Selon Euronews FR, la seconde moitié de l’année 2026 s’annonce sous haute tension économique, suspendue à la fragilité d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran. Ce compromis, signé après six mois de guerre et de choc pétrolier, pourrait soit ouvrir la voie à une désinflation portée par une baisse des cours de l’énergie, soit plonger le monde dans un nouveau choc géopolitique et financier.
Ce qu'il faut retenir
- L’accord de paix États-Unis-Iran est qualifié de « domino clé » par Ryan Sweet, économiste en chef mondial chez Oxford Economics, qui détermine si les risques économiques sont amplifiés ou atténués.
- Oxford Economics table sur une croissance mondiale de 3,1 % au second semestre 2026, contre 1,6 % au premier, grâce à une baisse potentielle du prix du pétrole autour de 70 dollars le baril.
- Les tensions commerciales s’intensifient : les États-Unis préparent le remplacement des droits de douane de la section 122 par ceux de la section 301, tandis que l’Europe multiplie les enquêtes contre la Chine.
- La dépendance de l’industrie de l’IA aux chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs d’Asie du Nord-Est et du Sud-Est la rend vulnérable aux perturbations dans le détroit d’Ormuz.
- La Banque des règlements internationaux alerte sur le risque de financement circulaire dans le secteur technologique, susceptible de déclencher une correction plus brutale qu’une crise bancaire classique.
- Les prochaines échéances politiques — élections américaines de mi-mandat en novembre et législatives israéliennes avant fin octobre — pourraient influencer la stabilité de l’accord de paix.
Un accord fragile au cœur des prévisions économiques
Le maintien de la trêve entre Washington et Téhéran conditionne l’ensemble des scénarios économiques pour le second semestre 2026. Selon Ryan Sweet, économiste en chef mondial chez Oxford Economics, « sa solidité déterminera si l’économie mondiale bénéficie d’un vent arrière désinflationniste tiré par l’énergie ou si elle encaisse un deuxième choc pétrolier ». Le rapport de l’institut qualifie cet accord de « domino clé », dont l’effondrement amplifierait les risques, tandis qu’un maintien renforcerait les perspectives de croissance.
Oxford Economics anticipe une accélération de l’activité mondiale, avec une croissance annualisée de 3,1 % au second semestre, contre 1,6 % estimé pour le premier semestre. Cette progression serait principalement tirée par la baisse du prix du pétrole, dont la répercussion sur le pouvoir d’achat des ménages soutiendrait la consommation. Cependant, Ryan Sweet estime les chances d’un accord durable à « pile ou face », reflétant l’incertitude persistante.
Pétrole, tensions régionales et indicateurs clés
Les dernières semaines ont illustré la précarité de la situation. Dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 juillet 2026, l’armée américaine a mené des frappes en Iran après l’accusation d’avoir attaqué trois navires dans le détroit d’Ormuz. Téhéran a répliqué en ciblant Bahreïn et le Koweït. Ces échanges, bien que conformes à une escalade ponctuelle depuis le cessez-le-feu, ont fait craindre un effondrement de l’accord intérimaire. Pourtant, ni Washington ni Téhéran n’ont, pour l’heure, annoncé leur retrait des négociations.
Les marchés ont réagi immédiatement : le prix du baril de Brent, référence internationale, a bondi de plus de 3 % mercredi matin, repassant au-dessus de 76 dollars. Une rupture définitive de l’accord entraînerait des conséquences bien au-delà du marché pétrolier, alerte Ryan Sweet : « elle renforcerait la pression sur les chaînes d’approvisionnement de l’IA en Asie, obligerait les banques centrales à rester restrictives, resserrerait les conditions financières et pourrait influencer l’issue des élections américaines et israéliennes ».
Des prévisions divergentes sur le prix du pétrole
Les scénarios divergent radicalement selon les institutions. Oxford Economics mise sur un baril de Brent à 70 dollars en moyenne d’ici fin 2026, tandis que Morgan Stanley prévoit un retour à 90 dollars — un écart de 20 dollars reflétant des paris opposés sur la solidité de l’accord. De son côté, la Banque mondiale affiche une prudence accrue, anticipant un cours moyen de 94 dollars et un ralentissement de la croissance mondiale à 2,5 % en 2026.
