Avec un déficit abyssal de 13,8 milliards d’euros, la Sécurité sociale cherche des leviers pour limiter la hausse des dépenses de santé. Selon BFM Business, l’Assurance maladie propose, dans son dernier rapport Charges et produits 2027, de réduire drastiquement les remboursements des médicaments anticancéreux, dont le coût explose depuis cinq ans. Publié avant même le vote du Conseil de la Cnam prévu le 9 juillet, ce document met en lumière une progression vertigineuse des dépenses liées aux traitements contre le cancer, passant de 4,3 milliards d’euros en 2019 à 7,1 milliards en 2024 — une hausse de 65 %.

Dans ce contexte, les anticancéreux représentent désormais 25 % de la dépense pharmaceutique nette totale de l’Assurance maladie, contre 19 % en 2019. Sans les remises négociées par le Comité économique des produits de santé (CEPS), cette facture aurait pu atteindre 11,7 milliards d’euros en 2024. La hausse s’explique en partie par l’augmentation du nombre de patients traités, passée de 984 000 en 2019 à près de 1,2 million en 2024 — soit une progression de 24 % en six ans, portée notamment par le vieillissement de la population.

Ce qu'il faut retenir

  • Les dépenses de l’Assurance maladie pour les anticancéreux ont bondi de 65 % entre 2019 et 2024, passant de 4,3 à 7,1 milliards d’euros.
  • Sans les remises négociées par le CEPS, la facture aurait pu atteindre 11,7 milliards d’euros en 2024.
  • Le nombre de patients traités est passé de 984 000 à 1,2 million en six ans, un bond de 24 %.
  • Les immunothérapies, utilisées pour le mélanome ou le cancer du poumon, représentent 30 % des remboursements d’anticancéreux en 2024.
  • Le coût annuel d’une immunothérapie pour un mélanome s’élève à 36 000 euros par patient pour l’Assurance maladie.
  • L’Assurance maladie propose de privilégier les génériques et biosimilaires, jusqu’à 30 % moins chers, pour réduire la note.

Une explosion des coûts tirée par les innovations thérapeutiques

L’envolée des dépenses ne s’explique pas seulement par l’augmentation du nombre de patients. Selon BFM Business, 30 % de la hausse — soit 1,1 milliard d’euros supplémentaires — est imputable à la généralisation des immunothérapies et des thérapies ciblées. Ces traitements, bien que coûteux, offrent des progrès thérapeutiques variables selon les cancers, comme le souligne le rapport. Les immunothérapies, par exemple, sont aujourd’hui utilisées en première ligne pour des cancers du poumon, du mélanome, des voies aérodigestives supérieures ou du rein. Leur diffusion s’étend à mesure que de nouvelles indications sont validées, élargissant mécaniquement la population cible.

Résultat, le coût annuel moyen de la première année de traitement d’un mélanome atteint 36 000 euros par patient pour l’Assurance maladie. Pour un cancer du poumon, la note s’élève à 23 000 euros. À l’inverse, les traitements plus anciens, comme l’hormonothérapie pour le cancer de la prostate ou certains médicaments biosimilaires pour le cancer du sein, restent bien moins onéreux : 5 400 euros et 6 700 euros par an respectivement. « Cet écart s’explique par l’absence de molécules innovantes sous brevet pour ces cancers », précise le rapport.

L’Assurance maladie mise sur les génériques et biosimilaires pour limiter la facture

Face à cette situation, l’Assurance maladie formule 42 recommandations dans son rapport, dont une incitation forte à privilégier les médicaments génériques et biosimilaires en oncologie. Ces alternatives, souvent 30 % moins chères que leurs équivalents sous brevet, pourraient générer des économies substantielles. Le rapport cite l’exemple de l’abiratérone générique, recommandée en première intention pour le cancer de la prostate métastatique résistant à la castration. « Ce choix permet une réduction très importante du coût médicamenteux par patient, sans perte d’efficacité clinique », souligne le document.

Pourtant, les prescripteurs restent réticents à ces alternatives, perçues comme moins performantes, malgré leur efficacité avérée dans certains cas. « Les molécules plus récentes, bien que très onéreuses, sont souvent privilégiées pour leur simplicité d’utilisation, malgré un différentiel de coût marqué », explique le rapport. Une inertie que l’Assurance maladie espère corriger en renforçant l’information et les incitations financières.

À l’horizon 2030, l’arrivée des génériques et biosimilaires pourrait faire baisser la pression

Le rapport se veut optimiste sur le long terme. Plusieurs médicaments anticancéreux innovants, comme le Keytruda, devraient perdre leur brevet d’ici 2030. Cette échéance ouvre la voie à l’arrivée de génériques (comme l’enzalutamide ou l’ibrutinib) et de biosimilaires pour les anti-PD-1 (nivolumab, pembrolizumab). « Ces évolutions pourraient générer des marges d’économies substantielles pour l’Assurance maladie », estime le document. Selon les estimations, ces médicaments représentent aujourd’hui une part majeure des dépenses, notamment dans les cancers du poumon et du mélanome.

D’ici là, l’Assurance maladie table sur une meilleure maîtrise des prescriptions et une rationalisation des choix thérapeutiques. « L’enjeu est de concilier innovation et soutenabilité financière, sans compromettre l’accès aux traitements pour les patients », résume un expert cité par BFM Business. Pour y parvenir, le rapport propose également d’améliorer le suivi des prescriptions et de renforcer le rôle des comités régionaux du médicament dans la régulation des dépenses.

Et maintenant ?

Le rapport Charges et produits 2027 servira de base aux discussions autour du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, qui sera débattu au Parlement à l’automne. Si les propositions de l’Assurance maladie devaient être adoptées, les économies sur les anticancéreux pourraient représenter plusieurs centaines de millions d’euros dès 2027. Reste à voir comment les laboratoires pharmaceutiques réagiront à ces mesures, notamment sur les prix et les remises négociées avec le CEPS. Une chose est sûre : la question de l’accès aux innovations thérapeutiques, souvent coûteuses, ne fera que s’amplifier avec le vieillissement de la population et l’augmentation des cas de cancer.

En attendant, les associations de patients et les professionnels de santé devraient être consultés pour évaluer l’impact de ces restrictions sur la qualité des soins. Le débat s’annonce technique, mais aussi éthique : jusqu’où la Sécurité sociale peut-elle réduire ses dépenses sans limiter l’accès aux traitements les plus performants ?

Les immunothérapies, comme celles utilisées contre le mélanome ou le cancer du poumon, sont des traitements innovants dont le coût unitaire est élevé. Leur prix reflète les investissements en recherche et développement, ainsi que leur efficacité prouvée dans des indications souvent graves. Sans brevet, les génériques et biosimilaires, moins chers, pourraient faire baisser la note une fois les brevets expirés.

Les cancers du poumon, du mélanome, des voies aérodigestives supérieures et du rein, qui bénéficient largement des immunothérapies, sont les plus concernés. Ces traitements sont souvent administrés en première ligne, ce qui explique leur poids dans la dépense totale des anticancéreux.