Alors que les préoccupations liées aux chaleurs extrêmes s’intensifient dans les zones rurales, le parti Europe Écologie Les Verts (EELV) organisait, ce week-end à Gaillac dans le Tarn, la quatrième édition de ses « universités des ruralités ». Une manifestation destinée à affirmer la présence des écologistes dans ces territoires souvent perçus comme des bastions conservateurs, tout en esquivant les questions liées à l’antiracisme et aux tensions politiques locales. Selon Reporterre, cette rencontre illustre les difficultés du mouvement à sortir d’un entre-soi militant pour s’adresser aux populations les plus éloignées de ses cercles traditionnels.
Ce qu'il faut retenir
- EELV organisait samedi et dimanche à Gaillac (Tarn) sa quatrième « université des ruralités », un événement destiné à renforcer son ancrage territorial face à la montée du Rassemblement National (RN).
- Les débats ont porté sur les stratégies à adopter dans les zones rurales, mais les questions antiracistes ont été exclues des discussions, selon plusieurs participants cités par Reporterre.
- Malgré la reconnaissance de l’urgence climatique, les écologistes peinent à convaincre au-delà de leur base militante, notamment dans les campagnes où le RN enregistre des scores élevés.
- Cette édition s’est tenue dans un contexte de canicules plus fréquentes et intenses, rappelant l’urgence d’agir sur les politiques environnementales locales.
Une stratégie d’ancrage rural sous tension
La ville de Gaillac, connue pour son vignoble et son dynamisme agricole, a servi de cadre à cet événement réunissant plusieurs dizaines de militants et élus écologistes. Selon Reporterre, l’objectif affiché était de « réfléchir à une stratégie globale pour les ruralités », un terme qui désigne ici les territoires en dehors des grandes métropoles. Pourtant, malgré cette volonté de diversification géographique, les discussions ont rapidement buté sur les limites du mouvement. « On sait depuis longtemps que les chaleurs extrêmes seront plus fortes et plus fréquentes, mais on ne sait pas encore comment en parler sans braquer une partie de l’électorat », a expliqué un participant sous couvert d’anonymat.
Le parti tente de concilier deux impératifs : séduire les ruraux, souvent sensibles aux discours sur la souveraineté alimentaire ou la défense des services publics, et maintenir son identité progressiste. Une équation d’autant plus complexe que le RN, fort de ses scores aux dernières élections, mise lui aussi sur le mécontentement des campagnes. « Le risque, c’est de donner l’impression que l’écologie est un sujet de bobos urbains », a souligné une élue locale présente à Gaillac. Pourtant, les organisateurs assurent vouloir « décloisonner » le débat, sans pour autant aborder frontalement les enjeux sociétaux qui divisent.
L’antiracisme, un tabou persistant dans les cercles écologistes ?
Parmi les sujets évités lors de ces « universités des ruralités », la question de l’antiracisme occupe une place particulière. Selon Reporterre, plusieurs ateliers ou prises de parole prévus sur le thème ont été annulés ou relégués au second plan, au profit de discussions sur la transition énergétique ou la revitalisation des commerces locaux. « C’est un sujet qui fâche, et on préfère se concentrer sur ce qui nous rassemble », a justifié un organisateur. Une position qui interroge dans un contexte où les tensions raciales et migratoires sont instrumentalisées par l’extrême droite pour gagner en influence.
Pourtant, des voix s’élèvent au sein même du parti pour dénoncer cette forme d’autocensure. « Comment parler de justice sociale sans aborder la question du racisme ? », s’est insurgée une militante lors d’un débat informel. Bref, autant dire que le parti peine encore à trouver un équilibre entre son héritage militant et les réalités des territoires ruraux, où les préoccupations économiques et identitaires priment souvent sur les enjeux environnementaux.
Un défi de taille pour les prochaines échéances électorales
Les écologistes savent que leur survie politique dépendra en grande partie de leur capacité à s’imposer en dehors des grandes villes. Avec 31 % des voix au premier tour des législatives de 2022 dans les zones rurales, selon les données du ministère de l’Intérieur, le RN y est devenu la première force politique. Un constat qui a poussé EELV à multiplier les initiatives pour reconquérir ces territoires, comme en témoignent ces universités des ruralités organisées depuis 2023.
Pourtant, les résultats concrets restent limités. « On organise des réunions, on discute, mais concrètement, comment on fait pour toucher les agriculteurs ou les artisans ? », s’interroge un bénévole. La question se pose d’autant plus que les prochaines échéances électorales — européennes en 2029, puis municipales en 2026 — approchent à grands pas. Reste à voir si cette stratégie d’ancrage portera ses fruits, ou si elle restera cantonnée à un entre-soi militant.
Une chose est sûre : dans un contexte de canicules à répétition et de montée des extrêmes, l’enjeu n’est plus seulement écologique, mais bien politique. Et le temps presse.
Selon plusieurs sources présentes à Gaillac, cette exclusion s’explique par la crainte de braquer une partie de l’électorat rural, souvent réticent à ces sujets. Certains militants dénoncent cependant une forme d’autocensure qui pourrait affaiblir la crédibilité du parti sur les questions de justice sociale.