Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche relance un appel à témoignages pour éclairer les difficultés rencontrées par les docteurs postulant chaque année à un poste de maître de conférences, sans succès à ce jour. Une initiative publiée par Le Monde, qui invite les candidats à partager leur parcours semé d’embûches.

Selon Le Monde, cet appel s’adresse aux docteurs en sciences humaines, sociales ou exactes, qui enchaînent les campagnes de recrutement depuis plusieurs années. L’objectif ? Comprendre les raisons de ces échecs répétés et identifier d’éventuels dysfonctionnements dans le processus de sélection. Une démarche qui s’inscrit dans un contexte où les postes de maître de conférences restent rares, alors que le nombre de docteurs formés chaque année continue d’augmenter.

Ce qu'il faut retenir

  • Appel à témoignages lancé par le ministère pour recueillir les retours des docteurs en échec récurrent aux concours de maître de conférences.
  • Les postulants concernés sont des docteurs en sciences humaines, sociales ou exactes, ayant tenté leur chance « chaque année » sans succès.
  • Les postes de maître de conférences sont en nombre limité, alors que la production de docteurs augmente régulièrement.
  • L’initiative vise à identifier d’éventuels blocages structurels dans le processus de recrutement universitaire.

Un parcours du combattant pour les docteurs en quête d’un poste stable

Le processus de recrutement pour un poste de maître de conférences en France est réputé pour sa sélectivité. D’après Le Monde, les candidats doivent généralement postuler plusieurs fois avant d’obtenir une qualification par le Conseil national des universités (CNU), étape préalable indispensable. Une fois qualifiés, ils peuvent espérer être sélectionnés lors des campagnes de recrutement organisées chaque année par les établissements publics.

Or, le nombre de postes ouverts chaque année reste largement inférieur au nombre de docteurs en recherche d’emploi stable. « Côté candidature, on se retrouve face à des jurys qui reçoivent parfois plus de 100 dossiers pour un seul poste », explique un enseignant-chercheur sous couvert d’anonymat. Autant dire que les chances de succès diminuent à chaque tentative, surtout dans les disciplines déjà saturées comme la philosophie ou la sociologie.

Des témoignages pour décrypter les mécanismes d’exclusion

L’appel lancé par Le Monde s’inspire d’une démarche similaire menée il y a quelques années, qui avait permis de mettre en lumière des pratiques discutables dans certains comités de sélection. « Certains jurys privilégient des critères implicites, comme l’appartenance à un réseau ou une école de pensée particulière », confie une doctorante en histoire, qui a participé à trois campagnes de recrutement sans succès.

Le ministère espère ainsi recueillir des retours anonymes pour mieux cerner les freins à l’embauche. Les témoignages pourront porter sur les critères de sélection, les attentes des jurys, ou encore les inégalités territoriales dans l’accès aux postes. Une enquête qui pourrait, à terme, alimenter une réflexion plus large sur la réforme du système universitaire français.

Un enjeu de transparence pour l’enseignement supérieur

La publication de cet appel intervient alors que le débat sur la précarité des jeunes chercheurs s’intensifie. En 2025, un rapport de la Cour des comptes avait pointé du doigt le manque de perspectives pour les docteurs, avec un taux d’emploi stable inférieur à 50 % cinq ans après la soutenance de thèse. « Le système actuel favorise une forme de reproduction sociale, où les mêmes profils sont recrutés en boucle », analyse un sociologue spécialiste de l’enseignement supérieur.

Pourtant, certains établissements tentent de diversifier leurs recrutements. C’est le cas de l’université de Strasbourg, qui a mis en place des ateliers d’accompagnement pour les candidats issus de milieux moins favorisés. Une initiative saluée par les associations étudiantes, mais encore marginale à l’échelle nationale.

Et maintenant ?

Les témoignages collectés par Le Monde et le ministère pourraient être synthétisés d’ici la fin de l’année 2026. Si des dysfonctionnements sont identifiés, une réforme des procédures de recrutement pourrait être proposée dans le cadre de la loi de programmation de la recherche, attendue pour 2027. En attendant, les candidats sont invités à déposer leur récit sur une plateforme dédiée, accessible depuis le site du ministère. Une démarche qui, si elle aboutit, pourrait changer la donne pour des centaines de docteurs chaque année.

En conclusion, cet appel à témoignages rappelle que le parcours des docteurs vers un poste stable reste un chemin semé d’embûches. Une prise de conscience collective, nourrie par des retours d’expérience concrets, pourrait bien être le premier pas vers une solution.

Le CNU est chargé de qualifier les candidats avant leur entrée en campagne de recrutement. Sans cette qualification, un docteur ne peut pas postuler à un poste de maître de conférences. Le processus de qualification est lui-même sélectif, avec un taux d’acceptation variable selon les disciplines.