« Ne donnez rien aux policiers ni aux militaires, ils le gardent pour eux. » Cette phrase, prononcée par une jeune femme en mission de sauvetage à Caracas, résume l’état d’esprit des Vénézuéliens après deux tremblements de terre qui ont frappé le pays ces derniers jours, selon Courrier International. Endurcis par des décennies de crise politique et économique, les habitants tentent désormais de sauver des vies dans un pays où l’État semble absent, laissant les citoyens seuls face à des montagnes de décombres.
Ce qu'il faut retenir
- Deux séismes ont frappé le Venezuela ces derniers jours, plongeant une partie du pays dans le chaos. Les autorités n’ont pas encore communiqué de bilan définitif.
- Une habitante de Caracas a appelé publiquement, sur le réseau social X, à ne pas faire don de matériel aux forces de l’ordre, accusant policiers et militaires de détourner les aides.
- Le dernier séisme majeur à Caracas remontait au 29 juillet 1967, un événement qui avait causé la mort de 236 personnes et fait plus de 2 000 blessés.
- El Nacional, l’un des derniers grands médias indépendants du Venezuela, est aujourd’hui réduit à une publication en ligne depuis l’étranger, après des années de répression sous les régimes de Chávez et Maduro.
- Le directeur d’El Nacional, Miguel Henrique Otero, vit en exil en Espagne depuis 2015, mais son média reste l’un des plus lus du pays grâce à l’utilisation de VPN et à sa forte présence sur les réseaux sociaux.
Un pays sous le choc, sans leadership visible
Les Vénézuéliens, déjà éprouvés par une crise économique sans précédent, affrontent désormais les conséquences de deux séismes qui ont secoué le pays en l’espace de quelques jours. Dans la capitale, Caracas, les habitants se souviennent encore du séisme de 1967, d’une magnitude de 6,7, qui avait paralysé la ville et fait des centaines de morts. À l’époque, le président Raúl Leoni avait confié la gestion de la crise à son ministre des Travaux publics, Leopoldo Sucre Figarella, une figure capable d’organiser les secours et d’informer la population. Aujourd’hui, qui peut jouer ce rôle ?
Le pays, déjà à genoux après des années de gestion chaotique et de sanctions internationales, semble incapable de coordonner une réponse efficace. Les habitants, habitués à se débrouiller seuls, s’organisent pour évacuer les décombres et porter secours aux victimes, mais l’absence de structures étatiques adaptées aggrave la situation. Les images qui circulent sur les réseaux sociaux montrent des citoyens, équipés de casques et de pelles, tentant de dégager des survivants sous des bâtiments effondrés.
Une crise médiatique aggravée par la censure
Le Venezuela compte parmi ses médias traditionnels l’un des plus anciens et des plus respectés du continent : El Nacional. Fondé en 1943, ce quotidien a longtemps été un pilier de l’information indépendante dans le pays. Pourtant, sous les présidences de Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro, le journal a été la cible de pressions judiciaires et de censure systématique. En décembre 2018, il a dû cesser sa publication papier et ne survit aujourd’hui que grâce à une version en ligne hébergée à l’étranger. « Aucune frontière, aucune censure ne nous arrêtera », avait alors déclaré sa rédaction.
Depuis 2022, le site d’El Nacional est bloqué au Venezuela, mais le journal reste accessible via des réseaux privés virtuels (VPN). Son directeur, Miguel Henrique Otero, vit en exil en Espagne depuis 2015, mais il revendiquait encore, en décembre 2025, 12 millions de visiteurs uniques par mois. Un chiffre qui témoigne de la persistance de l’influence de ce média, malgré les obstacles dressés par le pouvoir en place.
Des appels à l’aide détournés par les forces de l’ordre ?
Parmi les messages qui circulent sur les réseaux sociaux, l’un d’eux a particulièrement marqué les esprits. Posté par une jeune femme en mission de secours, il appelle à la méfiance envers les forces de l’ordre : « Ne donnez rien aux policiers ni aux militaires, ils le gardent pour eux. » Une déclaration qui reflète la défiance croissante des Vénézuéliens envers leurs institutions, perçues comme corrompues et inefficaces. Cette méfiance n’est pas nouvelle : après des années de crise économique, de pénuries et de violences, une grande partie de la population se tourne vers l’autogestion plutôt que vers l’État pour survivre.
Les séismes récents n’ont fait qu’accentuer cette tendance. Les habitants, habitués à se passer des services publics, organisent eux-mêmes les secours, les distributions de nourriture et les soins d’urgence. Dans un pays où l’inflation dépasse les 1 000 000 % par an selon certaines estimations, où l’eau courante et l’électricité sont des luxes, la capacité de résilience de la population est mise à rude épreuve.
Un pays en quête d’une réponse, mais sans repères
Le Venezuela traverse une période charnière, où se cumulent crises naturelles et défaillances institutionnelles. Les séismes récents ont rappelé aux habitants la fragilité de leur pays, mais aussi l’absence de leadership capable de les protéger. Pendant des décennies, le pays a été dirigé par des régimes qui ont alterné entre populisme, répression et gestion chaotique, laissant une population épuisée face à des défis toujours plus grands.
Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle de la reconstruction après les séismes, mais celle de la survie même d’un État capable d’assurer la sécurité et le bien-être de ses citoyens. Les Vénézuéliens, eux, continuent de se battre – seuls, comme ils le font depuis trop longtemps.
Les autorités vénézuéliennes n’ont pas encore communiqué de bilan officiel. Les images et témoignages relayés sur les réseaux sociaux montrent des bâtiments effondrés, des routes fissurées et des habitants tentant de dégager des décombres, mais aucun chiffre précis n’a été publié à ce stade, selon les informations disponibles.
La défiance envers les institutions vénézuéliennes, notamment la police et l’armée, s’est construite au fil des années en raison de leur rôle dans la répression des manifestations, de la corruption généralisée et de leur incapacité à assurer des services publics de base. Plusieurs témoignages, comme celui de la jeune femme en mission de sauvetage, dénoncent des détournements d’aides et une gestion inefficace des crises.