Dans son analyse du rapport annuel 2025 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), le sociologue Michel Wieviorka met en lumière les transformations profondes des formes de racisme et d’antisémitisme en France. Selon Libération, ce document, rendu public en juillet 2026, révèle une recomposition des discours de haine, désormais moins idéologiques et plus stratégiques.

Ce qu'il faut retenir

  • L’antisémitisme évolue vers une forme « infra-politique » à l’extrême droite, échappant aux cadres traditionnels des partis.
  • À gauche de la gauche, l’antisémitisme prend une dimension « électoraliste », instrumentalisé pour mobiliser des franges militantes.
  • Le rapport 2025 de la CNCDH, publié en 2026, souligne l’urgence d’une approche conjointe contre le racisme et l’antisémitisme.
  • Michel Wieviorka, sociologue reconnu, décrypte ces mutations dans une tribune exclusive pour Libération.
  • Les deux phénomènes, bien que distincts, partagent des mécanismes de diffusion similaires, notamment via les réseaux sociaux.
  • La CNCDH insiste sur la nécessité de politiques publiques adaptées à ces nouvelles formes de haine.

Une recomposition des discours de haine en France

D’après l’analyse de Michel Wieviorka, l’antisémitisme ne se manifeste plus uniquement à travers des idéologies structurées, comme ce fut le cas historiquement. Dans son article publié par Libération, le sociologue explique que « l’antisémitisme infra-politique » à l’extrême droite relève davantage de pratiques diffuses, portées par des groupes ou des individus isolés, plutôt que par des organisations politiques clairement identifiées. Ce phénomène, moins visible, rend la lutte contre ces discours plus complexe, car il s’insinue dans des espaces où les repères idéologiques traditionnels s’effritent.

À l’inverse, côté gauche radicale, Wieviorka souligne une instrumentalisation de l’antisémitisme à des fins stratégiques. « L’antisémitisme électoraliste » vise à mobiliser des bases militantes en exploitant des thèmes conspirationnistes ou des controverses politiques, souvent liés au conflit israélo-palestinien. Cette tendance, bien que minoritaire, contribue à normaliser des discours stigmatisants dans certains cercles militants.

Le racisme et l’antisémitisme, deux combats indissociables

Le rapport 2025 de la CNCDH, que Michel Wieviorka analyse en profondeur, insiste sur la nécessité de penser ensemble la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Selon les termes du sociologue, « ces deux phénomènes, bien que distincts, sont souvent liés par des mécanismes de diffusion similaires, notamment via les réseaux sociaux ». Les algorithmes des plateformes numériques, en amplifiant les contenus polarisants, favorisent la propagation de stéréotypes racistes ou antisémites, quels que soient leurs origines.

Le document de la CNCDH, fruit d’un travail collectif impliquant des associations, des chercheurs et des institutions, rappelle que les discriminations raciales et antisémites touchent des millions de personnes en France. En 2025, les signalements d’actes racistes ont augmenté de 12 % par rapport à l’année précédente, tandis que les actes antisémites ont connu une hausse de 8 %, selon les données officielles citées dans le rapport. Ces chiffres illustrent l’urgence d’une réponse coordonnée.

Des défis pour les politiques publiques

Michel Wieviorka, dans sa tribune pour Libération, appelle à repenser les dispositifs de lutte contre les discriminations. « Il ne suffit plus de condamner les discours de haine en surface, il faut comprendre leurs mécanismes de propagation et adapter les réponses », explique-t-il. Le sociologue souligne que les politiques actuelles, souvent centrées sur la répression, devraient être complétées par des mesures de prévention et d’éducation, notamment auprès des jeunes générations.

Le rapport de la CNCDH propose plusieurs pistes, comme le renforcement des modules éducatifs sur l’histoire des discriminations ou la création de cellules dédiées à la veille des discours de haine en ligne. Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la diffusion de contenus haineux. En 2025, 68 % des signalements pour antisémitisme ou racisme provenaient de plateformes numériques, un chiffre qui confirme l’importance d’une régulation adaptée.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des suites données au rapport de la CNCDH. Une conférence nationale, prévue pour l’automne 2026, devrait rassembler les acteurs institutionnels, associatifs et académiques afin de définir un plan d’action concret. D’ici là, les associations de lutte contre les discriminations appellent à une mobilisation accrue, notamment pour sensibiliser les plateformes numériques à leurs responsabilités. Reste à voir si les pouvoirs publics parviendront à traduire ces recommandations en mesures effectives, dans un contexte politique marqué par des divisions sur la question.

Pour Michel Wieviorka, la clé réside dans une approche globale : « Combattre le racisme et l’antisémitisme ne peut se limiter à des mesures sectorielles. C’est un enjeu de société qui nécessite une mobilisation collective, des institutions aux citoyens. »

Selon Wieviorka, l’« antisémitisme infra-politique » désigne des pratiques ou discours antisémites qui échappent aux cadres traditionnels des organisations politiques. Ces manifestations, souvent diffuses, se propagent en marge des structures partisanes, via des réseaux informels ou des individus isolés, ce qui rend leur détection et leur lutte plus complexe.