Alors que l’élection présidentielle de 2027 se profile à l’horizon, le parti Les Ecologistes traverse une crise interne d’une rare intensité. Selon Franceinfo - Politique, les tensions au sein de la formation, entre partisans d’une candidature autonome et ceux favorables à des rapprochements avec d’autres forces de gauche, ont atteint leur paroxysme ces dernières semaines. Un conseil fédéral extraordinaire, convoqué en urgence le 30 juin 2026, a illustré cette fracture, avec des accusations croisées de « coup de force » et de « sabotage » entre les différents courants du parti.
Ce qu'il faut retenir
- Un conseil fédéral extraordinaire a été organisé le 30 juin 2026 pour trancher les divergences stratégiques au sein des Ecologistes, à moins d’un an de la présidentielle de 2027.
- Marine Tondelier, secrétaire nationale et candidate désignée du parti, défend une stratégie d’autonomie, tandis que ses opposants réclament une consultation des militants pour explorer d’autres options, y compris un rapprochement avec La France insoumise (LFI) ou le social-démocrate Raphaël Glucksmann.
- Une motion visant à exclure les adhérents soutenant une candidature concurrente à celle de Marine Tondelier a été adoptée en juin 2026, ciblant notamment Sandrine Rousseau et Yannick Jadot.
- Les opposants, menés par Karima Delli et Florentin Letissier, dénoncent une tentative de « verrouillage » et appellent à une consultation plus ouverte des militants, prévue initialement à la rentrée 2026.
- Les divisions internes s’inscrivent dans un contexte plus large de crise à gauche, où le Parti socialiste peine également à définir une ligne claire face à la présidentielle.
Une stratégie d’autonomie contestée par les courants internes
Au cœur des tensions chez Les Ecologistes se trouve la question de la candidature à l’élection présidentielle de 2027. Marine Tondelier, secrétaire nationale et figure centrale du parti, a été désignée candidate par les militants en décembre 2025, avec l’objectif initial de participer à une primaire de la gauche. Cependant, face à l’incertitude entourant ce processus, la direction écologiste a choisi de privilégier une candidature autonome. Une consultation des militants, organisée du 1er au 6 juillet 2026, doit permettre de valider cette orientation. « Les Ecologistes réaffirment leur souhait de réaliser une primaire rassemblant la gauche et les Ecologistes (…). Si cette solution devait ne pas aboutir, nous poursuivrons notre campagne pour la présidentielle 2027 autour de nos valeurs, nos idées, et de notre candidate Marine Tondelier », précise le texte soumis au vote.
Cette démarche a suscité une vive opposition de la part des courants hostiles à la ligne de Marine Tondelier. Ces derniers dénoncent une « épuration » et une tentative de museler les débats internes. Une motion, portée notamment par la conseillère régionale Karima Delli, propose une consultation alternative à la rentrée 2026, avec des options plus ouvertes : une candidature autonome, un rapprochement avec LFI ou une alliance avec l’espace social-démocrate. « Ça ne vise pas à nous opposer à une candidature de Marine Tondelier. Nous voulons que notre mouvement mène un véritable débat politique dans la situation exceptionnelle que l’on connaît », explique Karima Delli. Florentin Letissier, proche de Yannick Jadot, abonde dans ce sens : « Les décisions de grande importance comme celle de la stratégie pour la présidentielle ne peuvent pas faire l’objet de coups de force ».
Des accusations de « sabotage » et un parti au bord de l’implosion
La direction des Ecologistes accuse ses opposants d’organiser un « sabotage » de la candidature de Marine Tondelier. « Une coalition minoritaire, qui n’a pas de sens, puisqu’elle rassemble quelques pro-Mélenchon et d’autres qui ne peuvent pas l’encadrer », confie une cadre du parti à Franceinfo. Cette tension a été amplifiée par la décision des opposants de saisir le conseil statutaire du parti pour contester la légitimité de la consultation des militants. L’instance a finalement jugé que cette consultation ne pouvait être qu’une « enquête d’opinion interne », sans valeur décisionnelle.
