Selon BFM Business, l’Autorité de régulation des transports (ART) estime que la future situation monopolistique de FlixBus sur le marché des cars longue distance, dite « cars Macron », ne présente pas de danger pour les usagers ni pour la concurrence. Une analyse que contestent certains professionnels du secteur, alors que BlaBlaCar a annoncé son retrait définitif du marché en 2027.
Ce qu'il faut retenir
- FlixBus deviendra l’unique opérateur de cars longue distance en France à partir de 2027, après le retrait de BlaBlaCar Bus, prévu pour cette date.
- Le marché des autocars longue distance compte 112 millions de voyageurs depuis 2015, dont 17 millions en 2025, soit 9 % du transport terrestre longue distance.
- L’ART considère que la concurrence intermodale (train, covoiturage, voiture individuelle) limite le pouvoir de marché de FlixBus, malgré son quasi-monopole.
- Camille Leroy-Simon, experte en mobilité, craint une hausse des tarifs, une réduction des lignes secondaires et une baisse de la qualité de service sans concurrence.
- BlaBlaCar a justifié son départ par des difficultés économiques structurelles sur cette activité, malgré une hausse continue des revenus.
Un marché en croissance mais fragilisé par des coûts structurels élevés
Depuis leur lancement en 2015, les « cars Macron » ont connu un succès croissant en termes de fréquentation. En 2025, 17 millions de passagers ont emprunté ces lignes, soit une progression de 4 % par rapport à l’année précédente. Pourtant, la rentabilité reste un défi majeur pour les opérateurs. FlixBus et BlaBlaCar Bus se partagent ce marché, mais la concurrence s’annonce de plus en plus difficile à maintenir.
Dans un communiqué publié en avril 2026, BlaBlaCar a expliqué son choix de cesser son activité de cars longue distance à partir de 2027. La plateforme de covoiturage évoque des « difficultés économiques structurelles » sur ce segment, malgré une augmentation régulière de ses revenus. Une décision qui laisse le champ libre à FlixBus, actuellement seul acteur en lice pour prendre le relais.
L’ART minimise les risques d’un quasi-monopole, mais des voix s’élèvent
Dans son dernier rapport, publié en juin 2026, l’Autorité de régulation des transports (ART) se veut rassurante. Elle estime que plusieurs mécanismes naturels devraient limiter l’impact d’une position dominante pour FlixBus. D’abord, les autocars restent soumis à une concurrence intermodale intense : 42 % des liaisons proposées par les cars sont aussi desservies par le train, un mode de transport privilégié par près de 9 passagers sur 10 sur ces trajets. Ensuite, le covoiturage et la voiture individuelle offrent des alternatives viables, surtout pour des voyageurs sensibles aux prix.
« Plusieurs caractéristiques du marché viennent limiter le pouvoir de marché de l’opérateur dominant », souligne l’ART. Elle ajoute que le marché reste « contestable » : les actifs nécessaires (véhicules) sont mobiles et peuvent être redéployés, ce qui réduit les barrières à l’entrée pour d’éventuels nouveaux concurrents. L’autorité rappelle par ailleurs qu’elle « poursuivra l’évolution des prix et de l’offre afin de s’assurer que l’opérateur dominant n’exploite pas un éventuel pouvoir de marché ».
« Si l'ART indique que des garde-fous existent, il en reste que le retrait de BlaBlaBus pourrait induire une hausse des tarifs faute de concurrence, un recul des lignes secondaires jugées non rentables, et une dégradation du maillage rural et périurbain. »
Des craintes légitimes sur l’accessibilité et la qualité de service
Camille Leroy-Simon, spécialiste du secteur, conteste l’optimisme de l’ART. Pour elle, la situation monopolistique qui se profile présente des risques concrets pour les usagers. D’abord, une hausse des prix est probable, même si elle reste limitée. Les tarifs des cars longue distance sont déjà attractifs par rapport à ceux du train, mais une absence de concurrence pourrait réduire cette marge. Ensuite, les lignes secondaires, souvent moins rentables, pourraient être supprimées ou réduites, affectant particulièrement les territoires ruraux et périurbains.
« Une situation de quasi-monopole peut induire une baisse de la qualité de service, faute de concurrence », explique-t-elle. Elle craint également un report modal vers la voiture individuelle ou le covoiturage, moins écologiques, si les prix augmentent ou si l’offre se dégrade. « Le coût/avantage entre transport collectif et voiture personnelle est déjà tendu pour de nombreux usagers », rappelle-t-elle.
Plus globalement, l’experte pointe une contradiction structurelle du modèle économique des cars longue distance. Pour attirer une clientèle souvent jeune et sensible aux prix, les opérateurs doivent maintenir des tarifs bas, malgré la hausse des coûts d’exploitation (carburant, salaires, etc.). Une équation difficile à résoudre sans une amélioration significative de la rentabilité.
Une divergence d’analyse entre le régulateur et les professionnels
L’ART met en avant les bénéfices de l’ouverture à la concurrence dans le secteur ferroviaire, où elle observe « une augmentation de l’offre, une amélioration de la qualité de service et une pression concurrentielle favorable à la maîtrise des prix ». Pourtant, son analyse sur les cars longue distance semble moins alarmiste que celle des acteurs du terrain. Pour l’autorité, le marché reste suffisamment dynamique pour éviter les abus de position dominante, grâce à la concurrence intermodale et à la possibilité d’entrée de nouveaux opérateurs.
Cette différence de perception interroge. Alors que l’ART souligne régulièrement les vertus de la concurrence pour les consommateurs, son approche sur les cars longue distance peut surprendre. Elle reconnaît d’ailleurs que la situation devra être « suivie de près » une fois BlaBlaCar Bus disparu du marché, prévu pour 2027. L’enjeu ? S’assurer que FlixBus ne profite pas de sa position pour augmenter ses tarifs ou réduire son offre de manière disproportionnée.
En attendant, les usagers et les collectivités territoriales devront se préparer à cette nouvelle donne. Pour les voyageurs réguliers, la vigilance sera de mise : une hausse des tarifs ou une réduction des dessertes pourrait rapidement devenir problématique, surtout dans les zones où les alternatives (train, covoiturage) sont limitées.
Les « cars Macron » désignent les autocars de longue distance dont le marché a été libéralisé en 2015. Cette réforme, portée par le gouvernement alors dirigé par Emmanuel Macron, visait à ouvrir le secteur à la concurrence pour stimuler l’offre et réduire les prix. Depuis, des opérateurs comme FlixBus et BlaBlaCar Bus ont développé des lignes à travers la France, attirant des millions de passagers chaque année.
BlaBlaCar a justifié son départ par des « difficultés économiques structurelles » sur cette activité. Malgré une hausse continue des revenus, la rentabilité reste difficile à atteindre, en raison notamment de la hausse des coûts (carburant, salaires, etc.) et de la nécessité de maintenir des tarifs attractifs pour les usagers. Le retrait est prévu pour 2027.