Alors que plusieurs départements français, dont les Pyrénées-Orientales, la Drôme ou l’Hérault, restent touchés par d’importants incendies début juillet 2026, la Confédération paysanne alerte sur la situation critique des zones agricoles et forestières. Dans un communiqué publié ce mercredi 8 juillet, le syndicat agricole dénonce le manque criant de moyens des services d’incendie et de secours, reléguant au second plan la protection des terres cultivées et des exploitations.

Ce qu'il faut retenir

  • La Confédération paysanne exige des moyens supplémentaires pour protéger les exploitations agricoles et prévenir les incendies, jugés insuffisants par les agriculteurs.
  • Seuls 18 % des fermes en France disposent d’une assurance multirisque climatique privée, laissant la majorité des agriculteurs sans indemnisation en cas de sinistre.
  • Les incendies ne sont pas considérés comme des calamités agricoles, ce qui prive les exploitants de l’indemnisation de solidarité nationale.
  • La solidarité locale s’organise pour évacuer les animaux et prêter du matériel, mais le syndicat insiste sur la responsabilité de l’État.
  • La PAC et les politiques agricoles sont pointées du doigt pour leur manque de soutien à l’agriculture paysanne et au pastoralisme.

Une priorité accordée aux habitations au détriment des terres agricoles

« Si la protection des habitations est, bien entendu, la priorité, le fait que les zones agricoles et forestières passent au second plan révèle le manque criant de moyens des services d’incendie et de secours », dénonce la Confédération paysanne dans son communiqué. Selon le syndicat, les feux de forêt qui ravagent actuellement plusieurs régions françaises illustrent cette désorganisation des moyens de lutte, où les exploitations agricoles et les pâturages ne bénéficient pas de la même attention que les zones habitées.

La situation est d’autant plus préoccupante que ces incendies surviennent dans un contexte où les agriculteurs, déjà fragilisés par les aléas climatiques, voient leurs moyens de subsistance directement menacés. Entre les pertes de récoltes, la destruction de matériel et l’évacuation des troupeaux, les conséquences économiques et sociales s’annoncent lourdes pour ces territoires ruraux.

Des indemnisations inaccessibles pour la majorité des agriculteurs

Le syndicat agricole souligne également une faille majeure dans le système d’indemnisation. « Les incendies n’étant pas considérés comme une calamité agricole, ils n’ouvrent pas droit à l’indemnisation de solidarité nationale (ISN) », explique le communiqué. La seule option pour être couvert reste la souscription à une assurance multirisque climatique privée, une démarche que seulement 18 % des exploitations ont choisie en France. Ce chiffre cache de fortes disparités territoriales, laissant de nombreuses zones exposées sans filet de sécurité.

Cette situation, qualifiée d’« urgence absolue » par la Confédération paysanne, soulève une question centrale : comment les agriculteurs peuvent-ils se relever après un incendie sans soutien financier immédiat ? La solidarité locale, bien que précieuse, ne suffit pas à combler ce vide, selon le syndicat.

La solidarité locale mise à contribution, mais l’État pointé du doigt

Sur le terrain, les initiatives se multiplient pour limiter l’impact des feux. « La solidarité s’organise pour héberger les animaux évacués, prêter du matériel ou mettre à disposition du fourrage », précise la Confédération paysanne. Ces gestes, souvent spontanés, témoignent de la résilience des communautés rurales, mais aussi de leur épuisement face à une crise qui se répète.

Pour autant, le syndicat ne se contente pas de saluer ces efforts. « Cette solidarité ne doit pas faire oublier la responsabilité de l’État dans la lutte contre les feux », rappelle-t-il. Il exige que les pouvoirs publics prennent enfin la mesure de la situation et mettent en place des politiques agricoles adaptées, notamment via la Politique agricole commune (PAC), pour soutenir l’agriculture paysanne et le pastoralisme.

« Les pouvoirs publics doivent soutenir l’agriculture paysanne et le pastoralisme par les politiques agricoles et notamment la PAC. »
Confédération paysanne

Des feux d’artifice du 14-Juillet annulés dans plusieurs départements

Cette crise intervient alors que la préfecture de plusieurs départements, dont la Gironde et les Landes, a annoncé l’annulation des feux d’artifice prévus pour le 14-Juillet en raison du risque élevé d’incendie. Une décision qui illustre l’ampleur des mesures prises pour limiter la propagation des feux, mais qui rappelle aussi les sacrifices imposés aux traditions locales au profit de la sécurité.

Dans ce contexte, la Confédération paysanne appelle à une mobilisation urgente. Pour elle, la survie des exploitations agricoles et la prévention des incendies relèvent désormais d’une « question de survie pour l’ensemble de la société ». Un avertissement qui résonne comme un appel à l’action, alors que les températures estivales et le risque de sécheresse pourraient aggraver la situation dans les semaines à venir.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place par les pouvoirs publics. Une réunion entre le ministère de l’Agriculture et les représentants des syndicats agricoles est attendue d’ici la fin du mois de juillet. Par ailleurs, le gouvernement devrait annoncer un plan d’urgence pour renforcer les moyens des services de secours dans les zones rurales, sans que les détails ne soient encore connus à ce stade.

Côté agriculteurs, la souscription à une assurance multirisque climatique pourrait devenir un sujet de débat national, alors que la question de l’indemnisation des calamités agricoles pourrait revenir sur la table lors des prochaines négociations européennes sur la PAC.

Face à l’ampleur des feux en cours et à la vulnérabilité des exploitations, la Confédération paysanne maintient la pression sur l’État, réclamant des solutions structurelles plutôt que des mesures ponctuelles. Reste à savoir si ces appels seront entendus avant que d’autres régions ne subissent à leur tour les conséquences dévastatrices des incendies.