Les étudiants étrangers non européens ne peuvent plus prétendre aux aides personnalisées au logement (APL) pour financer leurs études en France depuis ce mercredi 1er juillet 2026. Cette mesure, inscrite dans la loi de finances, exclut désormais les étudiants hors UE sans ressources, tandis que ceux en activité ou bénéficiaires de bourses restent éligibles, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- 80 000 étudiants extracommunautaires sont désormais exclus des APL, contre une première estimation de 100 000 avant la publication du décret d’application.
- Trois exceptions majeures : les boursiers sur critères sociaux, les apprentis ou en contrat de professionnalisation, et les étudiants salariés.
- La réforme, adoptée sous couvert de maîtrise des dépenses publiques, a été validée par le Conseil constitutionnel en début d’année malgré les oppositions.
- Les CAF ont commencé à radier certains allocataires dès le week-end dernier, suscitant des démarches de régularisation en urgence.
- Les associations dénoncent une mesure « injuste et dangereuse », deux mois seulement avant la rentrée universitaire.
Une réforme ciblée, mais aux conséquences immédiates
Adoptée au nom de la réduction des dépenses publiques, cette réforme des APL s’applique désormais uniquement aux étudiants étrangers hors UE dépourvus de revenus. Trois catégories échappent à cette exclusion : les bénéficiaires de bourses d’enseignement supérieur sur critères sociaux, les titulaires d’un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, ainsi que les étudiants exerçant une activité professionnelle parallèle à leurs études. Ces exceptions ont été précisées dans un décret publié au Journal officiel le dimanche 28 juin 2026, soit quelques jours seulement avant l’entrée en vigueur de la mesure.
Pourtant, malgré cette apparente précision, l’application de la réforme a révélé des difficultés opérationnelles. Selon Euronews FR, qui cite une source proche du dossier à la CAF, les services d’allocations familiales ont d’abord contacté, en juin, des étudiants enregistrés uniquement comme « étudiants » alors que leur dossier administratif mentionnait des revenus salariés récents. Objectif : les inciter à mettre à jour leur statut en « étudiant salarié ». Dans certains cas, cette démarche a abouti à des radiations dès le week-end des 29 et 30 juin, avant même que les étudiants concernés ne puissent fournir les justificatifs nécessaires. Le problème ? Une fois les droits supprimés, l’administration perd accès à leurs revenus réels, rendant toute régularisation ultérieure complexe.
Des procédures d’urgence et des zones d’ombre
Les agents des caisses d’allocations familiales (CAF) attendent désormais des consignes claires de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) pour savoir quels justificatifs exiger des étudiants affirmant exercer une activité professionnelle. Deux types de situations ont été observés par Euronews FR auprès des allocataires contactés : certains ont simplement reçu une invitation à mettre à jour leur dossier, sans référence explicite à la réforme, tandis que d’autres ont reçu un courriel intitulé « Fin de votre aide au logement », leur indiquant qu’« au regard des informations dont nous disposons, vous ne remplissez plus les conditions d’éligibilité à cette aide à compter du 1er juillet 2026 ».
Face à cette situation, la CAF a rappelé que des aides « spécifiques » peuvent être sollicitées auprès des CROUS, « en fonction de la situation individuelle de chacun ». Une porte de sortie qui, pour les associations, reste insuffisante. « Beaucoup d’étudiants étrangers travaillent sans forcément avoir de contrat, par exemple en faisant des petits boulots comme du baby-sitting », souligne Éléonore Schmitt, chargée de mobilisation à la Fondation pour le Logement des Défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre). Une réalité que l’administration peine à prendre en compte dans ses critères d’éligibilité.
Une mesure critiquée pour son manque de pragmatisme
Malgré une application désormais limitée aux étudiants sans ressources, la réforme suscite toujours de vives critiques, notamment pour son manque de préparation et ses conséquences jugées disproportionnées. «
La réforme continue de concerner les étudiants étrangers n’ayant aucune ressource, ce qui nous paraît extrêmement injuste et dangereux, seulement deux mois avant la rentrée universitaire et dans une période clé pour la recherche de logement», a déclaré Éléonore Schmitt. Pour la responsable associative, cette décision est « purement idéologique » et ne générerait que 100 millions d’euros d’économies pour l’année 2026, un montant qu’elle qualifie de dérisoire au regard des enjeux.
La Fondation pour le Logement des Défavorisés dénonce également un manque d’information autour du décret, publié tardivement pour permettre une anticipation efficace des démarches. « Nous nous préparons déjà à nous battre dans le cadre du projet de loi de finances 2027 pour revenir sur cette mesure », a annoncé Éléonore Schmitt, laissant présager un bras de fer politique à venir. De son côté, le gouvernement justifie la réforme par la nécessité de maîtriser les dépenses publiques, une argumentaire contesté par l’opposition de gauche et le monde associatif.
Cette réforme des APL s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions budgétaires touchant le logement étudiant, alors que la demande de logements abordables ne cesse de croître en France. Les prochains mois pourraient donc voir émerger de nouveaux débats sur la politique de soutien aux étudiants étrangers, dans un pays où l’attractivité académique repose en partie sur l’ouverture et l’inclusion.