Pour Ryan Sweet, le trafic dans le détroit d’Ormuz constitue un indicateur avancé fiable. L’accord prévoit un retour complet du trafic dans ce point stratégique sous 30 jours. « Un retour durable à 75 % ou plus du trafic d’avant-guerre d’ici la mi-juillet augmenterait la probabilité que l’accord tienne », explique-t-il. L’autre signal à surveiller ? La réaction de l’Iran à d’éventuelles frappes israéliennes : l’invocation de la clause libanaise et son caractère militaire ou rhétorique détermineront l’évolution de la crise.
Commerce international et IA : les autres dominos à surveiller
Le commerce extérieur s’ajoute aux risques géopolitiques. Les droits de douane américains au titre de la section 122 expirent le 24 juillet 2026, mais Washington les remplacera par des prélèvements au titre de la section 301. Oxford Economics anticipe une hausse des droits effectifs dès la fin du mois, avec l’objectif de maintenir des recettes mensuelles comprises entre 25 et 30 milliards de dollars (soit 21,8 à 26,2 milliards d’euros).
L’Europe, de son côté, durcit le ton. La Commission européenne a ouvert plus de 50 enquêtes de défense commerciale contre la Chine en 2026, contre seulement 17 un an plus tôt. Une stratégie plus large de sécurité économique sera dévoilée en septembre. Ces tensions alimentent la flambée des valeurs technologiques, portées par l’IA cette année. Oxford Economics rappelle que l’industrie américaine de l’IA dépend à plus de 60 % des semi-conducteurs et composants expédiés depuis l’Asie du Nord-Est et du Sud-Est — des régions particulièrement exposées aux perturbations dans le détroit d’Ormuz.
Financement circulaire et risque systémique dans l’IA
La Banque des règlements internationaux (BRI) tire la sonnette d’alarme. Le secteur de l’IA repose de plus en plus sur des montages de « financement circulaire » opaques, impliquant fabricants de puces, géants du cloud et laboratoires d’intelligence artificielle, ainsi que sur le crédit privé faiblement régulé. Les prêts au secteur ont quadruplé en cinq ans, selon Zhang Tao, responsable Asie-Pacifique de la BRI. « Un retournement de l’IA pourrait déclencher une correction plus brutale et plus rapide qu’une crise bancaire classique », avertit-il.
Ryan Sweet a modélisé un scénario de « krach technologique » où les actions technologiques américaines chuteraient de 25 % sur un an. Un tel choc plongerait l’économie américaine dans une quasi-stagnation, avec des répercussions mondiales : la croissance mondiale serait réduite de 1,1 point par rapport au scénario de référence d’Oxford Economics pour 2027.
Quelques lueurs d’espoir malgré l’incertitude
Malgré ce tableau contrasté, Oxford Economics souligne des facteurs positifs. L’Union européenne a mieux résisté que prévu au deuxième trimestre 2026, une résilience qui se vérifiera notamment en Allemagne. Selon Ryan Sweet, « si les entreprises allemandes absorbaient la compression de leurs marges liées à la flambée des prix de l’énergie sans réduire leurs investissements ni tirer sur leurs lignes de crédit, cela renforcerait l’idée que la dynamique sous-jacente de l’économie est meilleure que prévu ». À l’inverse, une contraction du crédit bancaire en zone euro serait un signal inquiétant.
L’économiste rappelle que les prévisions d’Oxford Economics accusent déjà en moyenne une erreur d’un point de pourcentage. « La marge d’incertitude autour de cette évaluation est plus large que d’habitude », conclut-il. Autant dire que les prochains mois s’annoncent décisifs pour l’économie mondiale, où chaque accord, chaque décision de banque centrale ou chaque scrutin pourrait faire basculer la balance.
La clause libanaise est une disposition de l’accord de paix permettant à une partie de demander une réunion d’urgence ou des mesures spécifiques en cas de violation des termes, notamment après une attaque considérée comme une escalade militaire. Son invocation pourrait justifier des représailles ou des sanctions ciblées, selon le contexte.