La mort de Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie condamné pour génocide, a relancé les tensions entre la Serbie et l’Union européenne. Selon BMF - International, le gouvernement serbe a annoncé vouloir organiser des obsèques nationales pour l’ex-commandant, malgré les condamnations internationales pour les crimes commis sous son commandement. Une prise de position qui intervient alors que la Serbie, candidate à l’adhésion depuis 2012, voit ses relations avec Bruxelles se tendre sur des questions de valeurs et de respect des droits fondamentaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Ratko Mladic, condamné en 2017 à la prison à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a trouvé la mort à La Haye le 28 août 2026.
  • Le gouvernement serbe prévoit des obsèques nationales avec des honneurs militaires, suscitant une vive réaction de l’UE.
  • La commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, a rappelé que la glorification des criminels de guerre « n’a pas sa place dans l’UE ni dans les pays candidats ».
  • La Serbie, candidate à l’adhésion depuis mars 2012, fait face à des critiques récurrentes sur l’indépendance de la justice et la lutte contre la corruption.
  • Des hommages populaires, comme ceux des supporters du club de football Étoile rouge de Belgrade, ont déjà été signalés, entraînant une procédure disciplinaire de l’UEFA.

Un criminel de guerre condamné pour les pires exactions des années 1990

Ratko Mladic, surnommé « le boucher des Balkans », a été le principal artisan des exactions commises par l’Armée de la république serbe de Bosnie (VRS) durant la guerre en Bosnie (1992-1995). Condamné en première instance en 2017 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), il a écopé de la prison à perpétuité pour dix chefs d’accusation, dont génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. En 2021, sa condamnation a été confirmée en appel, scellant définitivement son sort judiciaire. Ce conflit, qui a fait plus de 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés, reste l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire européenne récente.

Parmi les crimes les plus graves attribués à Mladic figure le massacre de Srebrenica, en juillet 1995. Sous son commandement, environ 8 000 hommes et garçons musulmans ont été exécutés par les forces serbes, un événement reconnu comme génocide par plusieurs juridictions internationales. Ce drame, l’un des pires crimes de masse en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, a marqué à jamais les relations entre les communautés de l’ex-Yougoslavie.

Belgrade annonce des obsèques nationales, l’UE réagit fermement

Alors que Ratko Mladic est décédé en détention à La Haye, le gouvernement serbe a confirmé son intention d’organiser des obsèques nationales, assorties d’honneurs militaires et d’État. Interrogé par la radio locale K1, le ministre serbe de la Justice, Nenad Vujic, a précisé que les autorités attendaient désormais la remise du corps par les autorités néerlandaises. Le président serbe, Aleksandar Vucic, a pour sa part déclaré avoir tout mis en œuvre pour que Mladic « finisse ses jours en Serbie », alors que ce dernier était gravement malade en prison.

Cette initiative a immédiatement provoqué une réaction de l’Union européenne. Lors du forum stratégique de Bled, en Slovénie, la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, a rappelé sans ambiguïté que « la glorification des criminels de guerre est contraire aux valeurs fondamentales européennes et n’a pas sa place ni dans l’Union européenne, ni dans les pays qui aspirent à en devenir membres ». Une mise en garde claire adressée à Belgrade, alors que les négociations d’adhésion, entamées depuis plus de quinze ans, peinent à aboutir.

« La glorification des criminels de guerre est contraire aux valeurs fondamentales européennes et n’a pas sa place ni dans l’Union européenne, ni dans les pays qui aspirent à en devenir membres. »
— Marta Kos, commissaire européenne à l’Élargissement

Des hommages populaires qui exacerbent les tensions

En Serbie, la mort de Ratko Mladic a déjà suscité des manifestations de soutien. Lors d’un match de coupe d’Europe opposant l’Étoile rouge de Belgrade à un adversaire européen, des supporters ont déployé une banderole en hommage à l’ex-chef militaire. L’UEFA a ouvert une procédure disciplinaire à l’encontre du club, rappelant que toute forme d’hommage à des figures condamnées pour crimes de guerre était incompatible avec les valeurs du football européen.

Ces hommages, souvent portés par des mouvements nationalistes, reflètent une partie de l’opinion publique serbe, où Mladic reste une figure controversée. Pour ses partisans, il incarne la résistance des Serbes de Bosnie face aux forces bosniaques et croates durant le conflit. Pour ses détracteurs, il symbolise au contraire l’impunité des criminels de guerre et l’échec des mécanismes de justice internationale. Ces divisions se retrouvent dans le paysage politique serbe, où les tensions entre pro-européens et nationalistes se sont intensifiées ces dernières années.

La Serbie sous pression : entre candidats à l’UE et dérives nationalistes

La question des obsèques de Mladic s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre Belgrade et Bruxelles. Depuis mars 2012, la Serbie dispose du statut de pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne, mais les négociations piétinent en raison de blocages persistants. Dans un rapport publié en octobre 2024, la Commission européenne pointait du doigt les lacunes du pays en matière d’indépendance de la justice, de lutte contre la corruption et de liberté d’expression. Les observateurs notaient également une « rhétorique anti-européenne » croissante, alimentée par des manifestations de masse organisées depuis novembre 2024 dans tout le pays.

Ces critiques ont été relayées à plusieurs reprises par l’exécutif européen. En novembre 2025, la Commission s’inquiétait de la polarisation accrue de la société serbe, alimentée par des discours nationalistes et une défiance envers les institutions bruxelloises. La décision de rendre des hommages nationaux à un criminel de guerre condamné risque donc d’aggraver encore les relations entre les deux parties, alors que le processus d’adhésion est déjà au point mort.

Et maintenant ?

La remise du corps de Ratko Mladic aux autorités serbes, prévue dans les prochaines semaines, devrait déclencher de nouvelles tensions. Les observateurs s’attendent à ce que l’UE durcisse le ton lors des prochaines négociations, notamment sur les chapitres liés à l’État de droit et aux droits fondamentaux. Pour Belgrade, la question des obsèques pourrait devenir un test de sa volonté de se conformer aux exigences européennes, alors que les forces nationalistes, menées par Aleksandar Vucic, continuent de gagner en influence. Bref, l’affaire Mladic pourrait bien devenir un marqueur de la trajectoire future de la Serbie, entre intégration européenne et repli souverainiste.

La Commission européenne pourrait, dans les mois à venir, conditionner la reprise des négociations à des gestes concrets en matière de lutte contre l’impunité et de promotion des valeurs européennes. Reste à savoir si Belgrade, tiraillée entre ses ambitions d’adhésion et ses divisions internes, sera en mesure de répondre à ces exigences sans perdre la face face à son électorat nationaliste.

L’Union européenne s’oppose à toute glorification de criminels de guerre condamnés, car cela va à l’encontre de ses valeurs fondamentales, notamment le respect de l’État de droit et des droits humains. Marta Kos, commissaire européenne, a rappelé que de tels hommages « n’ont pas leur place dans l’UE ni dans les pays candidats », comme la Serbie. Ces condamnations visent à éviter que des figures responsables de crimes contre l’humanité ne soient présentées comme des héros nationaux, ce qui risquerait d’alimenter des tensions communautaires et de saper les efforts de réconciliation en ex-Yougoslavie.