Depuis le début de l’année 2025, l’ONG israélienne B’Tselem a recensé 54 mineurs palestiniens tués par l’armée israélienne en Cisjordanie occupée. Ses investigations révèlent des pratiques documentées, allant des tirs ciblés sur des zones vitales à l’entrave systématique aux soins, en passant par la rétention des corps des victimes. Ces éléments, détaillés dans un rapport publié ce jeudi 9 juillet 2026, illustrent selon Le Monde un processus de déshumanisation des Palestiniens qui s’aggrave au fil des années.

Ce qu'il faut retenir

  • 54 mineurs palestiniens ont été tués par l’armée israélienne en Cisjordanie occupée depuis janvier 2025, d’après l’ONG B’Tselem.
  • Les soldats israéliens ont systématiquement visé des zones vitales : torse, dos ou tête, selon les constats de l’organisation.
  • Les soins aux blessés ont été bloqués ou retardés dans plusieurs cas, aggravant leur état.
  • Les corps des victimes sont parfois rétentionnés par les autorités israéliennes, privant les familles d’une sépulture décente.
  • L’ONG dénonce une impunité quasi systématique pour les soldats impliqués dans ces exactions.

Des pratiques militaires ciblées et documentées

Le rapport de B’Tselem s’appuie sur des enquêtes de terrain et des témoignages recueillis auprès de familles palestiniennes. Les auteurs soulignent que les tirs sur des zones vitales — thorax, crâne ou colonne vertébrale — ne peuvent relever du hasard. « Ces méthodes suggèrent une volonté délibérée de tuer plutôt que de neutraliser », a déclaré à Le Monde Yehuda Shaul, cofondateur de l’ONG. Les exemples cités incluent des cas où des enfants, certains âgés de moins de 10 ans, ont été abattus à bout portant alors qu’ils ne représentaient aucune menace immédiate.

L’obstruction aux soins, une tactique récurrente

Parmi les 54 cas documentés, plusieurs familles ont rapporté que les soldats israéliens ont empêché l’accès des ambulances ou des civils aux blessés. Dans un cas précis, un adolescent de 16 ans, touché par une balle dans l’abdomen, est décédé après que les forces israéliennes ont refusé de laisser évacuer le jeune homme pendant plus d’une heure. « On nous a dit de rester à distance, même quand son état empirait », a témoigné un proche auprès de B’Tselem. Ces pratiques, si elles sont confirmées, constituent une violation flagrante du droit international humanitaire.

La rétention des corps, une souffrance supplémentaire

Autre pratique controversée : la rétention des corps par les autorités israéliennes. Dans au moins 12 des 54 cas répertoriés, les familles n’ont pu récupérer les dépouilles de leurs enfants que plusieurs jours après les faits, parfois après des négociations tendues avec l’armée. « Cela ajoute une couche de souffrance insupportable à des familles déjà en deuil », a expliqué un membre de B’Tselem. Cette tactique, utilisée par Israël dans d’autres contextes, est souvent justifiée par des raisons de « sécurité », mais elle est dénoncée comme une forme de punition collective par les ONG de défense des droits humains.

L’impunité, un cercle vicieux

Sur les 54 cas étudiés, aucun soldat israélien n’a fait l’objet de poursuites pénales à ce jour. B’Tselem rappelle que les mécanismes internes de l’armée, comme les enquêtes militaires, sont rarement transparents et aboutissent presque systématiquement à un classement sans suite. « L’impunité est la règle, pas l’exception », a souligné l’ONG dans son rapport. Cette absence de responsabilité encourage, selon elle, la répétition de ces exactions. Le ministre israélien de la Défense n’a pas encore réagi à ces accusations, mais les critiques internationales se multiplient, notamment de la part de l’Union européenne et des Nations unies.

Et maintenant ?

Le rapport de B’Tselem pourrait relancer le débat sur la responsabilité d’Israël dans les territoires occupés, d’autant que la Cour pénale internationale (CPI) a déjà ouvert une enquête sur les crimes de guerre présumés commis dans les Territoires palestiniens. Une audience décisive est prévue pour octobre 2026 devant la CPI, où des représentants de l’ONG pourraient être appelés à témoigner. Par ailleurs, la pression diplomatique sur Israël devrait s’intensifier, notamment de la part des pays européens, qui pourraient envisager des sanctions ciblées contre les responsables militaires impliqués. Reste à voir si ces mécanismes aboutiront à une remise en cause des pratiques documentées.

En Cisjordanie, la situation humanitaire se dégrade depuis plusieurs années, avec une augmentation des violences militaires et une détérioration des conditions de vie des civils palestiniens. Ce rapport de B’Tselem rappelle une fois de plus que les enfants, souvent les premières victimes des conflits, paient un tribut particulièrement lourd.

Plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, ont déjà exprimé leur préoccupation, sans pour autant annoncer de mesures concrètes. L’Union européenne a appelé à une « enquête indépendante et transparente », tandis que des organisations comme Amnesty International ont réclamé des sanctions ciblées contre les responsables israéliens. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait, elle, jouer un rôle clé dans les prochains mois, avec une audience prévue en octobre 2026.