L’Ouzbékistan mise sur une transformation profonde de son économie pour capter davantage de valeur ajoutée dans ses exportations. Selon Euronews FR, le pays d’Asie centrale déploie un programme industriel ambitieux d’un montant total de 14,2 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros) d’ici à 2030. Ce plan cible deux secteurs clés : l’agroalimentaire, avec un investissement de 10 milliards de dollars (8,8 milliards d’euros), et les métaux technologiques, pour un portefeuille de projets estimé à 4,2 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros).
L’objectif est clair : réduire la dépendance aux exportations de matières premières brutes en développant des filières locales à plus forte valeur ajoutée. Privé d’accès à la mer, le pays ne peut plus se contenter de produire des volumes élevés sans en tirer un bénéfice optimal. Comme le souligne Euronews FR, la stratégie repose sur la transformation sur place des récoltes, des minerais et des métaux avant leur exportation, afin de maximiser les revenus générés.
Ce qu'il faut retenir
- Un plan industriel de 14,2 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros) d’ici 2030, combinant agroalimentaire (10 milliards de dollars) et métaux technologiques (4,2 milliards de dollars)
- Objectif : produire 880 000 tonnes de tôles d’acier localement par an, dont plus de 200 000 tonnes destinées à l’export
- Moody’s a relevé la note souveraine de l’Ouzbékistan de Ba3 à Ba2 en juin 2026, en raison d’une amélioration durable de sa situation économique et budgétaire
- Le ministre de l’Agriculture table sur une valeur de 4,5 milliards de dollars (4 milliards d’euros) pour les produits alimentaires transformés dès 2026, première étape vers un objectif 2030
- Les projets miniers et métallurgiques pourraient multiplier les bénéfices de certains groupes par deux à trois fois, notamment via la transformation du cuivre
- La transparence des contrats et des permis reste un enjeu majeur pour garantir que les revenus profitent aux citoyens
Une stratégie centrée sur la valeur ajoutée
Le gouvernement ouzbek ne se contente plus de produire massivement des fruits, légumes, minerais ou métaux. Il cherche désormais à en tirer un revenu optimal avant même que les marchandises ne quittent le pays. Selon Euronews FR, cette approche s’inscrit dans une logique de développement économique durable, où chaque étape de la chaîne de valeur doit générer des bénéfices concrets pour l’économie locale.
Dans l’agroalimentaire, l’enjeu est double : améliorer les capacités de transformation et obtenir les certifications internationales nécessaires pour accéder à des marchés plus rémunérateurs. Ibrokhim Abdurakhmonov, ministre de l’Agriculture, a déclaré à Euronews FR : « Produire 24 millions de tonnes n’est qu’un objectif. Ces produits doivent aussi atteindre les marchés et générer des revenus. » Il ajoute : « Si la production ne génère pas de revenus, il ne peut y avoir de véritable sécurité alimentaire. Chaque produit fabriqué et chaque ressource utilisée doivent produire un retour et revenir dans l’économie sous forme de revenus. »
L’Ouzbékistan exporte déjà vers 92 marchés, mais la compétition internationale impose de renforcer les normes. Le pays mise sur des certifications comme halal, biologique, ISO, GLOBALG.A.P. et Better Cotton Initiative pour valoriser ses produits. Sans ces labels, les acheteurs étrangers peuvent refuser les marchandises, malgré leur qualité.
Les infrastructures, un pilier indispensable
Pour réussir cette transition, l’Ouzbékistan doit moderniser ses infrastructures. Kanokpan Lao-Araya, directrice-pays de la Banque asiatique de développement (BAD) pour l’Ouzbékistan, rappelle que les investissements dans ce domaine sont de long terme. « Quand on parle d’infrastructures, il s’agit d’investissements de long terme », explique-t-elle à Euronews FR. « Les routes, les chemins de fer et les systèmes énergétiques nécessitent une maintenance permanente, une main-d’œuvre qualifiée et l’expertise du secteur privé. »
Attirer des capitaux privés dépend aussi de plusieurs facteurs : une stabilité politique, une trajectoire de rentabilité claire, une main-d’œuvre disponible et un cadre juridique fiable. La BAD participe au projet ANORA, une plateforme d’investissement agroalimentaire visant à mobiliser des financements sous forme de subventions. « Elle peut rendre les projets plus attractifs pour les investisseurs tout en réduisant les coûts pour les entreprises », précise Lao-Araya.
