Pour la première fois depuis un quart de siècle, un calmar géant a été détecté au large de l'Australie-Occidentale. Une équipe de scientifiques a confirmé sa présence sans même l'observer directement, grâce à une méthode innovante reposant sur l'analyse de minuscules échantillons d'eau de mer. Cette découverte, publiée le 8 juillet 2026 dans la revue Environmental DNA, a été réalisée par des chercheurs explorant les profondeurs abyssales de l'océan Indien oriental, selon Futura Sciences.
Ce qu'il faut retenir
- 25 ans que l'espèce n'avait pas été recensée dans les eaux australiennes avant cette détection.
- Les prélèvements ont été effectués jusqu'à 4 510 mètres de profondeur dans les canyons de Cape Range et de Cloates.
- Au total, 226 espèces marines ont été identifiées, dont des cachalots pygmées, des baleines à bec de Cuvier et des requins dormeurs.
- La méthode utilisée, l'ADN environnemental (eDNA), permet de détecter des organismes sans les observer directement.
- Cette technique offre un moyen non invasif pour étudier les écosystèmes profonds, soumis à des pressions croissantes.
Une méthode révolutionnaire pour explorer les abysses
Les chercheurs ont exploré deux canyons sous-marins situés à environ 1 200 kilomètres au nord de Perth, dans une zone jusqu'ici largement inexplorée en raison de sa profondeur et de son isolement. Leurs travaux se sont concentrés sur les canyons de Cape Range et de Cloates, où ils ont prélevé des échantillons d'eau à des profondeurs atteignant 4 510 mètres. « Ces écosystèmes sont d'une richesse exceptionnelle, mais leur exploration est rendue difficile par les conditions extrêmes des abysses », a expliqué Georgia Nester, autrice principale de l'étude, citée par Futura Sciences.
C'est grâce à l'ADN environnemental (eDNA) que les scientifiques ont pu identifier la présence de centaines d'espèces, dont un calmar géant. Cette technique repose sur l'analyse des particules d'ADN libérées par les organismes marins à travers leur peau, leur mucus ou leurs déjections. « Un seul échantillon d'eau peut révéler la présence de centaines d'espèces simultanément », a précisé Georgia Nester. Une avancée majeure pour l'étude des milieux profonds, souvent inaccessibles par les méthodes traditionnelles.
Un calmar géant absent depuis 25 ans
Parmi les espèces détectées, les chercheurs ont confirmé la présence d'un calmar géant, un céphalopode abyssal rarement observé dans la région. Ce spécimen n'avait pas été recensé au large de l'Australie-Occidentale depuis plus de vingt-cinq ans. Selon Lisa Kirkendale, du Musée d'Australie-Occidentale, il s'agit du premier signalement de cette espèce dans la zone par la méthode eDNA, et du relevé le plus septentrional de l'espèce Architeuthis dux dans l'est de l'océan Indien. « Ces animaux, capables de dépasser treize mètres de long et dotés d'yeux de la taille d'une assiette, restent insaisissables en raison de leur habitat profond », a-t-elle souligné.
Outre ce calmar géant, les échantillons ont révélé la présence d'autres espèces méconnues ou rarement observées dans la région. Parmi elles figurent des cachalots pygmées, connus pour libérer un nuage de fluide intestinal afin de brouiller leurs prédateurs, ainsi que des baleines à bec de Cuvier, les mammifères plongeant le plus profondément au monde. Des requins dormeurs et des poissons-anguilles sans visage, jamais détectés auparavant dans ces eaux, ont également été identifiés. « Nous n'avions jamais rien observé de tel », a admis Georgia Nester, évoquant l'ampleur des découvertes réalisées.
Une biodiversité abyssale encore largement méconnue
Les résultats de l'étude révèlent une biodiversité abyssale bien plus riche que prévu. Sur les 226 espèces identifiées, un grand nombre ne correspond à aucun organisme répertorié dans les bases de données scientifiques. « Cela ne signifie pas automatiquement que ces espèces sont nouvelles, mais cela laisse entrevoir une biodiversité abyssale que l'on commence tout juste à explorer », a indiqué Georgia Nester. Ces découvertes soulignent l'importance des écosystèmes profonds, souvent négligés en raison de leur inaccessibilité.
Les chercheurs estiment que de nombreuses autres espèces pourraient encore être découvertes dans ces milieux. « Les canyons sous-marins abritent des écosystèmes stratifiés en fonction de la profondeur, et chaque niveau de profondeur peut abriter des espèces uniques », a précisé Zoe Richards, de l'université Curtin. Ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles explorations, mais aussi à des défis pour la conservation de ces milieux fragiles.
Protéger des écosystèmes soumis à de multiples pressions
L'enjeu de ces recherches dépasse la simple connaissance scientifique. Les écosystèmes profonds sont soumis à des pressions croissantes, notamment en raison du changement climatique, de la pêche intensive et de l'extraction de ressources minières ou énergétiques. « On ne peut pas protéger ce dont on ignore l'existence », a rappelé Zoe Richards. L'ADN environnemental représente, selon elle, un outil précieux pour constituer un socle de connaissances indispensable à une gestion éclairée de ces milieux.
« Les écosystèmes profonds sont vastes, reculés et coûteux à étudier », a-t-elle ajouté. « L'eDNA offre un moyen non invasif et reproductible de les explorer, ce qui est crucial pour orienter les mesures de conservation. » Cette méthode pourrait ainsi devenir un standard pour surveiller la santé des milieux abyssaux, souvent négligés dans les politiques environnementales.
Cette découverte rappelle que les abysses, malgré leur inaccessibilité, abritent une vie foisonnante et encore largement mystérieuse. Avec les avancées technologiques comme l'eDNA, l'exploration des profondeurs océaniques entre dans une nouvelle ère, où chaque goutte d'eau pourrait révéler des secrets insoupçonnés.
L'espèce Architeuthis dux vit à plusieurs centaines de mètres de profondeur, dans des milieux difficiles d'accès. Les méthodes traditionnelles d'observation, comme les plongées humaines ou les robots télécommandés, sont limitées par les conditions extrêmes des abysses. L'ADN environnemental permet désormais de détecter sa présence sans avoir à l'observer directement, ce qui explique cette détection inédite après un quart de siècle.