Une opération militaire nocturne a conduit, dans la nuit du 28 au 29 juin 2025, à la fermeture forcée du Daily Monitor et de NTV Uganda, les deux principaux médias indépendants du pays. Selon Courrier International, cette décision a été prise par Muhoozi Kainerugaba, chef des forces armées ougandaises et fils du président Yoweri Museveni, alors âgé de 81 ans. L’opération a débuté vers 1 heure du matin, entraînant le déploiement de militaires autour du siège du groupe Nation Media Group (NMG) Uganda, situé à Namuwongo, dans la capitale Kampala, ainsi que dans ses centres de diffusion.

Dès le lendemain matin, le Daily Monitor rapportait que « NMG est resté sous siège militaire tout au long du dimanche », avec une présence massive de soldats bloquant l’accès à ses locaux. Selon le quotidien, « plusieurs militaires [étaient] déployés à son siège de Namuwongo et dans ses centres de diffusion », près d’un jour après une intervention nocturne qui a contraint NTV Uganda et Spark TV à interrompre leurs émissions. Dans un communiqué publié dimanche, NMG a indiqué que ses bureaux étaient devenus inaccessibles, ajoutant que l’opération « avait entraîné une coupure d’électricité et perturbé le fonctionnement normal de ses plateformes de télévision, de radio et de presse écrite ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le 28 juin 2025, à 1 heure du matin, l’armée ougandaise a ordonné la fermeture du Daily Monitor et de NTV Uganda.
  • Les locaux du groupe Nation Media Group (NMG) Uganda ont été encerclés par des militaires à Kampala.
  • Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée et fils du président, a justifié cette répression en niant la liberté de la presse en Ouganda.
  • Le Daily Monitor et d’autres médias indépendants avaient déjà été ciblés en 2013 lors du « Projet Muhoozi ».
  • Le Conseil de la presse d’Afrique de l’Est (EAPC) a dénoncé une « pression croissante sur le journalisme indépendant » dans la région.
  • L’Ouganda occupe la 143e place sur 180 dans le classement Reporters sans frontières (RSF) 2025.

Une escalade autoritaire sous Muhoozi Kainerugaba

Muhoozi Kainerugaba, figure controversée et héritier présumé du pouvoir, a franchi une nouvelle étape dans la restriction des libertés en Ouganda. Depuis plusieurs années, son père, le président Yoweri Museveni, était déjà connu pour son hostilité envers les médias indépendants. En 2013, sous son gouvernement, la police avait perquisitionné les locaux du Daily Monitor et de Dembe FM après la publication d’une lettre liant des hauts responsables à un projet de succession baptisé « Projet Muhoozi ». Les locaux étaient restés scellés pendant plus d’une semaine, rappelle The East African.

Cette répression s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés fondamentales. Muhoozi Kainerugaba, qui renforce progressivement son emprise sur le pouvoir, a multiplié les attaques contre les opposants politiques. Il a notamment ordonné l’arrestation de militants et de responsables politiques, et appelé publiquement au meurtre de l’opposant Bobi Wine. L’intervention contre les médias indépendants marque donc une nouvelle escalade dans sa stratégie de contrôle absolu de l’information.

Des déclarations radicales contre la liberté de la presse

Dans un message publié sur X (ex-Twitter), Muhoozi Kainerugaba a adopté un ton particulièrement radical. « En Ouganda, je ne crois pas à la liberté de la presse ! » a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Désormais, toutes les mauvaises nouvelles concernant l’Ouganda devront être validées par mon bureau avant publication. » Selon Al-Jazeera, ces propos marquent une escalade dans les menaces proférées au cours de la semaine précédente. Le général a également précisé qu’il attendait l’autorisation de son père, le président Museveni, avant de lancer cette opération.

Cette déclaration confirme la volonté du pouvoir ougandais de contrôler strictement le flux d’informations. Elle s’inscrit dans une logique de censure systématique, où les médias indépendants sont perçus comme des menaces plutôt que comme des acteurs essentiels de la démocratie. Le Daily Monitor avait déjà été qualifié de « journal ennemi et maléfique » par Yoweri Museveni, illustrant cette hostilité récurrente envers la presse libre.

Une région sous pression : l’Afrique de l’Est face à la censure des médias

Le Conseil de la presse d’Afrique de l’Est (EAPC) a vivement réagi à cette fermeture, exhortant les gouvernements de la région « à cesser les hostilités envers les médias ». Dans un communiqué, l’organisation a souligné que cette intervention, ainsi que les tensions récentes entre le président kényan William Ruto et le Standard Group Media, reflétaient une « pression croissante sur le journalisme indépendant » en Afrique de l’Est. Ces événements confirment une tendance inquiétante : la montée des restrictions contre les médias libres dans plusieurs pays de la région.

Le Kenya, l’Ouganda et d’autres États d’Afrique de l’Est voient ainsi leurs classements en matière de liberté de la presse se dégrader année après année. Selon Reporters sans frontières (RSF), l’Ouganda occupe la 143e place sur 180 pays dans son classement 2025, illustrant l’ampleur des défis auxquels font face les journalistes locaux. Cette situation soulève des questions sur l’avenir du pluralisme médiatique dans une région où l’autoritarisme gagne du terrain.

Et maintenant ?

Cette fermeture forcée des médias indépendants en Ouganda pourrait avoir des répercussions durables sur le paysage médiatique du pays. Selon des observateurs, une reprise des activités de NMG Uganda dépendra des négociations en cours entre le groupe et les autorités militaires. Par ailleurs, la réaction des organisations internationales de défense des droits de l’homme et de la presse, ainsi que des partenaires économiques de l’Ouganda, pourrait influencer la suite des événements. Une réunion extraordinaire du Conseil de la presse d’Afrique de l’Est est prévue pour la mi-juillet afin d’évaluer les conséquences de cette crise et d’envisager des mesures de protection pour les journalistes.

La situation reste donc évolutive, mais elle confirme une tendance inquiétante : l’éradication progressive de la presse indépendante au profit d’un contrôle total de l’information par les régimes autoritaires.

Ces deux médias font partie du groupe Nation Media Group (NMG) Uganda, le principal groupe de presse indépendant d’Afrique de l’Est. Leur fermeture s’inscrit dans une stratégie plus large de Muhoozi Kainerugaba pour éliminer toute critique envers le pouvoir et contrôler le flux d’informations dans le pays. Le Daily Monitor est connu pour ses enquêtes journalistiques indépendantes, tandis que NTV Uganda est l’une des chaînes de télévision privées les plus regardées du pays.