Verallia, leader européen de l’emballage en verre, s’engage dans une mutation profonde de ses procédés de fabrication pour répondre aux enjeux climatiques et économiques actuels. Selon BFM Business, l’entreprise a annoncé ce mercredi 8 juillet 2026 une accélération de son plan de décarbonation, visant une réduction de **46,2 % de ses émissions de CO₂ entre 2019 et 2030**, et un objectif de **neutralité carbone en 2040** – une première dans son secteur. Pour y parvenir, Verallia mise sur trois leviers principaux : l’augmentation du taux de calcin (verre recyclé), l’électrification progressive de ses fours et la valorisation de la chaleur industrielle, avec le soutien d’EDF.

Ce qu'il faut retenir

  • Objectif ambitieux : réduire de 46,2 % les émissions de CO₂ d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2040.
  • Troisième producteur mondial de verre d’emballage, Verallia exploite 35 usines dans 12 pays, avec un mix énergétique historiquement composé de 80 % de gaz naturel et 20 % d’électricité.
  • Électrification des fours : un four 100 % électrique inauguré à Cognac en 2024 réduit les émissions de 60 %, tandis que des fours hybrides (70 % électricité, 30 % gaz) sont déployés en Espagne et en France.
  • Partenariat stratégique avec EDF : un contrat d’approvisionnement électrique sur dix ans signé fin 2025 pour sécuriser les volumes nécessaires à cette transition.
  • Optimisation du recyclage : une hausse de dix points du taux de calcin permet de réduire de 5 % les émissions de CO₂ et de 2,5 % la consommation d’énergie.

Un secteur verrier en pleine mutation face aux défis climatiques

L’industrie du verre, bien que recyclable à l’infini sans perte de qualité, reste l’une des plus énergivores au monde. « Nos fours fonctionnent à plus de 1 500 °C avec un mix énergétique historiquement composé de 80 % de gaz naturel et 20 % d’électricité », explique Samuel Hotte, directeur achats de Verallia France. Selon BFM Business, cette proportion va être inversée pour répondre aux exigences de décarbonation. Le groupe, troisième producteur mondial de verre d’emballage pour l’alimentaire et les boissons, exploite aujourd’hui 35 sites répartis dans 12 pays, avec une production annuelle de plusieurs millions de tonnes de verre.

Face à l’urgence climatique et à la pression réglementaire, Verallia a donc choisi de repenser en profondeur son modèle industriel. « Nous avons décidé d’inverser ce modèle », déclare Samuel Hotte. « L’électrification des fours et l’optimisation du recyclage sont au cœur de notre stratégie. » L’entreprise vise une réduction drastique de son empreinte carbone, tout en maintenant sa compétitivité sur un marché mondialisé.

L’électrification des fours, un pari technologique et industriel

Pour concrétiser cette transition, Verallia a mis en place plusieurs innovations technologiques. Dès 2024, l’entreprise a inauguré à Cognac un four entièrement électrique, capable de produire **180 tonnes de verre par jour**. Ce site, qui réduit les émissions de CO₂ d’environ **60 %**, illustre le potentiel de cette technologie. D’autres fours hybrides, combinant 70 % d’électricité et 30 % de gaz, sont déjà testés à Saragosse (Espagne) et doivent prochainement être déployés à Saint-Romain-le-Puy (Loire), avec une réduction attendue des émissions de CO₂ « jusqu’à 50 % ».

Samuel Hotte souligne l’importance de cette transition : « L’électrification est un levier clé pour décarboner notre industrie. Les résultats obtenus à Cognac montrent que c’est techniquement et économiquement viable. » Bref, l’entreprise mise sur une accélération progressive de cette technologie, tout en explorant d’autres pistes comme la valorisation de la chaleur industrielle.

Recyclage et valorisation énergétique : des compléments indispensables

Au-delà de l’électrification, Verallia mise sur deux autres axes pour réduire son impact environnemental. Le premier consiste à augmenter le taux de calcin, c’est-à-dire le verre recyclé utilisé dans la production. « Une hausse de dix points du taux de calcin dans nos fours permet de réduire de 5 % les émissions de CO₂ et de 2,5 % la consommation d’énergie », précise Samuel Hotte. Cette approche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, où le recyclage devient un pilier de la performance industrielle.

Le second axe porte sur la valorisation de la chaleur industrielle. À Lagnieu, un projet pilote permet déjà de réutiliser la chaleur des procédés verriers pour produire de la vapeur, réduisant ainsi la consommation de gaz du site. Ces initiatives s’ajoutent aux efforts d’électrification pour former une stratégie globale de décarbonation, où chaque source d’économie d’énergie compte.

EDF, un partenaire historique au cœur de la transition

Pour mener à bien cette transformation, Verallia s’appuie sur un partenaire historique : EDF. Fin 2025, les deux groupes ont signé un contrat d’approvisionnement électrique sur dix ans, afin de sécuriser les volumes nécessaires à l’électrification progressive des fours. « Nous avons travaillé sur la sécurisation de son approvisionnement électrique à long terme, afin de lui donner la visibilité nécessaire pour engager cette transition », explique Claire Merveille, responsable Grands Comptes chez EDF.

Au-delà de l’électricité, EDF accompagne Verallia dans l’optimisation des infrastructures et l’identification d’aides financières. « Nous avons mobilisé nos experts pour l’aider à monter économiquement ce projet », précise Claire Merveille. Pour elle, cette démarche est exemplaire : « La démarche de Verallia est remarquable par son ambition industrielle. Ce projet illustre le potentiel d’électrification d’industries énergivores et constitue un exemple concret de décarbonation d’un procédé industriel complexe. »

Et maintenant ?

Verallia a d’ores et déjà engagé la transformation de ses sites, avec un déploiement progressif des fours hybrides et électriques dans les mois à venir. L’entreprise devrait annoncer d’ici fin 2026 les prochaines étapes de son plan, notamment le calendrier précis pour les sites restants. D’ici 2030, le groupe vise une réduction de 46,2 % de ses émissions, avant d’atteindre la neutralité carbone en 2040. Reste à voir si les autres acteurs du secteur suivront cette voie, dans un contexte où la pression réglementaire et les attentes des consommateurs en matière de durabilité ne cessent de croître.

Cette transition industrielle, si elle est réussie, pourrait servir de référence pour d’autres secteurs énergivores. Verallia et EDF montrent ainsi qu’une collaboration étroite entre industriels et énergéticiens est possible pour concilier performance économique et responsabilité environnementale.

Selon BFM Business, l’électrification a été privilégiée car elle permet une réduction immédiate et significative des émissions de CO₂, tout en maintenant la qualité de production. Contrairement à d’autres technologies encore en phase expérimentale, les fours électriques et hybrides sont déjà opérationnels, comme le démontre le site de Cognac inauguré en 2024. Samuel Hotte, directeur achats de Verallia France, souligne que cette approche offre aussi une visibilité économique à long terme, grâce au partenariat avec EDF.

Les principaux défis identifiés par Verallia concernent la sécurisation de l’approvisionnement électrique à long terme, l’adaptation des infrastructures et le maintien de la compétitivité face à des coûts énergétiques potentiellement plus élevés. Samuel Hotte indique que le partenariat avec EDF permet de répondre en partie à ces enjeux, mais que la transition nécessitera des investissements importants et une adaptation progressive des équipes.