Selon Le Figaro, la filière du bio en France traverse une période contrastée. Alors que la consommation de produits issus de l’agriculture biologique montre des signes de reprise après plusieurs années marquées par l’inflation, les surfaces et le nombre d’exploitations engagées dans ce mode de production reculent. Face à ce paradoxe, la Maison de la Bio, fédération réunissant agriculteurs, transformateurs et distributeurs, publie ce mercredi 8 juillet 2026 quinze propositions destinées aux candidats à la présidentielle de 2027. L’objectif affiché : porter la part du bio à 12 % des achats alimentaires d’ici 2030, contre 5,8 % actuellement, et atteindre 21 % de surfaces agricoles en bio, contre 10 % aujourd’hui.
Ce qu’il faut retenir
- La Maison de la Bio publie quinze propositions pour relancer le secteur du bio, confronté à un recul des surfaces et des exploitations engagées, malgré une légère reprise de la consommation.
- La fédération vise un objectif de 12 % de part du bio dans les achats alimentaires d’ici 2030 (contre 5,8 % aujourd’hui) et 21 % de surfaces agricoles en bio (contre 10 %).
- Parmi les mesures phares : des paniers de produits bio gratuits pour les femmes enceintes, une éducation à l’alimentation généralisée et un renforcement des aides européennes.
Un secteur en recul malgré des signes de reprise
La filière bio française, souvent présentée comme un modèle à l’échelle européenne, fait face à un paradoxe. D’un côté, la consommation de produits bio a commencé à se redresser après plusieurs années de hausse des prix et d’inflation. De l’autre, le nombre d’exploitations engagées dans ce mode de production ainsi que les surfaces dédiées diminuent. Cette situation inquiète la Maison de la Bio, qui y voit un risque pour les objectifs fixés par la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat. Celle-ci prévoit notamment de porter la part du bio à 12 % des achats alimentaires d’ici 2030, un seuil déjà atteint dans plusieurs pays européens.
Pour y parvenir, la fédération rappelle que la mobilisation des pouvoirs publics, des acteurs économiques et des consommateurs est indispensable. « Plusieurs pays européens démontrent déjà qu’un tel niveau (de consommation) est accessible lorsque les politiques publiques, les acteurs économiques et les consommateurs avancent dans la même direction », souligne-t-elle dans son communiqué. « Le bio, c’est le bouclier face aux pesticides chimiques. C’est le gardien des ressources et en particulier de l’eau. On a une souveraineté plus forte (...) Et la santé, la santé environnementale et l’économie vertueuse, ce n’est pas de l’idéologie », a déclaré Christophe Barnouin, coprésident de la Maison de la Bio, lors d’une intervention publique.
Quinze propositions pour les candidats à la présidentielle
Les quinze mesures présentées ce mercredi s’articulent autour de plusieurs axes prioritaires. Deux d’entre elles sont déjà en discussion au Sénat dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole. Il s’agit, d’une part, de prioriser l’agriculture bio dans les aires de captage d’eau potable — une proposition que le gouvernement considère comme une solution parmi d’autres, mais pas comme la seule. D’autre part, la fédération demande à la grande distribution et à la restauration collective d’afficher chaque année la part de leurs achats en produits « durables et de qualité ».
Autres pistes envisagées : la mise en place d’une « fiscalité différenciée selon l’impact écologique et social » des entreprises, ainsi que la création d’une interprofession bio et de référents dans plusieurs ministères clés — Économie, Santé, Éducation et Agriculture. La Maison de la Bio plaide également pour un renforcement des moyens de l’Agence Bio, dont le rôle a été fragilisé par des débats budgétaires en 2025. Depuis un changement de gouvernance, cette agence ne prend plus position sur des sujets politiques, ce qui limite son impact.
Des mesures pour les femmes enceintes et l’éducation alimentaire
Parmi les propositions les plus marquantes, la fédération propose de généraliser l’expérimentation de « paniers » de produits bio gratuits pour les femmes enceintes. Une mesure qui s’inscrit dans une logique de prévention et de santé publique, alors que le taux de natalité en France continue de baisser. « Il faut qu’un bébé redevienne tendance », avait d’ailleurs titré récemment un autre média, soulignant l’impact de la démographie sur certains secteurs économiques.
Autre axe fort : rendre obligatoire l’éducation à l’alimentation dès l’école primaire jusqu’au lycée. La Maison de la Bio souhaite également établir un indicateur sur le degré de transformation des produits, généraliser l’utilisation de savons bio dans les institutions publiques et renforcer les aides européennes issues de la Politique agricole commune (PAC) pour le bio. Enfin, elle demande l’application stricte des lois existantes, notamment celles concernant la part de bio dans les cantines scolaires et les revenus des agriculteurs, comme le prévoit la loi Egalim.
Un appel au dialogue avec les pouvoirs publics
Face à ces enjeux, la Maison de la Bio se positionne comme un acteur clé du dialogue avec les pouvoirs publics. « Le bio, c’est le bouclier face aux pesticides chimiques. C’est le gardien des ressources et en particulier de l’eau. On a une souveraineté plus forte (...) Et la santé, la santé environnementale et l’économie vertueuse, ce n’est pas de l’idéologie », a réaffirmé Christophe Barnouin. La fédération appelle donc les candidats à la présidentielle à s’emparer de ces propositions, alors que les débats sur la souveraineté alimentaire et la transition écologique s’intensifient.
La question de la fiscalité écologique revient régulièrement dans le débat. La Maison de la Bio propose d’instaurer une fiscalité différenciée selon l’impact environnemental et social des entreprises, une piste qui pourrait s’inscrire dans les discussions sur la future loi de finances. Reste à savoir si ces mesures seront reprises par les partis politiques, alors que les arbitrages budgétaires et les priorités sectorielles restent un exercice complexe pour le gouvernement.
Si ces mesures étaient appliquées, elles pourraient redonner un souffle à une filière bio qui, malgré ses atouts, peine à concilier croissance économique et transition écologique. Le défi reste de taille : convaincre à la fois les consommateurs, les distributeurs et les pouvoirs publics de la nécessité d’investir massivement dans un modèle agricole plus vertueux.
La Maison de la Bio vise une part de 12 % de produits bio dans les achats alimentaires d’ici 2030 (contre 5,8 % actuellement) et un passage de 10 % à 21 % des surfaces agricoles en bio.