Selon BMF - International, la fragile trêve conclue entre Washington et Téhéran le 17 juin dernier s’est effondrée en moins de deux jours, après une série d’attaques dans le détroit d’Ormuz et des frappes américaines en représailles. Le président américain Donald Trump a déclaré ce mercredi 8 juillet, lors du sommet de l’Otan à Ankara, que le cessez-le-feu était « terminé », marquant un tournant dans un conflit déjà marqué par des décennies de tensions.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois navires commerciaux — un méthanier qatari, un pétrolier saoudien et un navire-citerne — ont été ciblés en 24 heures dans le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique pour le transport de pétrole.
  • Les États-Unis ont riposté en frappant plus de 80 cibles iraniennes (défense antiaérienne, radars côtiers, missiles antinavires) dans la nuit de mardi à mercredi, faisant un mort parmi les Gardiens de la Révolution.
  • L’Iran a répliqué en frappant des bases américaines au Koweït et à Bahreïn, endommageant 85 installations et abattant un drone MQ-9.
  • Washington a rétabli ses sanctions pétrolières contre Téhéran, suspendues depuis fin juin dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.
  • Donald Trump a qualifié les dirigeants iraniens de « fous » et de « menteurs », tout en laissant planer la menace de nouvelles frappes.

Un détroit stratégique, source de toutes les tensions

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, reste au cœur du conflit. Avant la guerre, son passage était gratuit, mais l’Iran exige désormais des droits de transit, une condition inacceptable pour les États-Unis. Les tensions se sont cristallisées lundi soir, lorsque trois navires ont été visés en moins de 24 heures. Un méthanier qatari, l’*Al-Rakayyat*, a été touché près d’Oman, déclenchant une condamnation immédiate de Doha. « Le ciblage de ce navire constitue une attaque inacceptable », a déclaré sur X le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, tenant l’Iran pour « pleinement responsable » des conséquences.

Peu après, l’agence britannique UKMTO signalait deux autres attaques : un pétrolier près de Khor Fakkan (Émirats arabes unis) et un navire-citerne au large de la péninsule de Moussandam (Oman). Aucune victime ni pollution n’a été recensée, mais les accusations contre Téhéran se sont multipliées. L’Arabie saoudite a dénoncé des « attaques inacceptables » menaçant « la sécurité des approvisionnements énergétiques mondiaux », tandis que le Qatar convoquait l’ambassadeur iranien à Doha. Téhéran a qualifié ces accusations de « discutables » et de « contraires au bon voisinage ».

Washington passe à l’offensive : sanctions et frappes ciblées

Face à cette escalade, les États-Unis ont choisi une double riposte. D’abord, le département du Trésor américain a annoncé le rétablissement immédiat de ses sanctions sur le pétrole iranien, interdisant « toutes nouvelles transactions » à compter du 8 juillet. Cette mesure, initialement suspendue jusqu’au 21 août dans le cadre de l’accord de juin, vise à asphyxier l’économie iranienne. « L’agression iranienne était injustifiée et violait le cessez-le-feu », a justifié l’armée américaine, avant de lancer une série de frappes dans la nuit de mardi à mercredi.

Selon le Centcom (commandement américain pour le Moyen-Orient), plus de 80 cibles ont été touchées, dont des systèmes de défense antiaérienne, des sites radars et plus de 60 embarcations des Gardiens de la Révolution dans le détroit. Un membre des Gardiens a été tué dans le sud-ouest de l’Iran. Les médias d’État iraniens ont confirmé des explosions à Qeshm, Sirik et Bandar Abbas, villes symboles du pouvoir chiite.

Téhéran frappe à son tour : les bases américaines dans le Golfe dans le viseur

L’Iran n’a pas tardé à répondre. Avant même l’aube, les Gardiens de la Révolution ont mené une « opération conjointe » avec missiles et drones contre 85 installations militaires américaines au Koweït et à Bahreïn. Un drone MQ-9 a été abattu, et des explosions « fortes » ont été entendues dans le nord de Bahreïn, où les sirènes d’alerte aérienne ont retenti. Le Koweït a affirmé « repousser des attaques de missiles et drones hostiles ». Téhéran a prévenu que tout soutien aux États-Unis serait considéré comme une « cible légitime », renouvelant ses menaces contre les pays du Golfe accusés d’abriter des bases américaines.

Ces représailles surviennent six mois après les funérailles nationales du guide suprême Ali Khamenei, tué le 28 février lors de frappes israélo-américaines. Un événement conçu pour montrer l’unité du régime après des mois de répression contre les manifestations anti-pouvoir. Pourtant, la colère populaire semble loin d’être éteinte, malgré la démonstration de force.

Trump enterre le cessez-le-feu : « Ce sont des ordures et des menteurs »

Donald Trump a profité du sommet de l’Otan à Ankara pour enfoncer le clou. « Je ne veux plus avoir affaire à eux, ce sont des ordures. Ils sont vicieux, violents, et s’ils avaient l’arme nucléaire, ils l’utiliseraient », a-t-il lancé, entouré du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte. « En ce qui me concerne, le cessez-le-feu est terminé. C’est une perte de temps de discuter avec eux, ce sont des menteurs. » Le président américain, connu pour ses revirements, avait pourtant qualifié les dirigeants iraniens de « gens forts et intelligents » mi-juin.

Malgré ses propos belliqueux, Trump n’a pas fermé la porte à de futures négociations. « Mes négociateurs pourraient en discuter avec eux après m’avoir consulté », a-t-il ajouté, laissant planer le doute. Du côté européen, Emmanuel Macron s’est aligné sur Washington, estimant que Téhéran avait « tort » mais appelant à poursuivre les discussions « avec calme et sang-froid ». La France et les Pays-Bas ont même convoqué les ambassadeurs iraniens pour protester contre les attaques.

Et maintenant ?

L’escalade pourrait s’aggraver dans les prochaines heures. Donald Trump a prévenu qu’il comptait frapper « fort » l’Iran dans la nuit, tandis que Téhéran a menacé de nouvelles représailles si Washington poursuivait ses frappes. Les appels à la désescalade se multiplient, notamment de la part du Qatar, de la Chine et de l’Union européenne, mais la rhétorique de Trump et les frappes répétées rendent toute médiation plus difficile. La région reste sous haute tension, avec un risque accru d’incident imprévu.

Selon les analystes, la suspension des sanctions pétrolières par les États-Unis pourrait avoir des conséquences économiques immédiates pour l’Iran, déjà asphyxié par les restrictions. Pour les pays du Golfe, la question est désormais de savoir comment éviter d’être pris dans le feu croisé. Les prochaines 48 heures seront déterminantes pour éviter une guerre ouverte.

Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour le transport maritime mondial, avec 20 % du pétrole mondial qui transite par cette voie. Avant la guerre, son passage était gratuit, mais l’Iran exige désormais des droits de transit, ce que refusent les États-Unis et leurs alliés du Golfe. Le contrôle de ce détroit est donc un enjeu stratégique et économique majeur.

Plusieurs médiateurs, dont le Qatar et l’Union européenne, ont appelé à la reprise des négociations. Cependant, avec la rhétorique de Donald Trump et les frappes répétées, toute reprise des discussions semble improbable à court terme. Les prochaines réunions de l’ONU ou de l’Otan pourraient être déterminantes pour éviter une escalade incontrôlée.