L’Institut de physique des plasmas de l’Académie chinoise des sciences (ASIPP) a franchi une étape décisive dans la course mondiale à l’énergie de fusion en validant, fin juin 2026, le plus grand aimant supraconducteur jamais conçu pour un réacteur à fusion. Selon Futura Sciences, ce dispositif, intégré au futur tokamak Best (Burning Plasma Experimental Superconducting Tokamak) en construction à Hefei, pèse 582 tonnes, soit l’équivalent de quatre Airbus A380 à pleine charge. Une performance qui dépasse en volume de 30 % et en capacité de stockage d’énergie d’un facteur trois celle du champ magnétique toroïdal prévu pour le réacteur international Iter, situé à Cadarache.
Ce qu'il faut retenir
- Un aimant de 582 tonnes, soit 30 % plus volumineux que celui d’Iter, et capable de stocker trois fois plus d’énergie.
- L’aimant, en forme de tore, est conçu pour générer un champ magnétique permettant de confiner un plasma porté à plusieurs centaines de millions de degrés.
- Le tokamak Best, dont la mise en service du premier plasma est prévue fin 2027 ou début 2028, marque un bond technologique pour la Chine dans la maîtrise de la fusion nucléaire.
- Pékin développe également une bobine solénoïde centrale supraconductrice, complémentaire à l’aimant toroïdal, pour initier et contrôler le plasma.
- La Chine contribue à hauteur de 9 % au budget du projet Iter, tout en menant ses propres programmes de recherche, comme East, qui a déjà atteint des températures de 100 millions de degrés.
Un dispositif clé pour maîtriser le plasma à des températures extrêmes
Cet aimant supraconducteur, d’une taille de 21 mètres de long, 12 mètres de large et 3,3 mètres de haut, représente l’un des composants les plus critiques du réacteur Best. Sa fonction principale est de générer un champ magnétique toroïdal, indispensable pour confiner le plasma — un gaz ionisé porté à des températures pouvant atteindre plusieurs centaines de millions de degrés, soit dix à vingt fois celle régnant au cœur du Soleil. Ce confinement magnétique permet d’éviter tout contact entre le plasma et les parois du réacteur, condition sine qua non pour entretenir la réaction de fusion nucléaire.
Contrairement à la fission, qui consiste à scinder des atomes lourds comme l’uranium, la fusion nucléaire reproduit le processus naturel du Soleil en fusionnant des noyaux légers, comme ceux du deutérium et du tritium. Une source d’énergie potentiellement illimitée, sans émission de CO₂ ni production de déchets radioactifs à longue durée de vie. Pourtant, sa maîtrise technique reste un défi colossal, notamment en raison des températures extrêmes requises et de la nécessité de maintenir le plasma stable pendant des durées suffisamment longues.
Best : un réacteur chinois ambitieux pour un objectif clair
Le projet Best s’inscrit dans une stratégie chinoise visant à acquérir une autonomie complète dans la chaîne de valeur de la fusion nucléaire. L’aimant supraconducteur, fabriqué à partir de niobium-étain, et sa bobine solénoïde centrale ont été conçus et assemblés en Chine, sans dépendre des technologies étrangères. « C’est une percée majeure pour le « Soleil artificiel » chinois », a souligné un porte-parole de l’ASIPP, cité par le compte Twitter officiel @DailyBeijing le 28 juin 2026. Cette avancée s’accompagne d’une philosophie industrielle d’État, où recherche fondamentale et applications concrètes sont étroitement coordonnées pour accélérer les résultats.
Le réacteur Best, dont la construction a débuté à Hefei, devrait permettre un premier essai de génération de plasma d’ici la fin 2027 ou le début 2028. Une échéance qui, si elle est respectée, donnerait un avantage significatif à la Chine dans la course mondiale à la fusion. Pour rappel, Iter, le projet international basé en France, ne prévoit son premier plasma qu’à l’horizon 2034, avec une phase deutérium-tritium prévue vers 2039-2040.
Un coup d’avance face au projet Iter, mais des défis technologiques persistants
Avec un aimant trois fois plus performant que celui prévu pour Iter, la Chine semble prendre une longueur d’avance. Pourtant, les deux projets ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs. Iter, porté par 35 pays, vise à démontrer la faisabilité scientifique et technologique de la fusion à grande échelle, avec un objectif de produire 500 mégawatts de puissance de fusion pour 50 mégawatts injectés. Best, en revanche, se concentre sur la recherche d’un régime continu de fusion, avec des impulsions plasma plus longues et plus stables, grâce à son aimant surdimensionné.
La France, de son côté, mène également des recherches dans ce domaine avec le tokamak West, opéré par le CEA. En février 2025, West avait établi un record en maintenant un plasma pendant plus de 22 minutes, un exploit en durée brute. Cependant, West reste une machine de recherche, tandis que Best et Iter ambitionnent de franchir une étape supplémentaire vers une production d’énergie exploitable. Quant au tokamak chinois East, il avait déjà atteint en janvier 2025 une température de 100 millions de degrés pendant près de 18 minutes, créant ainsi les conditions réelles de fusion.
Fusion nucléaire : une course technologique aux enjeux mondiaux
Cette avancée chinoise s’inscrit dans un contexte de compétition internationale accrue. Les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l’Union européenne investissent massivement dans la fusion, souvent présentée comme l’énergie du futur. La Chine, qui consacre des milliards d’euros à ses programmes, mise sur une approche intégrée, allant de la production de supraconducteurs à l’assemblage des composants magnétiques. Une stratégie qui rappelle celle déployée dans d’autres secteurs high-tech, comme l’intelligence artificielle ou la robotique humanoïde, où Pékin affiche des objectifs ambitieux et une exécution rapide.
Pour autant, les défis techniques restent immenses. Outre la stabilité du plasma, les réacteurs devront gérer des courants électriques colossaux, des températures proches du zéro absolu (-269 °C pour les supraconducteurs) et un rayonnement intense. L’aimant chinois, conçu pour une durée de vie d’au moins 60 ans, devra prouver sa fiabilité dans des conditions extrêmes. Comme le rappelle Futura Sciences, l’énergie de fusion reste un rêve énergétique, mais les progrès technologiques pourraient en faire une réalité industrielle d’ici quelques décennies.
Reste à voir si cette avancée se traduira par des applications concrètes à moyen terme. La fusion nucléaire, souvent qualifiée de « Saint-Graal » de l’énergie, continue de susciter des espoirs immenses, mais aussi des interrogations sur sa viabilité économique et industrielle. Une chose est sûre : la course est lancée, et chaque avancée compte.
La fission nucléaire consiste à scinder des noyaux lourds comme l’uranium pour libérer de l’énergie, un processus utilisé dans les centrales actuelles. La fusion, en revanche, reproduit le mécanisme du Soleil en fusionnant des noyaux légers, comme le deutérium et le tritium. Contrairement à la fission, elle ne produit pas de déchets radioactifs à longue durée de vie et n’émet pas de CO₂, mais elle nécessite des températures extrêmes et un confinement magnétique pour maintenir le plasma.
Iter, situé à Cadarache en France, est un projet international réunissant 35 pays. Son objectif est de démontrer la faisabilité scientifique et technologique de la fusion nucléaire à grande échelle. Il vise à produire 500 mégawatts de puissance de fusion pour 50 mégawatts injectés, avec un premier plasma prévu vers 2034 et une phase deutérium-tritium vers 2039-2040.