Le géant français des équipements électriques Schneider Electric a annoncé mardi 30 juin 2026, après la clôture des marchés, le rachat de la société norvégienne Cognite pour un montant de 3,1 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros) en cash. Selon BFM Bourse, cette acquisition, qui doit être finalisée « dans les prochains trimestres », s’accompagne d’une valorisation jugée particulièrement élevée par les analystes, faisant peser des doutes sur la stratégie d’allocation du capital du groupe.
Ce qu'il faut retenir
- Cognite, spécialiste norvégien de l’IA industrielle, employant 800 personnes et fondé en 2017, sera intégré à Aveva, filiale logicielle de Schneider Electric.
- La valorisation de Cognite atteint 13,5 fois ses ventes attendues en 2026, alors que la société affiche une perte d’exploitation brute (Ebitda) de 24 millions de dollars en 2025.
- L’acquisition suscite des interrogations sur la gestion du capital de Schneider Electric, après des dépenses controversées comme les 5,5 milliards d’euros investis en 2025 pour racheter les minoritaires de sa coentreprise en Inde.
- L’action Schneider Electric, deuxième composante du CAC 40 après TotalEnergies, recule de 1,8 % ce mercredi 1er juillet 2026, après avoir cédé jusqu’à 3,1 % en séance.
Une acquisition stratégique pour renforcer l’offre logicielle de Schneider
Cognite, dont le produit phare est la plateforme Atlas AI (plus de 86 % des commandes), propose des outils d’intelligence artificielle industrielle dédiés à la maintenance prédictive, l’analyse des causes racines ou encore la gestion des équipements. Selon BFM Bourse, cette technologie permettrait de transformer des données industrielles complexes en « avantage concurrentiel », comme l’a souligné Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, dans un communiqué.
L’entreprise norvégienne, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 170 millions de dollars en 2025, affiche une croissance de 36 % de ses revenus récurrents annualisés sur un an. Citi et Royal Bank of Canada estiment que ce rachat s’inscrit dans une logique cohérente pour Schneider, en renforçant ses capacités dans les logiciels de processus et l’IA physique pour les industries de transformation.
Des multiples d’acquisition jugés « élevés » par les analystes
Le principal point de critique concerne la valorisation de Cognite. Selon les données fournies par son actionnaire majoritaire, la société norvégienne Aker, l’acquisition se traduit par un multiple de 18 fois les revenus de 2025 et de 13,7 fois ceux attendus en 2026. Un niveau qualifié de « très élevé » par Royal Bank of Canada, d’autant que Cognite affichait un taux de marge négatif de 15 % en 2025, avec une perte d’exploitation brute (Ebitda) de 24 millions de dollars.
Barclays va plus loin en estimant que le retour sur investissement de cette transaction ne dépasserait que 3,5 % en 2030. La banque pointe également le contexte difficile pour les entreprises de type SaaS (logiciels en tant que service), dont la rentabilité est menacée par l’essor de l’IA. « Nous avons du mal à justifier la valorisation de Cognite », a indiqué Barclays dans une note relayée par BFM Bourse.
Une opération à relativiser à l’échelle de Schneider
Malgré ces critiques, le montant de l’acquisition reste modeste pour Schneider Electric, dont la capitalisation boursière s’élève à 160,6 milliards d’euros. Le rachat de Cognite représente en effet moins de 2 % de cette valorisation. Pour autant, cette opération s’inscrit dans un contexte de forte exposition de Schneider à la thématique de l’intelligence artificielle, à travers ses produits dédiés à l’efficacité énergétique des centres de données (onduleurs, suites logicielles, systèmes de refroidissement).
Depuis le début de l’année 2026, le titre Schneider Electric a progressé de 18 %, et même de 25 % sur les trois derniers mois, porté par la dynamique des valeurs technologiques et industrielles liées à l’IA. Plusieurs bureaux d’études, dont Deutsche Bank et Barclays, anticipent d’ailleurs une révision à la hausse des objectifs annuels de croissance du groupe lors de la publication de ses résultats semestriels, prévue le 30 juillet 2026.
Une stratégie d’allocation du capital sous surveillance
Cette acquisition relance les interrogations sur la capacité de Schneider Electric à arbitrer judicieusement entre ses investissements, ses acquisitions et le retour aux actionnaires (dividendes, rachats d’actions). En 2025, le groupe avait déjà suscité des critiques en déboursant 5,5 milliards d’euros pour racheter les minoritaires de sa coentreprise en Inde, une opération qualifiée de « bien supérieure au niveau envisageable » par Royal Bank of Canada à l’époque.
Pour BFM Bourse, cette nouvelle transaction pourrait donc raviver les doutes des investisseurs sur la rigueur de la gestion du capital de Schneider, alors que l’action recule de 1,8 % ce 1er juillet 2026, après avoir perdu jusqu’à 3,1 % en cours de séance. Un repli qui contraste avec la performance globale du CAC 40, en hausse de 68,37 % sur un an.
En attendant, les analystes restent divisés : si certains y voient un renforcement stratégique dans l’IA industrielle, d’autres s’interrogent sur le bien-fondé d’une valorisation aussi élevée pour une société encore déficitaire. Une chose est sûre : l’opération rappelle que, même pour un géant comme Schneider, les choix d’investissement sont désormais scrutés à la loupe par des marchés de plus en plus exigeants.
Les analystes, comme Barclays ou Royal Bank of Canada, jugent la valorisation de Cognite trop élevée au regard de ses performances financières. Le multiple d’acquisition atteint 13,5 fois les ventes attendues en 2026, alors que la société affiche une perte d’exploitation brute (Ebitda) en 2025 et un taux de marge négatif de 15 %. Barclays estime même que le retour sur investissement ne dépasserait que 3,5 % en 2030, ce qui interroge sur la pertinence économique de l’opération.
Le produit principal de Cognite est la plateforme Atlas AI, qui représente plus de 86 % de ses commandes. Cette solution propose des agents d’intelligence artificielle industrielle pour des applications comme la maintenance prédictive, l’analyse des causes racines ou la gestion des équipements. Citi et Royal Bank of Canada estiment que cette acquisition renforce les capacités de Schneider dans les logiciels de processus et l’IA physique pour les industries de transformation, un segment en forte croissance.