Une nouvelle tendance envahit les réseaux sociaux à l'approche de l'été : celle des produits censés réguler le taux de cortisol, cette hormone associée au stress et à ses multiples effets supposés. Selon Franceinfo – Santé, des milliers de publications et de publicités mettent en avant des solutions pour maigrir, dégonfler le visage ou améliorer le bien-être en ciblant cette molécule. Mais derrière le marketing se cache une réalité médicale bien plus nuancée.

Ce qu'il faut retenir

  • Un jeune homme de 21 ans reçoit entre 5 et 6 vidéos par jour sur les réseaux sociaux l'alertant sur son taux de cortisol, sans même l'avoir sollicité.
  • Des coachs en ligne proposent des programmes à 2 000 ou 2 500 euros pour réduire cette hormone, promettant de faire disparaître la « cortisol face ».
  • Selon une chercheuse en neuroendocrinologie, les cas de surproduction de cortisol sont extrêmement rares : entre 1 et 6 cas par million d'habitants par an.
  • Un endocrinologue de l’hôpital Bichat met en garde contre l'ashwagandha, un complément alimentaire présenté comme naturel, mais dont la consommation comporte des risques avérés pour le foie.
  • Le ministère de la Santé ne recommande pas l'usage de l'ashwagandha en raison de ses effets indésirables, et ce produit a déjà été interdit au Danemark.

Une hormone diabolisée sur les réseaux sociaux

À quelques semaines de l'été, les plateformes numériques regorgent de contenus alarmistes autour du cortisol. Cette hormone, sécrétée par les glandes surrénales en réponse au stress, est désormais pointée du doigt pour expliquer des problèmes aussi variés que la fatigue, la prise de poids, l'acné ou encore un visage bouffi. Certains internautes, comme ce jeune étudiant sportif de 21 ans, se voient submergés de vidéos et de publicités les incitant à surveiller leur taux de cortisol. « Je m’inquiète un petit peu à propos de mon cortisol », confie-t-il, alors qu’aucune analyse médicale ne confirme une quelconque anomalie.

Sur TikTok, Instagram ou YouTube, les influenceurs et les coachs en développement personnel n’hésitent pas à dramatiser les conséquences d’un taux élevé de cortisol. La « cortisol face », un terme popularisé par les anglophones pour désigner un visage gonflé, est souvent présentée comme la preuve visible d’un déséquilibre hormonal. Pourtant, selon les spécialistes, les choses ne sont pas aussi simples.

Des programmes payants vendus comme des remèdes miracles

Face à cette anxiété collective, une économie parallèle s’est développée. Des coachs en ligne proposent des accompagnements personnalisés pour « faire baisser le cortisol », combinant alimentation, exercices de respiration et autres techniques. Les tarifs varient entre 2 000 et 2 500 euros pour un programme de quatre mois. Interrogé par une journaliste de France Télévisions dans le cadre d’une enquête, l’un de ces coachs affirme sans détour : « Ce qu’il faut faire, c’est descendre tous ces taux de cortisol, tous ces stress. Ça va m’aider vraiment à perdre ma ‘cortisol face’ ? » lui demande-t-on. « Oui, bien sûr », répond-il, évoquant une approche globale mêlant nutrition et relaxation.

Pourtant, ces promesses relèvent davantage du marketing que de la médecine. Aucune étude scientifique sérieuse ne valide l’efficacité de ces méthodes pour cibler spécifiquement le cortisol. Les endocrinologues rappellent que cette hormone joue un rôle essentiel dans la régulation de nombreuses fonctions vitales, et que sa suppression systématique pourrait avoir des conséquences néfastes.

Des risques réels sous couvert de naturalité

Parmi les produits les plus souvent mis en avant figure l’ashwagandha, une plante médicinale indienne présentée comme une solution « naturelle » pour réduire le stress. Disponible en compléments alimentaires à moins de 15 euros, cette racine est pourtant loin d’être anodine. Une enquête de Franceinfo – Santé a révélé que des vendeurs conseillaient ce produit dans des magasins spécialisés, sans toujours informer les clients des risques encourus. Contacté par les journalistes, le Dr Boris Hansel, endocrinologue et nutritionniste à l’hôpital Bichat (AP-HP), alerte : « C’est naturel, ça a l’air simple. Effectivement, on se dit que ça ne peut pas faire de mal. Si, ça peut faire du mal. C’est un médicament caché, c’est-à-dire qu’il y a des effets secondaires. Il y a des cas de destruction du foie. Je pense que ce type de produit risque bien d’être interdit d’ici quelque temps en France. »

Les craintes du médecin ne sont pas infondées. L’ashwagandha a déjà été interdite au Danemark en raison de ses effets indésirables. En France, le ministère de la Santé a pris position : « Le ministère de la Santé ne recommande pas l’usage de l’ashwagandha en raison des effets indésirables possibles », a-t-il indiqué à Franceinfo – Santé. Ces mises en garde n’ont pas encore suffi à freiner son succès commercial, porté par le vent de la « naturalité ».

Le cortisol, une cible médicale très rare

Pour y voir plus clair, Franceinfo – Santé a interrogé Marie-Pierre Moisant, chercheuse en neuroendocrinologie et auteure de l’ouvrage « Mais est-ce vraiment le cortisol ? ». Selon elle, les dérives actuelles reposent sur une méconnaissance de cette hormone. « Même un stress chronique, s’il augmente votre cortisol, ce qui n’est pas le cas à chaque fois, ne va pas vous amener ce visage lunaire », explique-t-elle. « La vérité, c’est qu’il y a des pathologies qui sont directement liées à une surproduction de cortisol. C’est très rare, c’est 1 à 6 cas par million d’habitants par an. »

Parmi ces pathologies figurent le syndrome de Cushing, une maladie endocrine caractérisée par une production excessive de cortisol. Les symptômes incluent une prise de poids localisée, une fragilité cutanée et des troubles psychologiques. Cependant, ces cas restent exceptionnels et nécessitent un diagnostic médical précis. Les spécialistes rappellent que le cortisol n’est pas un ennemi en soi : il participe à la réponse au stress, à la régulation de la glycémie et même à la modulation du système immunitaire.

Et maintenant ?

Face à l’engouement pour les solutions anti-cortisol, les autorités sanitaires pourraient durcir leur position dans les mois à venir. La question d’une interdiction ou d’un encadrement plus strict des compléments alimentaires à base d’ashwagandha est déjà sur la table. Par ailleurs, les plateformes sociales pourraient renforcer leurs algorithmes pour limiter la diffusion de contenus alarmistes non étayés scientifiquement. Pour les consommateurs, la prudence reste de mise : avant de se lancer dans une cure de compléments ou un programme coûteux, un avis médical s’impose.

Le cortisol n’est pas près de disparaître des discours marketing, mais son utilisation comme argument commercial soulève des questions éthiques. Entre la recherche de bien-être et les dérives du « tout-naturel », les lignes pourraient bientôt bouger. À suivre de près.

Le terme « cortisol face » désigne un visage gonflé ou bouffi, souvent associé à une augmentation du taux de cortisol dans le sang. Ce phénomène est parfois cité sur les réseaux sociaux comme une conséquence directe d’un déséquilibre hormonal, mais les médecins rappellent qu’il s’agit d’une généralisation abusive et que les causes d’un visage gonflé sont multiples.