Les divisions internes ne se limitent pas à une simple querelle stratégique. Elles révèlent un clivage idéologique profond au sein du parti, entre une ligne autonomiste et une volonté de s’allier à d’autres forces politiques. « À l’intérieur des Ecologistes, il y a un vrai écart idéologique », souligne Daniel Boy, politiste et spécialiste de l’écologie politique. « Mais il ne pouvait rien leur arriver de pire que de se retrouver dans cette situation, car cela rend claires les divisions internes – quelque chose qui n’était pas montré dans les différents congrès ».
Un contexte politique national qui ajoute à la confusion
Les divisions chez Les Ecologistes s’inscrivent dans un contexte national marqué par l’incertitude quant à l’avenir de la gauche. Le Parti socialiste, partenaire historique des écologistes lors des législatives ou des municipales, est lui-même en proie à de vives tensions. Deux courants s’affrontent : les défenseurs d’une primaire de la gauche hors La France insoumise (LFI), menés par le premier secrétaire Olivier Faure, et les partisans d’un rapprochement avec Raphaël Glucksmann, leader de Place publique. Ce dernier a annoncé fin mai 2026 qu’il prendrait une décision sur sa candidature à la présidentielle d’ici trois mois, sans pour autant clarifier ses intentions de coalition.
Marine Tondelier a critiqué l’immobilisme du PS, estimant que « les socialistes emmènent tout le monde dans le mur ». « On était embourbés dans l’inertie des socialistes. Ils nous ont fait perdre beaucoup de temps », confie une cadre du parti. Cette défiance envers les socialistes a poussé les Ecologistes à accélérer leur propre réflexion stratégique, malgré les divisions internes.
Quelles suites pour le parti ? Une issue incertaine
Le vote du conseil fédéral extraordinaire, qui s’est tenu le 30 juin 2026, devait permettre de trancher les divergences. Cependant, aucune des motions en présence ne semble en mesure de réunir les 60 % de voix nécessaires pour être adoptée. « Une majorité de personnes en ont marre des saboteurs et aimerait que tout le monde soit concentré, comme l’est Marine [Tondelier], sur le fait de parler d’écologie politique », confie-t-on dans l’entourage de la direction. Les opposants, eux, estiment que leur motion pourrait rassembler une majorité relative, sans pour autant atteindre le seuil requis.
Au-delà des enjeux internes, le parti doit aussi composer avec les réalités électorales. Le vote utile pourrait pousser les électeurs écologistes vers des candidats déjà bien placés dans les sondages, comme Jean-Luc Mélenchon (LFI) ou Raphaël Glucksmann. Plusieurs députés écologistes, parmi les 38 que compte le groupe à l’Assemblée nationale, seraient ainsi tentés de rejoindre la candidature de Mélenchon. « On est en train d’y réfléchir », confirme une élue, sans préciser de calendrier pour d’éventuels ralliements officiels.
Reste à savoir si le parti parviendra à présenter une ligne unifiée à l’approche de la présidentielle. Une chose est sûre : les prochains mois s’annoncent décisifs pour les Ecologistes, alors que la gauche française peine à se reconstruire après des années de divisions.
Deux courants principaux s’opposent : d’un côté, les partisans d’une candidature autonome de Marine Tondelier, et de l’autre, les défenseurs d’un rapprochement avec d’autres forces de gauche, notamment La France insoumise (LFI) ou le social-démocrate Raphaël Glucksmann. Certains, comme Sandrine Rousseau et Yannick Jadot, poussent pour des alternatives à la candidature de Marine Tondelier.
Les opposants à Marine Tondelier estiment que cette consultation est biaisée et ne reflète pas la diversité des opinions au sein du parti. Ils ont saisi le conseil statutaire, qui a jugé que cette consultation ne pouvait avoir qu’une valeur d’enquête d’opinion interne, sans portée décisionnelle.