En France, la législation encadre strictement les jeux d’argent en ligne, réservant cette activité à 17 sociétés agréées par l’Autorité nationale des jeux (ANJ). Pourtant, des dizaines de casinos en ligne non autorisés continuent de prospérer, attirant des joueurs malgré les interdictions. Selon Franceinfo - Sport, en collaboration avec le consortium de journalistes Investigate Europe, une enquête révèle comment ces plateformes contourne les règles pour séduire le public français.
Ce qu'il faut retenir
- Au moins 127 plateformes de jeux en ligne, liées à l’entreprise chypriote Soft2Bet, sont accessibles en France malgré leur interdiction.
- 38 de ces sites figurent sur la liste noire de l’ANJ, mais persistent grâce à des sites miroirs qui contournent les blocages administratifs.
- En 2023, 3,09 millions de Français ont joué au moins une fois par mois sur des plateformes illégales, générant entre 748 millions et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires.
- Les méthodes de ciblage incluent des publicités décomplexées sur les réseaux sociaux, comme Facebook, et des campagnes exploitant l’engouement sportif, notamment autour de la Coupe du monde.
- Les sites illégaux promettent des bonus attractifs (jusqu’à 500 euros) et n’imposent aucun contrôle d’identité ni limite de mise.
Une législation stricte mais contournée par des acteurs agiles
La France applique l’une des législations les plus restrictives d’Europe en matière de jeux d’argent en ligne. Seules 17 sociétés licenciées par l’ANJ sont autorisées à proposer des paris sportifs, hippiques ou du poker en ligne. Ces plateformes doivent respecter des règles strictes : vérification d’identité des joueurs, limitation des mises pour limiter l’addiction, et affichage de messages de prévention. Pourtant, malgré ces garde-fous, le marché des jeux illégaux reste florissant.
L’enquête menée par Franceinfo, en partenariat avec Investigate Europe, révèle que des acteurs comme Soft2Bet, basée à Chypre, jouent un rôle clé dans la diffusion de ces plateformes. La société gère une dizaine de marques légales dans certains pays européens, mais 127 sites accessibles en France lui sont directement ou indirectement liés. Contactée par les journalistes, Soft2Bet rejette ces allégations, affirmant que l’interprétation des documents internes est « trompeuse ». La société assure collaborer avec les autorités pour garantir la conformité de ses activités.
Des sites miroirs pour échapper aux blocages administratifs
Parmi les 127 plateformes identifiées, 38 sont inscrites sur la liste noire de l’ANJ, ce qui signifie qu’elles font l’objet d’un blocage administratif. Pourtant, il suffit de quelques clics pour y accéder. Les opérateurs utilisent des sites miroirs, des copies quasi identiques des plateformes originales, avec des adresses modifiées (par exemple, « onlyspins2 » au lieu de « onlyspins »). Ces doublons, créés en masse, permettent de contourner les blocages et de continuer à proposer des jeux aux joueurs français.
L’ANJ admet avoir du mal à suivre le rythme : « Trente-huit sites font l’objet de procédures administratives, et à chaque fois, une vingtaine d’adresses miroirs sont bloquées », explique l’autorité. Les techniques de contournement des casinos illégaux relèvent presque du jeu d’adresse. L’accès à ces sites peut varier selon l’heure ou le jour : certains bloquent les inscriptions pendant les heures de bureau, tandis que d’autres semblent inactifs en semaine mais deviennent accessibles le week-end. Une stratégie qui leur permet de passer pour des plateformes inutilisables en France et d’éviter des sanctions.
Un marché juteux malgré les risques pour les joueurs
Le marché français des jeux illégaux est colossal. Selon les données d’Investigate Europe, un site miroir d’OnlySpins a enregistré un million de visites entre février et avril 2026, dont 20 % provenaient de France. Une étude de 2023 commandée par l’ANJ révèle que 3,09 millions de Français ont joué au moins une fois par mois sur des plateformes en ligne illégales cette année-là, générant un chiffre d’affaires estimé entre 748 millions et 1,5 milliard d’euros. Un montant qui dépasse largement les revenus des opérateurs légaux, malgré leurs pratiques responsables.
Les risques pour les joueurs sont pourtant bien réels. Contrairement aux plateformes légales, les casinos illégaux n’imposent aucun contrôle d’identité ni de limite de mise. Ils n’affichent pas de messages de prévention et ne régulent pas les comportements à risque. « Ils font tout pour que le joueur dépense un maximum d’argent. Ils font miroiter des gains importants, n’instaurent pas de contrôle d’identité. Il n’y a aucune limite dans les mises, donc c’est un danger pour les joueurs », alerte l’ANJ auprès de Franceinfo. En 2023, 79 % du chiffre d’affaires des casinos interdits était généré par des joueurs présentant une pratique à risque, selon une étude de PwC commandée par l’ANJ.
Des publicités omniprésentes sur les réseaux sociaux
Pour attirer les joueurs, les casinos illégaux misent sur une stratégie agressive : la publicité en ligne. Malgré l’interdiction de promouvoir ces sites en France, les réseaux sociaux, notamment Facebook, regorgent d’annonces pour des casinos non autorisés. Une publication repérée par les journalistes promet : « Exclusivement pour la France. 94 % des joueurs gagnent. Bonus de bienvenue sur votre 1er dépôt : 500 euros + 200 tours gratuits. Profitez du jeu dès maintenant ! ». Une autre annonce, diffusée en France, affiche le drapeau tricolore et propose de jouer « 4 jours gratuitement ». Selon les statistiques de Meta, cette dernière a été vue plus de 4 000 fois.
Les casinos illégaux exploitent aussi l’engouement sportif pour séduire leur public. En août 2025, avant le match de Ligue 1 entre Nantes et le PSG, un de ces sites a diffusé un visuel affichant les cotes de paris des deux équipes, accompagné du slogan : « Votre allié pour vivre à fond la nouvelle saison de Ligue 1 ! ». Une vidéo promotionnelle a été vue par 21 000 personnes entre le 29 août et le 20 septembre 2025, affirmant que « 4,8 milliards d’euros ont été gagnés par les joueurs français lors de la saison 2024-2025 ». Contactée par Franceinfo, Meta a indiqué supprimer les publicités enfreignant ses règles, précisant que les annonceurs doivent respecter les législations locales. Quelques heures après cet échange, les annonces signalées avaient disparu de la bibliothèque publicitaire.
Pour les joueurs, la prudence reste de mise. Les campagnes de sensibilisation, comme celles menées par Addictions France, rappellent que les risques d’addiction sont réels. En 2025, l’association évaluait à 5 % la part des joueurs présentant des comportements problématiques sur les plateformes légales — une proportion qui pourrait être bien plus élevée chez les opérateurs illégaux, faute de régulation.
Seuls les sites agréés par l’Autorité nationale des jeux (ANJ) sont légaux en France. Une liste des opérateurs autorisés est disponible sur le site officiel de l’ANJ (www.anj.fr). Tout site non référencé est illégal et son utilisation expose à des risques juridiques et financiers.
Les risques incluent l’absence de garantie sur la sécurité des données personnelles et bancaires, l’absence de protection contre l’addiction, et l’impossibilité de faire valoir ses droits en cas de litige. De plus, les gains ne sont pas garantis et peuvent être bloqués. Enfin, l’utilisateur s’expose à des poursuites pénales pour jeu illégal, passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 375 000 euros.