Une étude en cours sur l’impact du changement climatique sur les écosystèmes marins révèle un effet inattendu : l’acidification des océans, provoquée par l’absorption accrue de dioxyde de carbone (CO₂) dans les eaux, pourrait entraîner une réduction de la taille du cerveau des calmars. Ces résultats préliminaires ont été présentés hier, mercredi 8 juillet 2026, lors de la conférence annuelle de la Société pour la biologie expérimentale, qui se tient à Florence, en Italie, comme le rapporte Reporterre.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet de recherche mené par deux scientifiques explore les conséquences de l’acidification des océans sur le développement cérébral des calmars.
- Deux bassins expérimentaux ont été utilisés : l’un simulant les conditions actuelles, l’autre celles prévues pour 2100 si les émissions de CO₂ ne baissent pas.
- Une réduction du cerveau chez les spécimens exposés à un milieu plus acide a été observée lors des premiers résultats.
- La conférence de Florence a servi de cadre à la présentation de ces données, encore en cours d’analyse.
- Les émissions humaines de CO₂ sont pointées du doigt comme responsables de l’acidification croissante des océans.
Une expérience en milieu contrôlé pour mesurer les effets du CO₂
Pour évaluer l’impact de l’acidification, les deux chercheurs à l’origine de l’étude ont placé des calmars juvéniles dans deux bassins aux caractéristiques distinctes. Le premier bassin reproduisait les niveaux actuels d’acidité des océans, tandis que le second était calibré pour simuler les conditions attendues d’ici la fin du siècle si les émissions de CO₂ se poursuivent au rythme actuel. « Nous avons observé une diminution significative de la taille de certaines zones cérébrales chez les individus exposés à un pH plus bas », a déclaré l’un des scientifiques lors de la présentation.
Ces premiers constats soulèvent des questions sur les capacités cognitives futures de ces céphalopodes, dont le système nerveux est déjà l’un des plus développés du règne marin. Les chercheurs précisent que ces résultats restent préliminaires et nécessitent des analyses complémentaires pour être confirmés. D’autres paramètres, comme la survie ou la reproduction des calmars, font également partie des critères étudiés.
L’acidification des océans, un phénomène aux multiples conséquences
L’absorption par les océans de près d’un tiers du CO₂ émis par les activités humaines depuis l’ère industrielle a entraîné une baisse moyenne du pH des eaux de surface de 0,1 unité. Selon les projections du GIEC, cette tendance pourrait s’aggraver, avec une acidité potentielle doublement supérieure d’ici 2100. Les conséquences sur la biodiversité marine sont déjà documentées : blanchiment des coraux, dissolution des coquillages, ou encore perturbations du comportement des poissons. « Les écosystèmes marins sont en première ligne face au changement climatique », a rappelé un océanographe indépendant, non impliqué dans l’étude, lors d’un débat parallèle à la conférence.
Les céphalopodes, dont les calmars, jouent un rôle clé dans les chaînes alimentaires. Une altération de leurs fonctions cérébrales pourrait donc avoir des répercussions en cascade sur l’ensemble des espèces qui en dépendent, y compris pour la pêche industrielle. D’autant que les calmars figurent parmi les ressources marines les plus exploitées au monde, avec des captures annuelles dépassant les 3 millions de tonnes.
Si ces résultats se confirment, ils pourraient renforcer les arguments en faveur d’une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, au-delà des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris. Pour l’heure, les données restent à consolider, mais elles rappellent une fois de plus l’urgence d’agir face à la crise climatique.
Les céphalopodes comme les calmars possèdent un système nerveux très développé, dont certaines zones sont particulièrement sensibles aux variations de pH. L’acidité accrue perturbe notamment le métabolisme du calcium, essentiel pour le développement des tissus, y compris cérébraux. Les chercheurs soulignent que leur étude est la première à mettre en évidence un lien direct entre acidification et réduction du cerveau chez ces animaux.