Depuis plusieurs jours, la Tunisie fait face à une vague de chaleur intense, aggravant une situation déjà tendue en matière d’accès à l’eau potable. Une importante pénurie d’eau en bouteille s’est installée dans plusieurs régions du pays, tandis que des coupures de courant en série touchent des milliers de foyers. Selon BMF - International, cette crise survient dans un contexte social déjà fragilisé, où les manifestations contre les pénuries se multiplient.
Ce qu'il faut retenir
- Une vague de chaleur record frappe la Tunisie depuis le début du mois d’août, avec des températures dépassant régulièrement les 45°C dans certaines zones.
- Des pénuries d’eau en bouteille sont signalées dans plusieurs gouvernorats, notamment à Tunis, Sousse et Sfax, en raison d’une demande accrue et de difficultés logistiques.
- Des coupures de courant répétées, attribuées à une surconsommation électrique et à des problèmes de distribution, plongent des quartiers entiers dans le noir pendant plusieurs heures.
- Des manifestations spontanées ont éclaté dans plusieurs villes pour dénoncer la gestion des ressources et la hausse des prix de l’eau.
- Le gouvernement tunisien n’a pas encore communiqué de mesures d’urgence pour pallier ces difficultés, malgré l’aggravation de la situation.
Des températures extrêmes et une demande en eau multipliée
La Tunisie subit depuis le 15 août une vague de chaleur exceptionnelle, avec des pics dépassant les 48°C dans le sud du pays. Selon les services météorologiques locaux, cette canicule est l’une des plus sévères enregistrées depuis une décennie. « Les besoins en eau potable ont été multipliés par deux, voire trois, dans certaines régions », a indiqué un responsable du ministère de l’Environnement, cité par BMF - International. Les ressources en eau locales, déjà sous pression en raison de la sécheresse chronique, peinent à répondre à cette demande soudaine.
Dans les supermarchés de Tunis et de Sfax, les rayons dédiés à l’eau en bouteille affichent des rayures vides, tandis que les prix ont flambé. « Un pack de six bouteilles de 1,5 litre, vendu habituellement entre 3 et 4 dinars, atteint désormais 6 à 8 dinars », témoigne un habitant de la capitale. Les autorités ont tenté de réguler les stocks en imposant des limites de vente, mais la mesure reste insuffisante face à l’ampleur de la crise.
Des coupures de courant qui aggravent la situation
À la pénurie d’eau s’ajoutent des coupures d’électricité récurrentes, provoquées par une surcharge du réseau. La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a reconnu, dans un communiqué diffusé le 28 août, que « la demande en climatisation et en réfrigération a dépassé les capacités de production ». Résultat : des milliers de foyers se retrouvent sans électricité pendant 4 à 6 heures par jour dans certaines zones urbaines.
Ces black-out perturbent non seulement le quotidien des Tunisiens, mais aussi les chaînes de distribution. « Les camions-citernes d’eau ne peuvent pas être acheminés normalement », explique un responsable logistique interrogé par BMF - International. Les hôpitaux, eux, doivent recourir à des groupes électrogènes pour maintenir leurs services essentiels, une solution coûteuse et non durable à long terme.
Manifestations et tensions sociales en hausse
Face à l’aggravation de la crise, des mouvements de protestation ont éclaté dans plusieurs villes, notamment à Tunis, où des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le siège du gouvernement le 30 août. Les slogans dénonçaient à la fois « l’incapacité des autorités à gérer les ressources » et « la hausse des prix de l’eau », devenue un luxe pour une partie de la population.
Les forces de l’ordre ont dispersé les rassemblements à l’aide de canons à eau et de gaz lacrymogènes, sans faire état de blessés graves. Selon des témoignages recueillis par BMF - International, certains manifestants ont tenté de bloquer des axes routiers pour attirer l’attention des médias. « On n’en peut plus, entre la chaleur et le manque d’eau, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », a déclaré un habitant de la banlieue nord de Tunis.
Un gouvernement sous pression, des solutions en suspens
Malgré l’urgence de la situation, le gouvernement tunisien n’a pas encore annoncé de plan d’urgence global. Le Premier ministre, Ahmed Hachani, a seulement évoqué, lors d’un point de presse le 1er septembre, la mise en place d’un « comité de crise » pour coordonner les efforts entre les différents ministères. Aucune mesure concrète, comme le rationnement de l’eau ou des subventions ciblées, n’a encore été dévoilée.
Des experts en gestion des ressources hydriques pointent du doigt le manque d’investissements dans les infrastructures. « La Tunisie dépend à plus de 80 % des nappes phréatiques, dont certaines sont en voie d’épuisement », rappelle Hatem Nafti, essayiste franco-tunisien spécialiste des questions maghrébines. « Sans une politique de préservation et de diversification des sources, la situation ne peut que s’aggraver », a-t-il ajouté.
La crise actuelle rappelle une fois de plus les défis structurels auxquels la Tunisie est confrontée en matière de gestion des ressources naturelles. Alors que le pays prépare les élections législatives prévues pour le 6 octobre, cette situation pourrait peser sur la confiance des citoyens envers leurs dirigeants.
Les coupures de courant perturbent le pompage et la distribution de l’eau, car les stations de traitement et les camions-citernes dépendent de l’électricité. Sans électricité, l’eau ne peut pas être acheminée vers les réservoirs locaux ou les supermarchés, aggravant ainsi les pénuries.