La France conserve sa note souveraine auprès de l'agence Fitch, une décision qui rassure les investisseurs mais intervient dans un contexte politique et économique particulièrement scruté. Selon BFM Business, Juliette Cohen, stratégiste chez CPR AM, a détaillé ce lundi 31 août les raisons de ce maintien, lors de son passage dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. Une analyse qui survient alors que la Banque centrale européenne (BCE) pourrait prochainement relever ses taux directeurs.

Ce maintien de la note AAA – bien qu'elle soit suspendue depuis 2022 – intervient à quelques mois de l'échéance électorale de 2027. Autant dire que cette décision de Fitch sera analysée sous tous les angles par les marchés financiers, d'autant que les incertitudes liées au contexte géopolitique et à la politique monétaire de la BCE pèsent sur les anticipations des investisseurs. La stratégie française en matière de dette publique et de réformes structurelles sera donc au cœur des débats dans les semaines à venir.

Ce qu'il faut retenir

  • L'agence Fitch a maintenu la note souveraine de la France ce 31 août 2026, sans pour autant lui attribuer un nouveau AAA.
  • La décision s'inscrit dans un contexte de possible relèvement des taux par la BCE, ce qui pourrait impacter la dette française.
  • L'approche de la présidentielle de 2027 suscite des interrogations sur la trajectoire budgétaire et économique du pays.
  • Juliette Cohen (CPR AM) a évoqué une stabilité relative, mais souligné les risques liés à la conjoncture internationale.

Un maintien sous conditions et sous surveillance

Fitch a confirmé sa notation pour la France, sans pour autant rétablir la note AAA perdue en 2022. « La France conserve une position budgétaire stable, mais les défis à venir, notamment liés à la croissance et à la soutenabilité de la dette, restent importants », a expliqué Juliette Cohen lors de son intervention sur BFM Bourse. Elle a rappelé que l'agence de notation avait souligné la nécessité pour les autorités françaises de poursuivre les réformes structurelles afin de garantir la pérennité des finances publiques.

Selon elle, le maintien de la note s'explique par la résilience de l'économie française, malgré un environnement international marqué par des tensions commerciales et des incertitudes sur les politiques monétaires. « Les marchés restent attentifs à la capacité de la France à réduire son déficit public, surtout dans un contexte où les taux d'intérêt pourraient repartir à la hausse », a-t-elle précisé. La dette publique, qui s'élève à près de 110 % du PIB, reste un point de vigilance pour les agences de notation.

La BCE dans le viseur : un facteur clé pour les prochains mois

La possible hausse des taux directeurs de la BCE est un élément central des analyses actuelles. « Une remontée des taux compliquerait le service de la dette française », a indiqué Cohen, avant d'ajouter que « les anticipations des investisseurs dépendront largement des signaux envoyés par Francfort ». La BCE, qui avait déjà relevé ses taux à plusieurs reprises depuis 2022, pourrait prolonger cette politique restrictive si l'inflation persiste au-dessus de son objectif de 2 %.

Les économistes s'accordent à dire que la France, comme d'autres pays européens, doit composer avec un double enjeu : maîtriser sa dette tout en soutenant une croissance atone. « Le scénario d'une baisse des taux en 2027 semble compromis, ce qui pourrait peser sur les finances publiques », a-t-elle souligné. En toile de fond, la question de la soutenabilité de la dette française reste donc entière, malgré le maintien de sa notation.

Présidentielle 2027 : un risque politique à surveiller

L'approche de l'élection présidentielle de 2027 ajoute une couche d'incertitude supplémentaire. « Les marchés financiers sont particulièrement sensibles aux programmes économiques des candidats », a rappelé Guillaume Chaloin, directeur des gestions actions chez Delubac AM, également invité dans BFM Bourse ce 31 août. Selon lui, une orientation budgétaire plus accommodante – comme celle envisagée par certains partis – pourrait fragiliser la note française à moyen terme.

« Les investisseurs redoutent un relâchement des efforts de consolidation budgétaire, surtout si le prochain gouvernement opte pour une politique de relance », a-t-il expliqué. Chaloin a également mis en garde contre les risques d'une fragmentation politique, qui pourrait compliquer la mise en œuvre de réformes structurelles nécessaires. Pour l'heure, les principaux candidats n'ont pas encore détaillé leurs projets économiques, mais les premières déclarations laissent entrevoir des divergences majeures.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour la France. La BCE devrait annoncer sa prochaine décision de politique monétaire d'ici la fin de l'année, un rendez-vous qui pourrait influencer directement le coût de la dette française. Par ailleurs, les agences de notation, dont Fitch, pourraient réviser leur évaluation en fonction de l'évolution des finances publiques et des réformes engagées. Enfin, la campagne pour la présidentielle de 2027 s'annonce déjà comme un facteur de volatilité pour les marchés.

Dans ce contexte, les investisseurs restent prudents. La stabilité actuelle de la note française ne doit pas occulter les défis à venir, notamment en matière de dette et de croissance. Les prochaines semaines seront donc cruciales pour évaluer la capacité de la France à naviguer entre politique monétaire restrictive et impératifs budgétaires.

Fitch a maintenu la note de la France, mais sans rétablir le AAA perdu en 2022. L'agence justifie cette décision par les incertitudes liées à la dette publique (près de 110 % du PIB) et la nécessité de poursuivre les réformes structurelles pour garantir la soutenabilité des finances publiques. Selon Juliette Cohen (CPR AM), « le contexte de remontée des taux de la BCE et les risques géopolitiques pèsent sur la capacité de la France à retrouver son AAA ».