Dassault Aviation dénonce, à travers les déclarations de son PDG Éric Trappier, un « Airbus nous a dit ‘dehors’ » devant une commission du Sénat ce mercredi 1er juillet 2026. Selon BFM Business, l’avionneur accuse son partenaire de l’avoir écarté du programme Eurodrone, un drone de moyenne altitude et longue endurance (MALE) lancé en 2015. Ce désaccord s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les deux industriels, déjà fragilisées par l’échec de leur collaboration sur le Système de combat aérien du futur (Scaf).
Ce qu'il faut retenir
- Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, accuse Airbus d’avoir évincé son groupe du programme Eurodrone, lancé en 2015 pour développer un drone MALE.
- Airbus, maître d’œuvre du projet, est soutenu par l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, tandis que Dassault assurait les systèmes de contrôle de vol.
- Le gouvernement français a supprimé en avril 2026 les crédits pour l’acquisition de six systèmes Eurodrone, jugés inadaptés aux conflits de haute intensité.
- Dassault réclame des compensations après la réallocation des tâches par Airbus, estimant avoir investi dans un programme désormais menacé.
- Les relations entre les deux groupes se sont fortement dégradées après l’abandon du Scaf en 2026, chacun revendiquant un rôle central.
Ce nouveau contentieux intervient alors que l’avenir d’Eurodrone en France est incertain. Dans la loi de programmation militaire actualisée présentée en avril 2026, le gouvernement a retiré les financements dédiés à l’acquisition de six systèmes Eurodrone. Cette décision repose sur l’évaluation que ce drone, conçu pour des missions de surveillance prolongée à moyenne altitude, serait moins adapté aux nouveaux enjeux des conflits modernes, où la menace sol-air et air-air reste prégnante. « Un Eurodrone au-dessus du Sahel, cela vole longtemps et observe bien, cela doit avoir une pertinence. Mais un Eurodrone dans un conflit armé où le ciel n’est pas complètement maîtrisé, où la menace sol-air et air-air est toujours là, c’est surement une cible assez facile », a commenté Éric Trappier lors de son audition.
Aux côtés d’Airbus et de Leonardo, Dassault participait activement au programme en tant que responsable des systèmes de contrôle de vol, un élément clé pour la conduite des opérations. Selon BFM Business, l’avionneur allemand aurait modifié la répartition des travaux après le désengagement de la France, laissant Dassault craindre une perte partielle de ses investissements. « On n’est pas d’accord, et donc on discute de pourquoi on est dehors. Je ne peux plus vous dire où en est le problème, puisque les ponts sont coupés », a déploré le PDG de Dassault. Les négociations, déjà tendues, semblent désormais au point mort, sans perspective de reprise à court terme.
Ce différend s’ajoute à une série de revers pour les deux industriels. L’abandon du Scaf en 2026, après des années de collaboration infructueuse, a révélé des divergences majeures sur la gouvernance et les choix technologiques. Dassault avait notamment milité pour conserver un rôle central dans le projet, qu’il considérait comme stratégique pour l’autonomie européenne en matière de défense. À l’inverse, Airbus défendait une approche plus intégrée, incluant des partenaires supplémentaires. Ces tensions persistent aujourd’hui, alors que chaque groupe tente de repositionner ses activités sur des créneaux porteurs.
L’industrie européenne de la défense, déjà fragilisée par ces échecs, doit désormais faire face à des choix cruciaux. Côté français, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, avait qualifié l’Eurodrone de « drone d’hier que nous aurons demain », évoquant un retard de cinq ans par rapport aux standards actuels. Pourtant, Airbus continue de mettre en avant l’intérêt international pour cette plateforme, dont le premier vol est toujours prévu pour 2029. Plusieurs pays européens, notamment l’Allemagne, maintiennent leur soutien, malgré les remous actuels.
Ce nouvel épisode illustre les défis de l’industrie européenne de la défense, où les rivalités industrielles et les divergences stratégiques freinent souvent l’émergence de solutions autonomes. Pour Dassault, l’enjeu est double : préserver ses investissements et défendre son expertise, alors qu’Airbus doit concilier les attentes de ses partenaires avec les réalités d’un marché en mutation. Une chose est sûre : dans un contexte géopolitique toujours plus tendu, l’Europe ne peut se permettre de multiplier les projets inaboutis.
Le gouvernement français a estimé que le drone Eurodrone, conçu pour des missions de surveillance à moyenne altitude, n’était pas adapté aux nouveaux enjeux des conflits de haute intensité. Cette décision s’inscrit dans une réévaluation des priorités militaires, privilégiant des équipements plus robustes face aux menaces modernes, comme les systèmes sol-air ou air-air.
Dassault risque de perdre une partie des investissements réalisés dans le cadre du projet, notamment dans les systèmes de contrôle de vol. Sans compensation, cela pourrait affaiblir sa position sur le marché des drones militaires et impacter ses activités futures. Le groupe devra donc chercher des alternatives ou négocier un nouveau rôle dans le programme.