La montée en puissance de la Chine sur la scène diplomatique internationale s’est encore illustrée ce lundi 31 août 2026 à Bichkek, où s’ouvre le sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont c’est le 25ᵉ anniversaire. Selon nos confrères de RFI, parmi les dizaines de dirigeants réunis pour cet événement régional de premier plan figurent les présidents chinois Xi Jinping, russe Vladimir Poutine, iranien Massoud Pezeshkian et indien Narendra Modi. L’enjeu principal de ce rassemblement, qui se poursuivra jusqu’à mardi, est double : afficher une solidarité sans faille envers l’Iran et rejeter frontalement les velléités américaines de sanctions contre les partenaires commerciaux de Téhéran.
Ce qu'il faut retenir
- 25ᵉ anniversaire de l’OCS, créée en 2001 et regroupant aujourd’hui huit membres permanents
- Quatre chefs d’État majeurs présents à Bichkek : Xi Jinping, Vladimir Poutine, Massoud Pezeshkian et Narendra Modi
- L’organisation a pris un nouvel élan ces dernières années sous l’impulsion de Pékin, suscitant des tensions en Inde et en Russie
- Le sommet vise à soutenir l’Iran face aux sanctions américaines ciblant ses partenaires commerciaux
- La Chine y joue un rôle de plus en plus central, avec une capacité diplomatique en constante augmentation
Une organisation en pleine mutation sous l’influence chinoise
L’OCS, initialement conçue comme un forum de coopération régionale en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme, a vu son rôle évoluer considérablement. D’après RFI, ces dernières années, Pékin a transformé l’organisation en un outil de projection de son influence géopolitique, notamment via le renforcement des échanges commerciaux et des partenariats énergétiques. Cette stratégie, bien que porteuse de nouvelles opportunités pour les pays membres, commence à susciter des frustrations croissantes chez certains alliés historiques, à l’image de l’Inde ou de la Russie. Celles-ci voient dans cette hégémonie chinoise une remise en cause de leur propre poids au sein de l’organisation.
Les observateurs notent que la Chine a su tirer parti des tensions persistantes entre l’Occident et Moscou, ainsi que des sanctions américaines contre l’Iran, pour positionner l’OCS comme une alternative crédible aux alliances traditionnelles. « La capacité diplomatique de la Chine est croissante », souligne Marie Hiliquin, chercheuse à l’IRSEM Europe et autrice d’une thèse sur les nouvelles routes de la soie. Selon elle, Pékin mise sur cette plateforme pour contourner les pressions occidentales et consolider son rôle de puissance incontournable en Asie centrale.
L’Iran au cœur des discussions : un front commun contre Washington
Le sommet de Bichkek s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu. Comme le rapporte RFI, les États-Unis multiplient les menaces de sanctions contre les pays commerçant avec l’Iran, une stratégie que l’OCS a clairement décidé de combattre. « Le bloc a pris une position claire : il rejette les tentatives américaines de faire plier Téhéran par l’isolement économique », explique une source diplomatique sous couvert d’anonymat. Cette solidarité affichée avec l’Iran, l’un des membres observateurs de l’OCS, pourrait avoir des répercussions directes sur les flux commerciaux en Asie centrale et au Moyen-Orient.
Pour Pékin, ce soutien à l’Iran s’inscrit dans une logique plus large. La Chine, premier partenaire commercial de Téhéran, cherche à sécuriser ses approvisionnements en pétrole et en gaz, tout en renforçant son influence dans une région stratégique. Un équilibre délicat, alors que Moscou, autre pilier de l’OCS, pourrait voir d’un mauvais œil une trop grande dépendance de l’Iran envers la Chine. « Bref, le sommet de Bichkek illustre les tensions internes à l’OCS, où les ambitions chinoises se heurtent aux intérêts traditionnels de ses membres », analyse Marie Hiliquin.
Des enjeux régionaux et globaux sous haute tension
Au-delà de la question iranienne, le sommet de l’OCS aborde des sujets aussi variés que la lutte contre le terrorisme, la stabilité en Asie centrale ou encore la cybersécurité. Pourtant, c’est bien la dimension géopolitique qui domine les débats. Avec la présence simultanée de Xi Jinping et Vladimir Poutine, deux dirigeants souvent en première ligne dans les tensions Est-Ouest, l’événement prend des allures de front commun face à l’hégémonie occidentale. « On assiste à une recomposition des alliances, où l’OCS devient un contrepoids à l’OTAN et à l’influence américaine », commente un diplomate européen cité par RFI.
Pour autant, cette unité affichée lors du sommet de Bichkek pourrait bien cacher des divergences profondes. L’Inde, par exemple, reste prudente face à l’influence croissante de Pékin, tandis que la Russie, bien qu’alliée objective de la Chine sur la scène internationale, voit d’un mauvais œil son leadership économique mis à mal. « La question n’est plus de savoir si l’OCS peut devenir un acteur global, mais comment ses membres parviendront à concilier leurs intérêts divergents », résume un observateur basé à Bruxelles.
En définitive, ce sommet de Bichkek confirme le rôle croissant de la Chine dans les affaires internationales, tout en révélant les limites d’une alliance où les intérêts nationaux priment souvent sur la solidarité affichée. La capacité de l’OCS à transformer cette dynamique en une véritable force géopolitique dépendra, en grande partie, de sa capacité à gérer ces tensions internes.
L’Iran, membre observateur de l’OCS, est directement visé par les sanctions américaines visant ses partenaires commerciaux. Le bloc a choisi de lui apporter un soutien symbolique et diplomatique fort lors de ce sommet, afin de montrer son unité face à la pression occidentale. Cette position s’inscrit dans la stratégie chinoise de contournement des sanctions et de renforcement de son influence régionale.