Une mission océanographique d’envergure, menée par une équipe de plus de cent chercheurs issus de plusieurs pays, a sillonné les eaux de l’océan Indien entre le 1er mai et le 30 juin 2026. Selon Ouest France, cette expédition avait pour objectif d’analyser les sédiments marins au large des côtes sud-africaines et mozambicaines, afin de mieux comprendre les variations climatiques passées et leur impact sur les écosystèmes régionaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Une centaine de scientifiques internationaux ont participé à l’expédition entre mai et juin 2026
  • L’étude s’est concentrée sur les sédiments marins au large de l’Afrique du Sud et du Mozambique
  • L’objectif principal était de reconstituer les variations climatiques passées pour affiner les modèles climatiques actuels
  • Les échantillons prélevés permettront d’analyser des périodes remontant à plusieurs millions d’années

Une mission pluridisciplinaire dans une zone stratégique

Cette expédition s’inscrit dans le cadre de programmes internationaux dédiés à la paléoclimatologie, comme le International Ocean Discovery Program (IODP). Les chercheurs, issus de laboratoires européens, africains et asiatiques, ont embarqué à bord du navire de forage JOIDES Resolution, spécialement équipé pour ce type de prélèvements en haute mer. Le sud de l’océan Indien, où les courants chauds et froids se rencontrent, constitue une zone clé pour étudier les interactions entre l’océan et l’atmosphère sur le long terme.

Les sédiments marins, archives naturelles des changements climatiques, renferment des indices précieux sur les températures passées, les régimes des précipitations ou encore l’activité biologique. Autant dire que cette région, encore peu explorée sous cet angle, pourrait offrir des réponses sur l’évolution du climat en Afrique australe, une zone particulièrement vulnérable aux perturbations météorologiques.

Des prélèvements pour remonter jusqu’à l’ère du Cénozoïque

À l’aide d’un carottier géant, les scientifiques ont extrait des carottes sédimentaires pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres de long. Comme l’a précisé le Dr. Elena Vasquez, cheffe de mission et paléoclimatologue au CNRS, « ces échantillons couvrent des périodes allant jusqu’à 66 millions d’années, soit depuis la fin de l’ère des dinosaures ». Les analyses en laboratoire, prévues sur plusieurs années, devraient permettre de reconstituer les variations de la mousson africaine, l’intensité des courants marins ou encore l’impact des éruptions volcaniques sur le climat local.

Parmi les sites de forage sélectionnés, deux se distinguent : l’un situé au large de Durban, en Afrique du Sud, et l’autre près de Maputo, au Mozambique. Ces deux zones présentent des caractéristiques géologiques distinctes, offrant ainsi une vision complémentaire des dynamiques climatiques régionales. Les premiers résultats partiels, attendus d’ici la fin 2026, devraient déjà apporter des éléments inédits sur les cycles de sécheresse et d’inondation qui frappent régulièrement cette partie du continent.

Et maintenant ?

Les carottes sédimentaires prélevées seront d’abord acheminées vers des laboratoires en Europe et en Afrique pour des analyses sédimentologiques, géochimiques et paléontologiques. Les premières publications scientifiques sont prévues pour 2027, mais des données préliminaires pourraient être présentées dès le prochain congrès de l’European Geosciences Union (EGU), en avril 2027. Par ailleurs, les résultats pourraient influencer les modèles climatiques utilisés par le GIEC pour ses prochains rapports d’évaluation, prévus entre 2027 et 2030.

Un enjeu pour les politiques d’adaptation en Afrique australe

Cette expédition s’ajoute à une série de recherches menées dans le cadre de l’initiative « Climate Change and African Coastal Cities », lancée en 2024. Son objectif : fournir aux gouvernements locaux des données fiables pour adapter leurs stratégies d’adaptation face à la montée des eaux, aux cyclones ou aux pénuries d’eau. Le Mozambique, déjà frappé par des cyclones dévastateurs ces dernières années, et l’Afrique du Sud, confrontée à des sécheresses récurrentes, pourraient ainsi bénéficier de ces nouvelles connaissances pour renforcer la résilience de leurs infrastructures et populations.

Pour l’instant, les chercheurs restent prudents : « Les sédiments nous parleront, mais il faudra plusieurs années avant d’en extraire tous les secrets », a rappelé le Pr. Jean-Pierre Muller, océanographe à l’IRD. En attendant, cette mission confirme l’importance des collaborations internationales pour percer les mystères du climat passé et mieux préparer les défis futurs.

Les résultats détaillés de l’expédition seront progressivement rendus publics via des publications scientifiques et des rapports institutionnels. Une conférence de presse est également prévue à Paris en décembre 2026 pour présenter un premier bilan des opérations.

L’Afrique australe est une région où les interactions entre l’océan, l’atmosphère et les écosystèmes terrestres sont particulièrement sensibles aux variations climatiques. Les courants comme le Courant des Aiguilles ou les phénomènes comme la mousson africaine y jouent un rôle clé dans la régulation du climat régional. De plus, cette zone a été moins étudiée que d’autres régions océaniques, ce qui en fait un terrain privilégié pour des découvertes inédites.