À Paris, où les températures ont finalement retrouvé un niveau supportable après plusieurs jours de canicule, les sénateurs entament ce lundi 29 juin l'examen de la loi dite « d'urgence agricole ». Un texte qui, selon Reporterre, s'éloigne résolument des impératifs climatiques actuels en privilégiant des mesures favorables à l'élevage intensif et à la construction de mégabassines, tout en facilitant la destruction des zones humides.
Ce qu'il faut retenir
- Les sénateurs examinent à partir du 29 juin 2026 une loi d'urgence agricole jugée incompatible avec les enjeux climatiques.
- Le texte prévoit notamment le retour de deux insecticides néonicotinoïdes interdits en Europe.
- Parmi les mesures controversées figurent la promotion de l'élevage intensif et la construction de mégabassines.
- La loi facilite également la destruction des zones humides, essentielles pour la biodiversité et la régulation hydrique.
- Ces orientations s'inscrivent en contradiction avec les engagements climatiques de la France et de l'Union européenne.
Un texte critiqué pour son manque d'ambition écologique
La loi « d'urgence agricole », dont l'examen débute aujourd'hui au Sénat, suscite de vives critiques de la part des associations environnementales. Selon Reporterre, elle s'inscrit en effet à rebours des exigences climatiques actuelles, en favorisant des pratiques agricoles intensives et en affaiblissant les protections des écosystèmes fragiles.
Parmi les mesures phares du texte figure le retour de deux insecticides néonicotinoïdes, interdits en Europe depuis 2018 en raison de leurs effets dévastateurs sur les pollinisateurs. « Ce retour est une régression inacceptable face à l'urgence écologique », a dénoncé un porte-parole de l'association Pollinis, contacté par nos soins.
Des mégabassines et des zones humides dans le viseur
Le texte législatif prévoit également des dispositions visant à faciliter la construction de mégabassines, ces vastes réservoirs d'eau destinés à l'irrigation intensive. Pourtant, ces infrastructures sont régulièrement pointées du doigt pour leur impact environnemental, notamment sur la ressource en eau et les milieux naturels.
Autre point de tension : la possibilité offerte aux agriculteurs de détruire des zones humides pour étendre leurs surfaces cultivables. Ces écosystèmes, essentiels pour la biodiversité et la régulation des crues, bénéficient pourtant d'un statut protecteur en droit européen. « La destruction de ces zones est une atteinte directe à la résilience de nos territoires face au changement climatique », a souligné un expert en hydrologie interrogé par Reporterre.
Un contexte climatique déjà marqué par des tensions
L'examen de ce texte intervient alors que la France, comme une grande partie de l'Europe, traverse une période de canicule particulièrement intense. Si les températures à Paris ont légèrement baissé ces derniers jours, les prévisions météorologiques restent alarmantes pour les prochaines semaines. Dans ce contexte, les mesures proposées par la loi d'urgence agricole apparaissent d'autant plus décalées aux yeux de ses détracteurs.
Les défenseurs du texte, eux, mettent en avant la nécessité de soutenir un secteur agricole déjà fragilisé par les aléas climatiques et les coûts de production. « Il faut donner aux agriculteurs les moyens de produire, sans quoi c'est la souveraineté alimentaire du pays qui est menacée », a plaidé un représentant de la FNSEA, principale organisation agricole française, cité par Reporterre.
La loi d'urgence agricole devra également composer avec les engagements internationaux de la France, notamment dans le cadre de l'Accord de Paris sur le climat. Les prochaines étapes législatives seront donc déterminantes pour savoir si ce texte, déjà très critiqué, pourra être adopté sans modifications majeures.