« Nous devons montrer que nous sommes là. Si on ne réagit pas, c’est terminé, les colons reviendront chaque jour, jusqu’à ce que nous ne puissions plus accéder à nos champs », a déclaré Ajwad, un habitant de 48 ans, alors que les récoltes de blé de son village d’Idhna, en Cisjordanie occupée, étaient menacées par des incendies criminels et des affrontements avec des colons israéliens, selon Le Figaro.

Ce qu’il faut retenir

  • Des colons israéliens ont incendié des champs de blé à Idhna (sud de la Cisjordanie) en juin 2026, malgré la présence de soldats israéliens qui ont tiré à plusieurs reprises.
  • Quatre habitants ont été blessés lors des affrontements avec les colons et l’armée, selon des témoignages recueillis sur place.
  • Les paysans palestiniens voient leur accès aux terres agricoles se réduire chaque année en raison de la multiplication des avant-postes coloniaux et des restrictions imposées par les autorités israéliennes.
  • Un incendie majeur a été maîtrisé après négociation avec l’armée, qui a initialement bloqué l’accès aux pompiers.
  • La récolte du blé, traditionnellement effectuée à la nuit tombée pour éviter les confrontations, est désormais vécue comme une « épreuve à haut risque ».

Une moisson sous tension permanente

La récolte du blé en Cisjordanie s’est transformée en une opération périlleuse pour les agriculteurs palestiniens. À Idhna, dans le sud de la région occupée, des centaines de villageois ont assisté, impuissants, à l’embrasement de leurs champs sous une épaisse fumée noire. Le 5 juin 2026, alors que les flammes dévastaient les cultures, deux véhicules blindés de l’armée israélienne barraient la route, empêchant tout accès. Ce n’est qu’après de longues négociations que les secours ont pu intervenir pour éteindre l’incendie.

L’incident s’inscrit dans une série d’attaques ciblant les terres agricoles palestiniennes. Selon plusieurs observateurs locaux cités par Le Figaro, ces méthodes visent à pousser les paysans à abandonner leurs cultures. « On nous vole notre terre, pas à pas », a confié un agriculteur sous couvert d’anonymat, évoquant une stratégie délibérée de déracinement.

Colons et soldats : une alliance de fait dans les violences

Dès l’aube, des colons israéliens issus des implantations illégales environnantes avaient pris d’assaut les champs de blé. Alors que les habitants tentaient de protéger leurs cultures, l’armée israélienne est intervenue avec des tirs à balles réelles. Quatre Palestiniens ont été blessés, dont deux grièvement, selon des sources médicales locales. Les colons, pour leur part, ont justifié leurs actions en affirmant « marquer leur présence » sur des terres qu’ils revendiquent comme leur.

Les soldats, en bloquant l’accès aux pompiers, ont joué un rôle controversé dans cette affaire. Leur présence a non seulement empêché une intervention rapide, mais a aussi prolongé l’angoisse des villageois. « Il a fallu négocier, c’était comme si on nous faisait une faveur », a souligné Ajwad, amer. Pour lui, chaque saison de récolte est désormais synonyme de stress et de violence.

L’accès à la terre, un enjeu de survie

La Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967, voit ses ressources agricoles se réduire comme peau de chagrin. Selon les dernières données de l’ONU, plus de 1 500 hectares de terres ont été confisqués ou détruits entre 2020 et 2025, principalement au profit de colonies israéliennes en expansion. Les restrictions de mouvement imposées par Israël, ainsi que la multiplication des avant-postes illégaux, compliquent encore davantage la vie des agriculteurs palestiniens.

« Avant, on travaillait en paix. Aujourd’hui, chaque sortie aux champs est une loterie », explique Mohammed, un cultivateur de 55 ans rencontré dans le village de Beit Ummar. Pour éviter les affrontements, beaucoup se résolvent à récolter de nuit, sous couvert de l’obscurité. « On récolte comme des voleurs, par peur des colons et des soldats », résume-t-il sans détour. Cette pratique, bien que dangereuse, est devenue la norme dans plusieurs zones du nord et du sud de la Cisjordanie.

Un contexte politique explosif

Cette escalade des violences survient alors que les tensions entre Israéliens et Palestiniens s’aggravent. Depuis le début de l’année 2026, les incidents impliquant colons et militaires se sont multipliés, avec une augmentation de 40 % des attaques contre des civils palestiniens, selon les chiffres de l’ONG israélienne Yesh Din. Les accords cadres signés entre Beyrouth et Tel-Aviv en mai 2026 n’ont pas, pour l’instant, apporté de solution durable au conflit, notamment pour les villages frontaliers comme ceux de Debel, Ain Ebel ou Rmeich.

Les Nations unies ont maintes fois alerté sur le risque d’un « nettoyage ethnique progressif » dans certaines zones de Cisjordanie, où les communautés palestiniennes sont progressivement isolées. La Cour pénale internationale (CPI) a d’ailleurs ouvert une enquête en 2023 sur d’éventuels crimes de guerre commis dans ce territoire, mais aucune condamnation n’a encore abouti.

Et maintenant ?

La situation des agriculteurs palestiniens de Cisjordanie devrait continuer de se dégrader dans les mois à venir, à moins d’une intervention internationale significative. Plusieurs ONG locales appellent à un boycott des produits issus des colonies israéliennes, tandis que des diplomates européens discutent d’éventuelles sanctions contre les responsables des violences. Du côté israélien, le gouvernement Netanyahu, sous pression pour sa politique de colonisation, n’a pour l’instant pris aucune mesure concrète pour protéger les Palestiniens.

Une réunion d’urgence de l’Union européenne est prévue le 15 juillet 2026 pour évaluer les moyens de pression à disposition. « Le temps joue contre nous », a prévenu un porte-parole de l’Autorité palestinienne, rappelant que chaque saison sans récolte aggrave la crise alimentaire dans les Territoires occupés.

Dans l’immédiat, les villageois d’Idhna et des environs n’ont d’autre choix que de se préparer à une nouvelle saison de récolte sous haute tension. Entre menaces, incendies et restrictions, leur combat pour la terre et la dignité reste plus que jamais un combat quotidien.

Selon plusieurs analystes cités par Le Figaro, ces attaques s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à rendre les terres agricoles palestiniennes inhabitables ou inutilisables. En brûlant les récoltes et en intimidant les cultivateurs, les colons cherchent à pousser les Palestiniens à quitter leurs villages, facilitant ainsi l’extension des colonies israéliennes en Cisjordanie.

Les conséquences sont multiples : perte de revenus pour les familles dépendantes de l’agriculture, aggravation de l’insécurité alimentaire, et déplacement forcé des populations. Selon l’ONU, plus de 10 000 Palestiniens ont été déplacés en Cisjordanie depuis 2020 en raison des violences liées aux colonies. La destruction des cultures prive également les communautés de ressources vitales, notamment en période de sécheresse.