Près de 62 % des communes françaises ne comptent plus aucun commerce de centre-ville, selon un rapport parlementaire publié ce mercredi 8 juillet 2026 par des députés de l’Assemblée nationale. Face à l’urgence de la situation, Laurent Lhardit (PS), rapporteur du texte, et son homologue Jean-Pierre Vigier (LR) ont présenté mercredi en commission des Affaires économiques une série de mesures destinées à redynamiser les commerces de proximité, notamment dans les zones les plus touchées par la désertification commerciale.

Ce qu'il faut retenir

  • En dix ans, le taux de vacance des locaux commerciaux dans les villes est passé de 6,8 % à 12 %.
  • 62 % des communes françaises n’ont plus aucun commerce de centre-ville, selon le rapport parlementaire.
  • Les députés proposent la création de zones prioritaires où les loyers commerciaux seraient encadrés pour attirer les commerçants.
  • Une éco-taxe sur la livraison à domicile et une autre à l’échelle européenne sur les grandes plateformes en ligne sont envisagées.
  • Les parlementaires demandent un objectif de « zéro surface commerciale périphérique nette » pour limiter l’étalement des zones commerciales en banlieue.

Un phénomène qui s’aggrave depuis une décennie

Les chiffres sont sans appel : entre 2015 et 2025, le taux de vacance des locaux commerciaux dans les villes françaises a presque doublé, passant de 6,8 % à 12 %, selon les données du rapport. Ce phénomène, qui touche en premier lieu les communes rurales et les villes de taille moyenne, gagne désormais les grandes métropoles. 62 % des communes françaises n’ont plus aucun commerce, un constat alarmant qui a poussé les députés à agir.

Pour expliquer cette dégradation, les parlementaires pointent du doigt plusieurs facteurs : la révolution des modes de consommation, la concurrence déloyale du commerce en ligne et l’héritage d’un demi-siècle de course effrénée aux surfaces commerciales en périphérie. « Le petit commerce de village est bien souvent le dernier lieu de sociabilité », a souligné Laurent Lhardit devant la commission. Avec Jean-Pierre Vigier, il a rappelé que cette situation n’est pas une fatalité, mais le résultat de décennies de politiques publiques et de pratiques commerciales contestables.

Des propositions ciblées pour les zones les plus touchées

Parmi les mesures phares du rapport, la création de zones prioritaires figure en bonne place. Dans ces secteurs particulièrement sinistrés, les maires pourraient encadrer les loyers commerciaux afin d’inciter les commerçants à s’installer. Les députés dénoncent par ailleurs une « vacance parfois artificiellement entretenue par des foncières privées bénéficiant d’avantages fiscaux injustifiés ». Ils proposent donc de réformer ce système pour le rendre plus équitable.

Autre piste avancée : instaurer un objectif de « zéro surface commerciale périphérique nette ». Cette mesure vise à stopper l’expansion des zones commerciales en banlieue, souvent accusées d’asphyxier les centres-villes. Par ailleurs, les députés suggèrent de rapprocher les consignes automatiques de livraison des commerces physiques pour générer du trafic et redonner de la vitalité aux boutiques de proximité.

Des mesures contre le commerce en ligne et ses dérives

Le rapport ne se limite pas à la régulation de l’immobilier commercial. Il s’attaque également aux pratiques du commerce en ligne, jugé responsable d’une partie de la désaffection des centres-villes. Les députés proposent ainsi d’instaurer une éco-taxe sur la livraison à domicile, destinée à rééquilibrer la concurrence entre les commerces physiques et les plateformes numériques. Une autre taxe, cette fois à l’échelle européenne, pourrait cibler les « grandes plateformes » pour limiter leur avantage concurrentiel.

Pour lutter contre les fraudes massives constatées sur les plateformes étrangères, les parlementaires demandent aux pouvoirs publics de renforcer les contrôles. Ils proposent notamment des procédures de sanction accélérées et la possibilité pour les juges français de déréférencer les entreprises récidivistes des moteurs de recherche. Ces mesures visent à rétablir une concurrence loyale et à protéger les commerçants locaux des pratiques abusives.

« Le petit commerce de village est bien souvent le dernier lieu de sociabilité. »
— Laurent Lhardit (PS), rapporteur du rapport parlementaire

Un enjeu qui dépasse les clivages politiques

Bien que portées par des députés de bords politiques différents, les propositions du rapport s’appuient sur un constat partagé : la désertification des centres-villes menace le lien social et l’attractivité des territoires. « On part de très loin », a reconnu Laurent Lhardit, tout en insistant sur la nécessité d’agir rapidement pour éviter que le phénomène ne s’aggrave. Les mesures envisagées, si elles sont adoptées, pourraient donner un coup de pouce aux commerçants, mais aussi redéfinir les règles du jeu entre commerce physique et en ligne.

Reste à savoir si ces propositions trouveront un écho suffisant au sein de la majorité présidentielle et parmi les autres groupes politiques. Le rapport doit encore être discuté en séance plénière à l’Assemblée nationale, où il pourrait faire l’objet d’amendements. Pour les députés auteurs du texte, l’urgence est réelle : « 62 % des communes sans commerce, cela signifie des villages vidés de leur âme, des centres-villes fantômes et des emplois perdus. »

Et maintenant ?

Le rapport parlementaire devra être examiné en séance publique à l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année, selon les informations du Figaro. Si les mesures sont adoptées, leur mise en œuvre dépendra ensuite des décrets d’application et des arbitrages budgétaires. Les élus locaux, quant à eux, pourraient être invités à identifier les zones prioritaires dès le premier semestre 2027. Une chose est sûre : le débat sur l’avenir des centres-villes ne fait que commencer, et les prochains mois seront déterminants pour les commerçants comme pour les consommateurs.

En attendant, la question de la fiscalité des foncières et de l’encadrement des loyers commerciaux reste un point de tension majeur. Les propriétaires de centres commerciaux en périphérie, souvent critiqués pour leur rôle dans la désertification des centres-villes, pourraient contester certaines des mesures proposées. Quant à l’éco-taxe sur la livraison à domicile, elle suscite déjà des débats sur son efficacité et son impact pour les consommateurs.

Reste également à voir comment l’Union européenne réagira à l’idée d’une taxe sur les grandes plateformes en ligne. Si certains États membres pourraient y être favorables, d’autres pourraient y voir une mesure protectionniste contraire aux règles du marché unique. Autant dire que les prochaines étapes s’annoncent complexes.

Le phénomène frappe principalement les communes rurales et les villes de taille moyenne, mais gagne désormais les grandes métropoles. Selon le rapport, 62 % des communes françaises n’ont plus aucun commerce.

Le rapport doit être examiné en séance publique à l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année 2026. Si elles sont adoptées, les mesures pourraient être mises en œuvre dès le premier semestre 2027, sous réserve des décrets d’application.