Un projet de barrage hydroélectrique d’envergure, susceptible de porter un coup dur à l’écosystème local, cristallise les tensions en Bosnie-Herzégovine. Selon France 24, ce chantier s’inscrit dans un contexte où la construction de tels ouvrages s’est multipliée, devenant une activité lucrative mais réservée à une élite proche du pouvoir. Le phénomène touche les deux entités du pays — la Fédération croato-bosniaque et la République serbe de Bosnie — mais prend, dans cette dernière, une ampleur « hors de contrôle ».

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet de barrage hydroélectrique menace l’environnement en Bosnie-Herzégovine, selon France 24.
  • La construction de barrages s’est intensifiée, devenant une source de revenus pour les proches des autorités.
  • Le phénomène est particulièrement marqué en République serbe de Bosnie, où les contrôles semblent absents.
  • Des scientifiques s’opposent activement à ces projets pour leurs conséquences écologiques.

Des barrages en plein essor, une activité juteuse et opaque

En Bosnie-Herzégovine, la construction de barrages hydroélectriques a connu une croissance exponentielle ces dernières années. Autrefois marginal, ce secteur est devenu un véritable eldorado pour certains acteurs, notamment ceux liés aux cercles du pouvoir. « Ces projets sont souvent attribués à des entreprises ou des individus proches des autorités, ce qui limite toute transparence », explique un observateur cité par France 24. Les retombées financières sont telles que les appels d’offres, lorsqu’ils existent, restent largement biaisés en faveur de ces acteurs privilégiés.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est accentué avec la multiplication des chantiers. Selon des données locales, plus d’une vingtaine de nouveaux barrages sont en cours de réalisation ou en projet dans le pays, un rythme qui interroge quant à leur impact réel sur les écosystèmes.

La République serbe de Bosnie, un territoire sous tension

Si les deux entités de Bosnie-Herzégovine — la Fédération croato-bosniaque et la République serbe de Bosnie — sont concernées par cette dynamique, c’est dans cette dernière que les dérives semblent les plus flagrantes. « Là-bas, les projets avancent sans aucune consultation sérieuse des populations locales ni évaluation environnementale sérieuse », précise un expert en environnement contacté par France 24. Les riverains dénoncent régulièrement des décisions imposées sans débat démocratique, tandis que les associations écologistes peinent à se faire entendre.

Un cas emblématique est celui du barrage prévu sur la rivière Drina, un projet qui cristallise les oppositions. Les scientifiques alertent sur les risques de perturbation des écosystèmes aquatiques, la destruction d’habitats naturels et la modification des régimes hydrologiques, autant de conséquences directes de ces infrastructures.

« Ces barrages ne sont pas conçus pour répondre à un besoin énergétique réel, mais pour générer des profits à court terme, souvent au détriment de l’environnement et des populations. »
— Un chercheur en écologie de l’Université de Sarajevo

Une mobilisation scientifique et citoyenne

Face à cette situation, une coalition de scientifiques, d’associations et de citoyens s’organise pour faire entendre sa voix. Des pétitions ont été lancées, des manifestations organisées, et des études indépendantes menées pour évaluer l’impact de ces projets. « On ne peut pas continuer à sacrifier nos rivières pour des intérêts privés. Il faut que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités », a déclaré un membre d’une ONG locale à France 24.

Les opposants pointent du doigt le manque de cadre réglementaire strict. En Bosnie-Herzégovine, les lois environnementales existent, mais leur application reste inégale, voire inexistante dans certains cas. Les recours juridiques sont rares, et lorsque des plaintes sont déposées, elles se heurtent souvent à des lenteurs administratives ou à des pressions politiques.

Et maintenant ?

La pression sur les autorités locales et nationales devrait s’intensifier dans les mois à venir, notamment à l’approche des élections prévues en octobre 2026. Les associations écologistes appellent à un moratoire sur les nouveaux projets de barrages tant que des évaluations environnementales sérieuses et transparentes ne seront pas menées. Reste à voir si les promesses de campagne, souvent tournées vers le développement économique, céderont la place à des mesures concrètes pour protéger les écosystèmes.

Dans l’immédiat, le dossier du barrage sur la Drina devrait faire l’objet de nouvelles discussions au Parlement de la République serbe de Bosnie. Une décision est attendue d’ici la fin de l’été, mais les défenseurs de l’environnement craignent que les intérêts économiques ne priment une nouvelle fois sur l’intérêt général.