L’expérimentation de la réforme du Revenu de solidarité active (RSA) menée entre mars 2023 et fin 2024 a permis d’améliorer l’accès à l’emploi des bénéficiaires accompagnés, mais n’a eu aucun effet positif sur l’emploi total en France. C’est ce que révèle une étude publiée le 1er juillet 2025 par l’Institut des politiques publiques (IPP) et la Dares, le département des études du ministère du Travail, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- Un taux de retour en emploi en hausse de 25 % pour les bénéficiaires du RSA accompagnés dans le cadre de l’expérimentation.
- Le nombre de contrats aidés a doublé pour ces mêmes bénéficiaires, grâce aux mesures d’accompagnement renforcé.
- Une dégradation des perspectives d’emploi pour les non-participants, qui n’ont pas bénéficié de l’accompagnement renforcé, selon Lucie Briand, co-autrice de l’étude.
- L’évaluation globale ne montre aucun effet net positif sur l’emploi salarié total dans les zones d’expérimentation.
- Les résultats ne sont pas transposables à la réforme généralisée depuis janvier 2025, en raison de changements dans les procédures et contraintes budgétaires.
Une amélioration ciblée pour les bénéficiaires accompagnés
L’étude révèle que l’accompagnement renforcé des bénéficiaires du RSA, mis en place dans le cadre de l’expérimentation, a eu un impact significatif sur leur accès à l’emploi. Le taux de retour en emploi a progressé de 25 % par rapport aux demandeurs d’emploi non accompagnés de la même manière, a indiqué Lucie Briand, co-autrice de l’étude et chercheuse à l’IPP. Ce résultat s’explique en grande partie par une hausse marquée des embauches en contrats aidés, dont le nombre a doublé pour les personnes suivies.
Les contrats aidés, qui permettent aux employeurs de bénéficier d’aides financières pour réduire le coût de l’embauche, ont ainsi joué un rôle clé dans cette dynamique. Les bénéficiaires du RSA accompagnés ont pu accéder plus facilement à ces dispositifs, ce qui a favorisé leur insertion professionnelle à court terme. Cependant, cette amélioration reste concentrée sur une partie spécifique de la population, sans impact sur l’ensemble du marché du travail.
Un effet globalement neutre, voire négatif, pour l’emploi salarié total
Malgré ces avancées pour les participants à l’expérimentation, l’étude souligne que les bénéfices observés ont été contrebalancés par une dégradation des perspectives d’emploi pour les non-participants. Ces derniers, qu’ils soient bénéficiaires du RSA ou autres demandeurs d’emploi, n’ont pas pu bénéficier du même accompagnement, France Travail ayant mis en œuvre la réforme à moyens constants.
« Les bénéfices qui ont été observés pour les participants sont compensés par une dégradation des perspectives d’emploi pour les non-participants, de sorte que l’évaluation globale de l’expérimentation ne permet pas de mettre en évidence d’effet net positif sur l’emploi salarié total », a expliqué Lucie Briand.Autrement dit, si certains ont profité de l’accompagnement renforcé, d’autres en ont fait les frais, sans que l’équilibre global ne s’améliore.
Une expérimentation qui ne préjuge pas de la réforme généralisée
Les chercheurs précisent que leurs conclusions ne sont pas directement applicables à la réforme du RSA entrée en vigueur le 1er janvier 2025. En effet, la généralisation de l’accompagnement renforcé s’accompagne désormais de nouvelles procédures d’orientation, d’un système de sanctions revu et de contraintes budgétaires ayant réduit le nombre d’emplois aidés disponibles.
« Les résultats de l’étude ne sont pas transposables mécaniquement à ce qui se passe depuis janvier 2025 », a rappelé Lucie Briand. Le cadre temporel de l’expérimentation, limité à mars 2023 – fin 2024, n’a pas non plus permis d’évaluer si les emplois aidés obtenus par les bénéficiaires du RSA ont constitué une étape vers des emplois non aidés et pérennes. Une question majeure pour l’efficacité à long terme de la réforme.
Un bilan qui interroge sur la pérennité des mesures
Cette étude met en lumière les limites d’une politique publique qui, en ciblant une partie des demandeurs d’emploi, peut en marginaliser d’autres. Le risque est de créer des effets d’aubaine : une amélioration apparente des chiffres globaux de l’emploi, masquant en réalité une redistribution des opportunités plutôt qu’une réelle création nette d’emplois.
Par ailleurs, le recours accru aux contrats aidés soulève des questions sur la qualité et la durabilité des emplois proposés. Ces dispositifs, bien que facilitateurs, restent souvent temporaires et ne garantissent pas une insertion professionnelle stable. Le manque de données sur la transition vers des emplois non aidés et permanents laisse donc planer un doute sur l’efficacité réelle de la réforme.
En définitive, cette étude rappelle que toute réforme du marché du travail doit être évaluée non seulement sur ses effets immédiats, mais aussi sur ses conséquences globales. Si l’accompagnement renforcé du RSA semble porter ses fruits pour certains, son bilan global reste à préciser, dans un contexte où les moyens alloués ne sont pas extensibles.
L’étude révèle que l’amélioration de l’accès à l’emploi pour les bénéficiaires accompagnés a été contrebalancée par une dégradation des perspectives pour les autres demandeurs d’emploi, dont l’accompagnement a été réduit faute de moyens suffisants. France Travail a en effet mis en œuvre la réforme à moyens constants, ce qui a limité l’impact global.