Parmi les acteurs étrangers présents en Ouzbékistan figure Gamma Meccanica, une société italienne d’ingénierie. Son président, Andrea Burini, indique que l’entreprise collabore avec des partenaires locaux sur des projets comme l’isolation en laine de roche et l’agriculture hydroponique. « La demande progresse pour de nouvelles technologies de production », souligne-t-il.
Les métaux et minerais au cœur de la transformation
Dans les secteurs métallurgiques et miniers, la logique est similaire : passer d’un rôle de fournisseur de matières premières à celui de producteur de biens à haute valeur ajoutée. Le complexe ouzbek des métaux technologiques (TMK), créé en 2024, pilote plus de 100 projets pour un montant de 4,2 milliards de dollars. Timur Hikmatullayev, représentant du TMK, résume l’objectif : « explorer géologiquement, affiner, transformer » pour produire des biens plus sophistiqués.
L’acier illustre parfaitement cette stratégie. Traditionnellement importé, ce matériau est désormais produit localement grâce à de nouvelles installations. Bahodir Abdullayev, directeur d’Uzmetkombinat, précise que l’Ouzbékistan devrait fabriquer 880 000 tonnes de tôles d’acier par an, dont plus de 200 000 tonnes destinées à l’export. Les prix varient considérablement selon le niveau de transformation : de 600 à 650 dollars la tonne pour les barres d’armature standard, à 5 000 ou 6 000 dollars pour les aciers fortement alliés.
Dans le cuivre, les accords de transformation pourraient, selon Abdulla Khursanov, président du complexe minier et métallurgique d’Almalyk, multiplier les bénéfices de l’entreprise « de deux à trois fois ». Ces gains supplémentaires proviennent de la production de produits finis ou semi-finis, bien plus rentables que les minerais bruts.
La transparence, un défi pour pérenniser les bénéfices
Pour que cette richesse se traduise par des bénéfices durables pour la population, la transparence des contrats, des permis et des recettes est cruciale. Mark Robinson, directeur exécutif de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, met en garde contre les risques liés à l’accélération des procédures. « Ce qu’ils doivent faire, c’est transformer cette richesse en ressources en bénéfices durables en obtenant une part équitable des accords conclus autour de ces ressources », déclare-t-il à Euronews FR.
Il souligne que les procédures accélérées ne doivent pas ouvrir la porte à des accords opaques ou à des intérêts privés au détriment de l’intérêt général. « Il existe une véritable appétence pour des procédures d’autorisation plus rapides », note-t-il. « Mais ces procédures accélérées ne doivent pas aboutir à l’octroi de permis à des personnes qui peuvent avoir leurs propres intérêts en tête, et non ceux du pays. »
Une chose est sûre : dans un contexte économique mondial marqué par la recherche de résilience et de valeur ajoutée, l’Ouzbékistan a choisi de jouer la carte de l’industrialisation ciblée. Reste à savoir si les défis logistiques, financiers et politiques seront relevés à temps pour transformer cette ambition en réalité.
Le pays cherche à maximiser la valeur ajoutée de ses exportations. Exporter des matières brutes rapporte peu, alors que la transformation sur place – comme la production de tôles d’acier ou de fruits transformés – permet de vendre à des prix bien plus élevés. Selon le ministre de l’Agriculture, « si la production ne génère pas de revenus, il ne peut y avoir de véritable sécurité alimentaire ».
Plusieurs défis se posent : la nécessité d’investissements massifs dans les infrastructures, l’attraction de capitaux privés, et surtout la transparence des contrats et des permis pour éviter les dérives. Comme le souligne Mark Robinson, « les procédures accélérées ne doivent pas aboutir à l’octroi de permis à des personnes qui peuvent avoir leurs propres intérêts en tête ».