D'après Le Monde, la concurrence face aux réseaux sociaux américains ou chinois reste un défi majeur pour les plateformes européennes. Alors que la question de la souveraineté numérique est plus que jamais au cœur des débats, de nombreux projets émergent, mais peinent à trouver des investisseurs ou un soutien public suffisant.
Ce qu'il faut retenir
- 80 % des nouvelles plateformes européennes disparaissent dans les deux ans faute d’investisseurs, selon une étude récente.
- Les géants comme Instagram ou TikTok, soutenus par des fonds colossaux, écrasent la concurrence.
- La souveraineté numérique est un enjeu politique, mais les solutions locales manquent de moyens.
- Plusieurs initiatives publiques et privées tentent de relancer des alternatives européennes, sans succès majeur pour l’instant.
- Les pouvoirs publics sont appelés à jouer un rôle clé pour soutenir ces projets.
Des échecs répétés face aux mastodontes du numérique
Les exemples de plateformes européennes qui ont tenté de s’imposer face aux géants américains ou chinois sont nombreux. Selon Le Monde, la plupart ont échoué ou ne parviennent à capter qu’une audience marginale. « Sans investisseurs, les nouveaux venus finissent par couler », résume un expert interrogé par le quotidien. Les ressources financières colossales des concurrents, couplées à des algorithmes ultra-performants, rendent la tâche quasi impossible pour les acteurs locaux.
Parmi les tentatives les plus médiatisées, celle de Vero, un réseau social lancé en 2018 et présenté comme une alternative à Facebook, s’est soldée par un échec cuisant. Après une croissance fulgurante, la plateforme a dû réduire drastiquement ses ambitions faute de fonds suffisants. Un scénario similaire s’est joué pour Peach, une application mobile lancée en 2016, qui a disparu moins d’un an après son lancement.
La souveraineté numérique, un enjeu politique devenu prioritaire
Face à cette domination écrasante, la question de la souveraineté numérique s’impose comme un sujet central. En Europe, plusieurs initiatives publiques et privées ont été lancées pour tenter de créer des alternatives locales. En France, le gouvernement a lancé en 2023 le fonds France 2030, doté de plusieurs centaines de millions d’euros, pour soutenir les start-up technologiques, dont celles spécialisées dans les réseaux sociaux. « On ne peut pas laisser les données des Européens entre les mains de plateformes étrangères », a déclaré un haut responsable du ministère de l’Économie en 2025.
Pourtant, malgré ces efforts, les résultats restent limités. Selon une enquête publiée par Le Monde, moins de 5 % des utilisateurs européens utilisent des plateformes locales pour leurs réseaux sociaux. La majorité reste fidèle à Instagram, TikTok ou X (ex-Twitter), qui captent l’essentiel de l’attention et des revenus publicitaires.
Les initiatives locales manquent de visibilité et de moyens
Plusieurs projets tentent de percer, comme Mastodon, un réseau social décentralisé, ou Minds, une plateforme axée sur la vie privée. Ces alternatives séduisent une partie de la population, notamment les défenseurs de la vie privée et les militants pour une tech plus éthique. Cependant, leur adoption reste confidentielle. « On a des outils techniques intéressants, mais on manque cruellement de marketing et de moyens financiers », explique un développeur derrière l’un de ces projets.
Un autre exemple est celui de Clubhouse, qui avait connu un succès éphémère en 2021 avant de décliner faute d’un modèle économique viable. Malgré des levées de fonds impressionnantes, la plateforme n’a pas réussi à s’imposer durablement. Ces échecs répétés illustrent les difficultés structurelles auxquelles font face les acteurs européens du numérique.
Au-delà des aspects économiques et technologiques, la question de la souveraineté numérique soulève des enjeux géopolitiques. Avec l’adoption prochaine du Digital Services Act (DSA) et du Digital Markets Act (DMA), l’Europe cherche à reprendre le contrôle sur les plateformes numériques. Mais pour que ces textes produisent des effets concrets, il faudra que les acteurs locaux parviennent à émerger, ce qui semble encore loin d’être acquis.
Parmi les alternatives les plus connues figurent Mastodon (réseau décentralisé), Minds (axé sur la vie privée), PeerTube (vidéo) et Lemmy (forum). Ces plateformes sont souvent portées par des communautés engagées, mais leur audience reste marginale comparée à Instagram ou TikTok.