Plusieurs milliers de policiers ont défilé mardi 30 juin dans les rues de Paris pour exiger des revalorisations salariales, selon Le Figaro. Leur colère s’est cristallisée autour de la réforme statutaire annoncée le 16 juin, qui accorde une augmentation aux commissaires de police mais laisse de côté les agents de terrain. « On ne peut pas dire aux plus grands corps qui font le travail au quotidien qu’on ne les augmente pas pour des contraintes budgétaires, et dans le même temps augmenter les commissaires », a dénoncé Yohan Maras, délégué national d’Alliance Police, lors de la manifestation.

Ce qu'il faut retenir

  • 5 000 policiers mobilisés à Paris et en province, selon les syndicats organisateurs.
  • Réforme statutaire du 16 juin : hausse jusqu’à 1 350 euros mensuels pour les commissaires de police.
  • L’indemnité de sujétions spéciale police (ISSP), gelée depuis 2019, est au cœur des revendications.
  • Syndicats menacent d’un mouvement durci dès septembre si l’État ne répond pas.
  • 1 700 agents exclus d’une revalorisation prévue par le protocole de 2022.

Une mobilisation inédite dans un contexte de tensions persistantes

Le cortège, parti de Bercy – siège du ministère des Finances – jusqu’aux locaux de la direction des relations humaines du ministère de l’Intérieur, a réuni des policiers venus de toute la France : Marseille, Bordeaux, Rennes, Strasbourg, Metz, Grenoble ou encore les Hautes-Alpes. Selon les syndicats Alliance, Unité Police FO et Synergie Officiers, cette mobilisation marque un tournant dans la pression exercée sur le gouvernement pour obtenir satisfaction sur les revendications salariales.

La réforme de juin a servi de détonateur. En revalorisant les salaires des commissaires, elle a mis en lumière les inégalités perçues au sein des forces de l’ordre. « Les conditions de travail et le pouvoir d’achat sont au cœur des préoccupations, mais c’est l’ISSP, cette prime de risque gelée depuis 2019, qui cristallise les attentes », explique Yohan Maras. Fixée à 28,5 % du traitement brut, cette indemnité est la seule intégrée au calcul des pensions de retraite, ce qui en fait un enjeu central pour les syndicats.

Des exclus de la revalorisation dénoncés par les syndicats

Un autre sujet d’indignation porte sur les 1 700 agents laissés de côté par le protocole de modernisation des ressources humaines, signé en mars 2022 avec le soutien unanime des syndicats et doté de 800 millions d’euros sur cinq ans. « Les CRS autoroutiers, par exemple, ne sont pas éligibles à la prime voie publique, alors qu’ils y passent leurs journées », dénonce le délégué syndical. Les syndicats pointent des arbitrages budgétaires jugés arbitraires et rappellent que ces agents, bien que moins visibles, assument des missions tout aussi exigeantes.

Les revendications ne se limitent pas à la question salariale. Les policiers réclament aussi une meilleure reconnaissance de leur travail et une amélioration de leurs conditions de service. « La reconnaissance passe par des actes concrets, pas par des annonces », a souligné Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance Police, aux côtés de Grégory Joron, secrétaire général d’Unité Police FO. Les deux responsables ont prévenu que, faute de réponse de l’État d’ici l’été, un mouvement social d’ampleur serait organisé à la rentrée.

Les syndicats menacent d’un « durcissement » du mouvement

La menace d’un durcissement du mouvement n’est pas anodine. Les syndicats, qui appellent à une « rentrée sociale des policiers », évoquent déjà des actions ciblées et une mobilisation renforcée si leurs revendications ne sont pas entendues. « Si l’État ne bouge pas durant l’été, la rentrée sera chaude », a prévenu Yohan Maras. Les prochaines semaines s’annoncent donc décisives pour les négociations en cours, alors que le gouvernement doit composer avec un contexte budgétaire contraint.

Les policiers, dont les salaires stagnent depuis des années, estiment que leurs revendications sont légitimes. « On ne demande pas l’impossible, mais une juste reconnaissance de notre engagement quotidien », a résumé un agent mobilisé à Paris, sous couvert d’anonymat. Les syndicats, eux, insistent sur le fait que cette mobilisation dépasse le cadre corporatiste : elle touche à la sécurité intérieure du pays, dont les policiers sont les premiers garants.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes. Les syndicats ont d’ores et déjà annoncé leur intention de maintenir la pression, avec des actions symboliques prévues dès cet été si aucune avancée concrète n’est enregistrée. Une réunion avec le gouvernement est évoquée, mais aucun calendrier précis n’a encore été fixé. Le risque d’un conflit prolongé, avec des perturbations dans les services publics, n’est donc pas exclu. À suivre.

Contexte : des années de tensions entre policiers et gouvernement

Cette mobilisation s’inscrit dans un climat social déjà tendu au sein des forces de l’ordre. Depuis plusieurs années, les policiers dénoncent un décalage croissant entre leurs conditions de travail et les attentes placées en eux. Les réformes successives, souvent perçues comme déséquilibrées, ont alimenté un sentiment d’injustice parmi les agents de terrain. En 2022, le protocole de modernisation des ressources humaines avait pourtant été salué comme une avancée, mais ses effets se font attendre pour une partie des effectifs.

La question de l’ISSP, centrale dans les revendications actuelles, illustre cette frustration. Gelée depuis 2019, cette prime est jugée insuffisante par les syndicats, qui rappellent qu’elle est la seule à être prise en compte pour le calcul des retraites. « Sans une revalorisation de cette indemnité, c’est toute la carrière des policiers qui est désavantagée », a rappelé Yohan Maras. Les syndicats espèrent que cette mobilisation massive incitera le gouvernement à revoir sa copie.

La réforme annoncée le 16 juin prévoit une hausse salariale pouvant atteindre 1 350 euros mensuels pour les commissaires de police, soit les grades les plus élevés. Les policiers de terrain estiment que cette revalorisation, accordée dans un contexte de contraintes budgétaires, creuse les écarts au sein des forces de l’ordre et envoie un mauvais signal sur la reconnaissance accordée aux agents en première ligne. « On ne peut pas dire aux policiers qui font le travail quotidien qu’on ne les augmente pas pour des raisons budgétaires, et dans le même temps augmenter les commissaires », a déclaré Yohan Maras, délégué national d’Alliance Police.

L’indemnité de sujétions spéciales police (ISSP) est une prime de risque équivalant à 28,5 % du traitement brut. Elle est gelée depuis 2019 et constitue la seule prime intégrée au calcul de la pension de retraite des policiers. Pour les syndicats, sa revalorisation est donc un enjeu à la fois financier et symbolique, car elle conditionne à la fois le pouvoir d’achat présent et la retraite future des agents.