégénérer en violences contre les migrants.

Le gouvernement a mobilisé près de 10 000 policiers, ainsi que des drones et des hélicoptères pour surveiller les zones à risque. Des négociations sont en cours avec le Malawi pour organiser le rapatriement des migrants, tandis que les services de renseignement surveillent les groupes d’autodéfense et les appels à la violence sur les réseaux sociaux.