Mercredi 2 septembre 2026, l’actrice, réalisatrice, autrice et chanteuse Rachida Brakni publie aux éditions Stock un nouveau roman intitulé « La part absente ». Selon nos confères de Franceinfo - Culture, ce texte s’inscrit dans la continuité de son précédent ouvrage, « Kaddour » (2024), tout en approfondissant une réflexion personnelle sur l’identité, les origines et les choix imposés par une société parfois peu accueillante.
Créatrice aux multiples facettes, Rachida Brakni a alterné les rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision, tout en réalisant ses propres films. Elle a également enregistré un album en solo avant de fonder le duo musical Lady/Sir avec Gaëtan Roussel. Son parcours, marqué par une volonté farouche de ne pas se laisser enfermer dans des cases, trouve dans « La part absente » une nouvelle expression. L’ouvrage s’ouvre sur deux citations qui en résument l’esprit : celle de Frantz Fanon, « Puisque l’autre hésitait à me connaître, il ne restait qu’une solution, me faire connaître », et celle de Marcel Duchamp, « L’invisible est le visible qui n’est pas encore perçu ». Deux phrases qui soulignent à la fois l’intime et l’universel.
Ce qu'il faut retenir
- Publication : « La part absente » est sorti le 19 août 2026 aux éditions Stock.
- Thèmes principaux : Identité, renoncement, émancipation et charge raciale et sociale.
- Structure narrative : Le roman alterne entre la guerre d’Algérie et une temporalité contemporaine centrée sur le personnage de Karina.
- Changement de prénom : Le titre fait référence à la transformation du « M » en « N » dans le prénom de l’héroïne.
- Place des femmes : L’autrice dénonce la sous-représentation des actrices de plus de 60 ans dans le cinéma.
- Nécéssité d’écrire : Pour Rachida Brakni, l’écriture est une « nécessité de s’exprimer » face à l’invisibilisation.
Un roman sur l’identité et les renoncements
« La part absente » s’articule autour de deux temporalités distinctes. D’un côté, la guerre d’Algérie, qui irrigue encore profondément les tensions sociétales contemporaines. De l’autre, une histoire actuelle centrée sur Karina, une femme ayant modifié son prénom en remplaçant le « M » par un « N » pour échapper à un monde qui ne lui semblait pas destiné. Ce choix symbolise un renoncement et une forme de travestissement identitaire, explique l’autrice.
— « C’est une histoire de renoncement et d’arrachement », a-t-elle déclaré à Franceinfo - Culture. « La honte ne m’a jamais quittée, mais c’était aussi une histoire d’émancipation, de se travestir pour exister dans un monde qui, au premier abord, ne voulait pas de moi. »
Ce personnage fictif permet à Rachida Brakni d’aborder des obsessions françaises, notamment la question identitaire et les attentes sociales liées à un nom. Le prénom, rappelle-t-elle, porte en lui une géographie, une origine sociale et raciale, ainsi qu’une dimension générationnelle. Une réflexion qu’elle partage avec de nombreux artistes confrontés à ces mêmes enjeux.
« Je pense qu’on est un certain nombre à être confronté à cette idée qu’un nom, ça dit une géographie, ça dit une origine sociale, raciale et aussi générationnelle. Et comment s’affranchir de ça ? »
— Rachida Brakni, à Franceinfo - Culture
Le prénom, un fardeau et une libération
Rachida Brakni a évoqué, sans détour, la relation complexe qu’elle entretient avec son propre prénom. Adolescente, elle le détestait, non pas pour des raisons identitaires, mais parce qu’il évoquait pour elle un prénom « comme Monique » — une référence à la fois sociale et générationnelle. Plus tard, dans le cadre de sa carrière artistique, elle a parfois imaginé que le fait de porter un autre prénom aurait pu simplifier son parcours. Cependant, l’autrice insiste sur le fait que ce renoncement n’était pas envisageable, par respect pour ses parents et pour son histoire personnelle. Le personnage de Karina dans « La part absente » incarne cette tension entre l’acceptation de ses racines et la volonté de s’affranchir des normes imposées. Un équilibre qu’elle explore avec une franchise rare.
— « Je trouve ça intéressant d’amener aussi cette idée avec un personnage, a-t-elle ajouté, pour voir à quel point changer de prénom implique un certain nombre de choses. »
Le cinéma, une violence inouïe pour les femmes
Interrogée sur les bouleversements récents dans le monde du cinéma, Rachida Brakni a souligné la persistance des inégalités structurelles. Selon elle, le 7ᵉ art reste un milieu particulièrement violent pour les actrices, notamment à mesure qu’elles prennent de l’âge. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : les femmes de plus de 60 ans sont moins représentées que des personnages d’animaux.
— « Le cinéma est d’une violence inouïe pour les femmes », a-t-elle affirmé. « Plus on prend de l’âge, moins on existe. C’est dire tout ce qui nous est alloué dans ce milieu. »
Cette invisibilisation pousse l’autrice à voir dans l’écriture une alternative, voire une nécessité. Depuis la publication de « Kaddour », elle a trouvé dans les livres un terrain de jeu lui permettant de s’exprimer librement, sans avoir à justifier son existence aux autres.
« Quand on est une femme, on doit toujours user de stratégies d’évitement ou de contournement. Qu’est-ce qu’on fait quand on est invisibilisée ? Moi, je ne suis pas du genre à me laisser abattre ou à baisser les bras. J’ai besoin de m’exprimer, j’ai besoin de raconter des histoires. Il en va aussi de ma santé mentale. »
— Rachida Brakni, à Franceinfo - Culture
L’écriture, une nécessité face à l’invisibilisation
Pour Rachida Brakni, l’écriture n’est pas seulement un exutoire, mais une véritable bouffée d’oxygène. Après avoir exploré la musique, le théâtre et le cinéma, elle considère désormais l’écriture comme un espace de liberté absolue. Un choix qui, selon elle, répond à une nécessité personnelle et collective.
— « Depuis Kaddour, j’ai trouvé un terrain de jeu extraordinaire avec l’écriture, parce que je n’ai besoin de personne. Mais c’est avant tout une nécessité de m’exprimer », a-t-elle précisé. Cette prise de parole s’inscrit dans une démarche plus large de réappropriation de soi, loin des attentes d’une société qui tend à marginaliser ceux qui ne correspondent pas aux normes établies.
La publication de ce roman intervient à un moment où les questions identitaires et les luttes contre les discriminations occupent une place centrale dans le débat public. Une coïncidence qui pourrait offrir à « La part absente » une résonance particulière auprès des lecteurs.