Alors que le cadre réglementaire européen pour les actifs crypto, le MiCA (Markets in Crypto-Assets), est pleinement entré en vigueur à la fin de l’année 2024, l’émetteur du stablecoin USDT, Tether, maintient son refus de solliciter une licence en bonne et due forme. Selon Cryptoast, cette position a été réaffirmée publiquement par le PDG de Tether, Paolo Ardoino, lors d’une interview diffusée à nouveau le 1er juillet 2026 sur X (ex-Twitter), à l’occasion de l’expiration définitive de la période transitoire de MiCA. Une décision qui consacre l’exclusion de fait de l’USDT des plateformes régulées en Europe, où il avait déjà disparu des principaux acteurs comme Coinbase ou Kraken depuis plus d’un an.
Ce qu'il faut retenir
- Tether refuse de demander la licence européenne MiCA, jugée « très dangereuse » pour les émetteurs de stablecoins par son PDG, Paolo Ardoino.
- Le cadre MiCA impose notamment de placer 60 % des réserves en dépôts bancaires non assurés dans des établissements européens, une règle que Tether considère comme un risque systémique.
- L’USDT, stablecoin dominant avec une capitalisation de 184,46 milliards de dollars, a été progressivement retiré des plateformes régulées en Europe depuis 2025.
- Ardoino met en avant la mission de Tether dans les marchés émergents, où plus de 400 millions d’utilisateurs dépendent de l’USDT pour se protéger contre l’inflation locale.
- La concurrence, comme Circle avec l’USDC, a obtenu la licence MiCA sans compromettre son modèle, mais Tether souligne les risques liés à la transparence de ses réserves.
Un refus motivé par des exigences jugées contre-productives
Dans une interview remontant à mai 2025 mais largement relayée début juillet 2026, Paolo Ardoino a expliqué pourquoi Tether n’a jamais déposé de demande de licence MiCA. Selon lui, les règles imposées par le règlement européen sont « très dangereuses » pour les émetteurs de stablecoins et pourraient fragiliser l’ensemble du système bancaire en Europe. Le point de crispation principal porte sur l’obligation de conserver 60 % des réserves sous forme de dépôts bancaires non assurés dans des banques européennes. Pour un stablecoin d’une valeur de 10 milliards d’euros, cela représenterait un placement de 6 milliards d’euros dans des établissements souvent incapables d’assurer leur liquidité en cas de crise.
Ardoino illustre son propos avec un scénario catastrophe : si 20 % des actifs devaient être rachetés (soit 2 milliards d’euros), les banques, soumises à une réserve fractionnaire pouvant atteindre 90 %, ne disposeraient que de 600 millions d’euros disponibles. « La banque ferait faillite, et l’émetteur du stablecoin ferait faillite avec elle », résume-t-il. Pour Tether, cette disposition revient à « une législation très mal pensée », incompatible avec la stabilité des stablecoins.
Tether privilégie les marchés émergents face à l’euro numérique
Le PDG de Tether justifie son choix par la mission sociale que remplit l’USDT dans les économies en développement. Avec plus de 400 millions d’utilisateurs principalement situés en Turquie, en Argentine et en Afrique, l’entreprise se présente comme un rempart contre la dévaluation des monnaies locales face au dollar. Ardoino reproche à la Banque centrale européenne de vouloir imposer l’euro numérique comme outil de contrôle, plutôt que de laisser coexister des stablecoins libres comme l’USDT. Une posture qui s’inscrit dans la stratégie historique de Tether, souvent perçue comme un défenseur de l’hégémonie du dollar dans l’écosystème crypto.
Pourtant, ce discours ne convainc pas tous les observateurs. Les concurrents comme Circle, émetteur de l’USDC, ont obtenu leur licence MiCA sans compromettre leur modèle, malgré les turbulences passées, comme le sauvetage in extremis de 3 milliards de dollars de dépôts placés à la Silicon Valley Bank en 2023. La transparence des réserves de Tether reste également un sujet de controverse : l’entreprise publie des attestations trimestrielles, dont celle du premier trimestre 2026 validée par BDO, mais aucun audit complet réalisé par un « Big Four » n’a été rendu public à ce jour.
Un pari risqué sur un marché européen en pleine mutation
En refusant de se soumettre au cadre MiCA, Tether prend le risque de marginaliser son stablecoin sur le marché européen, où vivent plus de 440 millions de consommateurs potentiels. Depuis plus d’un an, l’USDT a été retiré des plateformes régulées comme Coinbase ou Kraken, laissant le champ libre à des concurrents régulés comme l’USDC. Pourtant, la croissance de l’USDT se poursuit ailleurs : sa capitalisation de 184,46 milliards de dollars en juillet 2026 témoigne d’une adoption massive en dehors de l’Europe. « Si OUSD est le joueur 2, c’est que l’USDT est le joueur 1 », a ironisé Ardoino sur X fin juin 2026, en référence au lancement du stablecoin OUSD par Visa, Mastercard et une centaine d’institutions financières.
Depuis son interview de mai 2025, Ardoino n’a pas réitéré ses critiques publiques à l’encontre du MiCA. Son dernier coup d’éclat médiatique reste un message posté sur X à la fin juin 2026, saluant l’arrivée d’OUSD avec une pointe d’ironie : « Player 2 has entered the game ». Une manière de rappeler que Tether reste le leader incontesté du secteur, malgré son absence sur le marché européen.
La position de Tether interroge aussi sur l’équilibre entre régulation et innovation. Si le MiCA vise à sécuriser le marché européen, ses exigences pourraient, selon ses détracteurs, favoriser une centralisation accrue et limiter la diversité des solutions disponibles. Pour les utilisateurs européens, cela pourrait signifier un accès restreint à certains stablecoins, au profit de ceux ayant obtenu leur licence. Reste à voir si cette dynamique poussera Tether à revoir sa stratégie ou si l’entreprise continuera à privilégier des marchés moins régulés pour son développement.
Selon Paolo Ardoino, le PDG de Tether, la réglementation MiCA impose des exigences dangereuses, notamment l’obligation de placer 60 % des réserves en dépôts bancaires non assurés. Il estime que cela pourrait entraîner des faillites en cascade en cas de crise de liquidité, mettant en péril à la fois les banques et les émetteurs de stablecoins.
Depuis l’exclusion progressive de l’USDT des plateformes régulées, l’USDC de Circle s’est imposé comme le principal concurrent en Europe. D’autres acteurs, comme l’euro numérique ou les stablecoins locaux régulés, pourraient également gagner en importance dans les mois à venir.