Le club d’Avoine-Beaumont, meilleur club français de gymnastique ces six dernières années, perd deux de ses entraîneurs emblématiques, Marc et Gina Chirilcenco, recrutés par le Qatar. Plusieurs jeunes gymnastes, dont la prometteuse Perla Denéchère, devraient suivre le mouvement, suscitant l’inquiétude de la Fédération française de gymnastique. Selon Franceinfo - Sport, cette situation illustre une tendance plus large de départs de talents vers des pays cherchant à renforcer leurs performances internationales.

Ce qu'il faut retenir

  • Le couple d’entraîneurs Gina et Marc Chirilcenco, cinq fois champions de France avec le club d’Avoine-Beaumont, a rejoint le Qatar après des mois de négociations.
  • Plusieurs gymnastes du club, dont la Française Perla Denéchère (16 ans), devraient changer de nationalité sportive pour représenter le Qatar.
  • Le club d’Avoine-Beaumont a dominé la gymnastique française ces dernières années, remportant cinq titres nationaux sur six possibles.
  • Des départs vers l’Algérie ont déjà eu lieu, créant une polémique locale sur la « perte de talents » au profit d’autres nations.
  • La Fédération française de gymnastique s’inquiète de ces transferts, notamment pour les mineurs, sans pouvoir s’y opposer.

Un club français au palmarès historique

Le club d’Avoine-Beaumont, situé en Indre-et-Loire, s’est imposé comme une référence en gymnastique artistique en France. Sous la direction de Marc et Gina Chirilcenco, il a remporté cinq titres de champion de France par équipes entre 2020 et 2025. Cinq fois en six ans, une performance qui a attiré l’attention d’étrangers, notamment du Qatar, où le sport de haut niveau est un outil de rayonnement international. Le couple d’entraîneurs, courtisé depuis plusieurs mois, a finalement accepté l’offre qatarie, entraînant dans son sillage une partie de son effectif.

Parmi les gymnastes concernés figure Perla Denéchère, 16 ans, qui pourrait bientôt porter les couleurs du Qatar en compétition. « Ce n’est pas une décision qu’on prend à la légère, explique Patricia, sa mère. Elle ne représentera plus la France, elle représentera le Qatar. On peut leur reprocher ce qu’on veut, mais ça reste les meilleurs entraîneurs qu’il y a. » Une réflexion qui résume l’ambivalence de ces transferts : l’attrait d’une formation d’excellence prime-t-il sur le devoir de représenter son pays ?

Une polémique locale et nationale

Le départ des Chirilcenco et de leurs gymnastes a provoqué une onde de choc dans le milieu. À Chinon, où se trouve le gymnase du club, le président de la communauté de communes, Jean-Luc Dupont, dénonce un « gâchis ». « On est en train d’offrir à d’autres pays des opportunités de médailles, alors qu’on aurait dû les avoir sous la bannière tricolore », s’indigne-t-il. Une frustration d’autant plus vive que le Qatar, comme d’autres nations du Golfe, mise sur le sport pour diversifier son image et briller sur la scène internationale.

Ces transferts s’ajoutent à d’autres départs similaires. Plusieurs gymnastes du club ont déjà choisi de rejoindre l’Algérie, où les conditions d’entraînement et les perspectives de carrière semblent plus attractives. « Quel gâchis ! », répète Jean-Luc Dupont, soulignant que ces mouvements affaiblissent durablement la gymnastique française. Une inquiétude partagée par la Fédération, qui tente de limiter l’hémorragie sans disposer d’outils juridiques pour s’y opposer.

« Ce qui me préoccupe aussi, c’est que, quand il s’agit de mineurs, un changement de nationalité sportive engage bien davantage qu’une carrière de gymnaste. C’est une problématique de plus pour une équipe de France en pleine reconstruction depuis les Jeux olympiques de Paris 2024. »
— Dominique Mérieux, présidente de la Fédération française de gymnastique

Une Fédération impuissante face à la « fuite des talents »

La Fédération française de gymnastique (FFGym) affirme surveiller de près ces départs, mais reconnaît son impuissance. « On est vigilants sur l’avenir de ces athlètes », indique Dominique Mérieux. Pourtant, le règlement ne permet pas d’interdire ces changements de nationalité, même pour des mineurs. Une situation qui place la FFGym dans une posture délicate : comment concilier loyauté envers la patrie sportive et réalité des carrières internationales ?

Cette affaire survient alors que la gymnastique française tente de se reconstruire après les Jeux de Paris 2024, où les résultats ont déçu les attentes. Le départ de talents vers l’étranger pourrait aggraver cette dynamique, privant l’équipe de France de ses éléments les plus prometteurs. Une perte d’autant plus douloureuse que ces gymnastes ont été formés dans le système fédéral français, financé en partie par des fonds publics.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir d’autres gymnastes du club d’Avoine-Beaumont suivre le mouvement, si les formalités de changement de nationalité sportive sont finalisées. La FFGym devrait étudier des mesures pour limiter ces départs, comme renforcer les contrats fédéraux ou proposer des incitations financières aux athlètes. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à retenir les talents. D’ici la fin de l’été, une réunion est prévue entre la Fédération et les clubs concernés pour évoquer des solutions. En parallèle, le Qatar devrait officialiser l’arrivée des Chirilcenco et des gymnastes d’ici la rentrée 2026.

Cette affaire interroge aussi sur la stratégie des nations du Golfe en matière de sport. Leur engagement croissant dans les disciplines olympiques, via des recrutements ciblés, pourrait devenir une tendance durable. Pour la France, l’enjeu sera de rendre ses structures suffisamment attractives pour éviter un exode continu de ses meilleurs éléments.