Alors que les sénateurs examinent en urgence le projet de loi agricole, censé répondre aux mobilisations des agriculteurs de l’hiver dernier, le Medef s’alarme d’une possible priorité accordée à l’agriculture dans l’accès à la ressource hydrique. Dans une note de position révélée par BFM Business et obtenue mercredi par l’AFP, l’organisation patronale dénonce un risque d’« accaparement sans contrepartie et sans limite » de l’eau par le secteur agricole, au détriment des autres acteurs économiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Medef craint que le projet de loi agricole n’institue une priorité de fait pour l’agriculture dans l’accès à l’eau, au détriment des entreprises.
  • L’organisation patronale critique notamment l’article 5A, qui prévoit de doubler les volumes de stockage d’eau pour l’agriculture d’ici 2035, et l’ajout de Bercy à la tutelle des agences de l’eau.
  • Le Medef propose de préciser que les besoins agricoles ne doivent pas instaurer de priorité générale des usages de l’eau.
  • L’organisation défend une approche diversifiée, incluant la réutilisation des eaux usées et l’optimisation des consommations, plutôt que le seul stockage.
  • Le Medef s’inquiète aussi de l’article 9, qui renforce les obligations pour les projets industriels sur des terres agricoles, risquant de fragiliser leur équilibre économique.

Selon BFM Business, le Medef regrette de ne pas avoir été associé à la préparation du texte, présenté comme une réponse aux tensions entre l’État et le monde agricole après les mobilisations de l’hiver 2025-2026. Dans sa note, l’organisation rappelle que « l’eau est un bien commun et qu’il convient de la partager » entre les différents utilisateurs. Elle souligne que les entreprises, de leur côté, ont déjà réduit leur consommation et investissent dans des solutions de sobriété hydrique.

Le texte sénatorial suscite des inquiétudes précises. L’article 5A, qui introduit un principe de « non-régression agricole », fixe l’objectif de doubler d’ici 2035 les volumes de stockage d’eau pour ce secteur. Pour le Medef, cette mesure crée un « risque réel de priorité de fait accordée à l’agriculture lors des arbitrages futurs sur la ressource ». L’organisation craint que les entreprises ne soient « sacrifiées » dans ce cadre. Elle propose d’amender le texte pour préciser que la reconnaissance des besoins agricoles ne doit pas « instituer de priorité générale des usages agricoles » de l’eau.

Le Medef ne rejette pas en bloc les mesures du projet de loi, saluant notamment les ajustements juridiques visant à faciliter le stockage de l’eau, comme l’allègement des procédures d’autorisation. Cependant, il insiste sur la nécessité d’éviter un déséquilibre entre les acteurs. L’organisation défend une approche globale, combinant réutilisation des eaux usées, optimisation des consommations et diversification des sources, plutôt que de miser uniquement sur le stockage. Elle s’interroge aussi sur la décision d’ajouter le ministère de l’Économie (Bercy) à la double tutelle des agences de l’eau, actuellement partagée entre les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement.

Autre point de friction : l’article 9 du projet de loi. Ce dernier renforce les obligations pesant sur les projets industriels implantés sur des terres agricoles. Pour le Medef, cette mesure risque de « fragiliser encore plus les équilibres économiques de nombreux projets », déjà soumis à d’autres réglementations environnementales. L’organisation craint que ces contraintes supplémentaires n’entravent davantage l’investissement et l’emploi dans ces secteurs.

« L’eau est un bien commun et il convient de la partager entre les différents utilisateurs concernés. »
— Medef, dans une note de position sur le projet de loi agricole

Les sénateurs ont semblé prendre en compte certaines de ces critiques lors de leur examen du texte, mercredi après-midi. Ils ont notamment ajouté le ministère de l’Économie à la tutelle des agences de l’eau, une mesure saluée par le Medef. Cependant, les débats sur les articles 5A et 9 restent vifs. Les prochaines étapes devraient voir les parlementaires affiner le texte avant son adoption définitive, prévue d’ici la fin de la session.

Et maintenant ?

Le projet de loi agricole doit encore être discuté en séance plénière au Sénat, puis à l’Assemblée nationale. Les prochaines échéances parlementaires pourraient voir des amendements visant à rééquilibrer les usages de l’eau entre agriculture et industrie. Reste à voir si ces ajustements satisferont le Medef et éviteront un conflit ouvert entre les secteurs économiques. La question de la sobriété hydrique et de la diversification des ressources pourrait aussi s’imposer comme un sujet central dans les mois à venir.

Ce texte intervient dans un contexte de tensions récurrentes autour de la gestion de l’eau en France, aggravées par les épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents. Les agriculteurs, confrontés à des rendements menacés par le changement climatique, réclament des solutions structurelles. Mais le Medef rappelle que d’autres secteurs, comme l’industrie, sont aussi des acteurs clés de l’économie et ne peuvent être sacrifiés sans conséquences.

Le Medef craint que cette mesure n’institue une priorité de fait pour l’agriculture dans l’accès à l’eau, au détriment des autres secteurs économiques comme l’industrie. Il souligne que les entreprises ont déjà réduit leur consommation et investissent dans des solutions de sobriété, et que l’eau doit rester un bien commun partagé équitablement.