Lors de la clôture de la dernière réunion de l’OTAN à Ankara, mercredi 2 juillet 2026, le président américain Donald Trump a multiplié les déclarations hostiles à l’égard de l’Espagne. Dans une conférence de presse conjointe, il a affirmé vouloir « couper tout type d’affaires » avec Madrid, qualifiant l’Espagne de « partenaire exécrable » au sein de l’Alliance atlantique, « car elle ne participe pas et ne paie pas » ses contributions. Il a également exigé la fin des échanges commerciaux, y compris les visites officielles, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Donald Trump a menacé de suspendre tout commerce avec l’Espagne, l’accusant de ne pas contribuer suffisamment à l’OTAN.
- L’Union européenne gère de manière exclusive la politique commerciale des États membres depuis 1993, rendant une telle mesure unilatérale complexe.
- Les échanges entre l’Espagne et les États-Unis sont déséquilibrés : l’Espagne exporte 4,9 % de ses biens vers les États-Unis (18 milliards d’euros en 2025), tandis que Washington exporte 23 milliards d’euros vers Madrid.
- Les pouvoirs présidentiels de Trump sont encadrés par des lois américaines limitant la durée et le taux des droits de douane, qui ne peuvent excéder 15 % pour une durée maximale de 150 jours.
- Au-delà des droits de douane, Trump pourrait cibler des entreprises ou individus espagnols via des sanctions individuelles ou des restrictions technologiques.
- L’Espagne bénéficie d’un régime d’exportation privilégié vers les États-Unis, classé dans le groupe A:5, aux côtés de l’Allemagne et de la France.
Ces propos s’inscrivent dans un contexte de tensions récurrentes entre Washington et plusieurs capitales européennes. Pourtant, comme le souligne Euronews FR, les déclarations de Trump se heurtent à un cadre juridique et pratique bien plus complexe que ne le laissent entendre ses menaces. Depuis la création du marché unique en 1993, l’Union européenne a transféré à la Commission européenne la compétence exclusive en matière de droits de douane et d’accords commerciaux. Toute mesure ciblant un État membre comme l’Espagne aurait donc des répercussions immédiates sur l’ensemble des 27 pays de l’UE, risquant de déclencher une réponse coordonnée de Bruxelles.
L’interdépendance économique au sein du marché unique rend une rupture commerciale unilatérale particulièrement délicate. Les échanges entre États membres ne sont pas considérés comme des exportations, mais comme des « livraisons intracommunautaires ». Par exemple, une récolte d’oranges valenciennes peut être transformée en Allemagne avant d’être exportée vers les États-Unis sous une autre forme. Une action contre l’Espagne se heurterait donc à des obstacles juridiques et logistiques majeurs, rendant une telle décision « irréaliste » selon des analystes consultés par Euronews FR.
En mars 2026, la commissaire européenne à la Concurrence, Teresa Ribera — ancienne ministre espagnole de la Transition écologique sous Pedro Sánchez — avait déjà réagi aux menaces de Trump. « Le gouvernement fédéral américain sait comment se gèrent les relations commerciales de l’UE et n’est pas intéressé à rompre les relations commerciales », avait-elle déclaré, rappelant que Washington n’a « aucun intérêt à s’aliéner l’ensemble du marché unique ».
Un déséquilibre commercial à relativiser
Les chiffres de 2025, compilés par Euronews FR, illustrent une relation commerciale déséquilibrée entre les deux pays. L’Espagne n’exporte que 4,9 % de ses biens vers les États-Unis, soit environ 18 milliards d’euros, une part bien inférieure à celle d’autres partenaires européens comme l’Italie (10,7 %) ou l’Allemagne (9,9 %). À l’inverse, les États-Unis exportent vers l’Espagne pour 23 milliards d’euros, générant un excédent commercial en sa faveur. La part des exportations américaines destinées à l’Espagne ne représente, elle, que 1,2 % du total.
Certains secteurs espagnols sont plus exposés que d’autres. Les biens d’équipement et les produits semi-manufacturés — machines industrielles, produits chimiques — représentent plus de la moitié des exportations espagnoles vers les États-Unis. Les produits alimentaires, avec notamment les huiles et graisses (dont l’huile d’olive), comptent pour près de 18 %, et les moteurs ainsi que les matériaux de construction figurent parmi les biens les plus demandés. « Autant dire que la dépendance espagnole est limitée », analyse un expert commercial européen cité par Euronews FR.
Des leviers d’action limités pour Donald Trump
Si la menace de droits de douane a souvent été brandie par l’administration Trump, le cadre légal américain restreint fortement ses marges de manœuvre. L’article 122 de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux limite les droits de douane à un plafond de 15 % et à une durée maximale de 150 jours. Au-delà, une prolongation nécessiterait l’aval du Congrès, où les républicains et démocrates pourraient s’opposer à une telle mesure.
D’autres outils pourraient être mobilisés par la Maison-Blanche. Le département du Trésor ou le Bureau de l’industrie et de la sécurité peuvent sanctionner des individus ou des entreprises espagnoles sans passer par le Congrès. C’est déjà le cas pour des personnalités comme la rapporteuse Francesca Albanese, visée par des restrictions diplomatiques ou financières. Le département du Commerce, quant à lui, pourrait placer des entreprises espagnoles sur la « Entity List », une liste noire limitant l’accès aux technologies américaines (semi-conducteurs, logiciels, composants de défense). Historiquement, cette liste a surtout ciblé des entreprises chinoises ou liées à la Russie et à l’Iran, mais quelques sociétés européennes y figurent ponctuellement pour des raisons de sécurité nationale.
Pourtant, l’Espagne bénéficie d’un traitement préférentiel au regard des Export Administration Regulations (EAR), qui la classent dans le groupe A:5, aux côtés de l’Allemagne, de la France, de l’Italie, du Japon et de la Corée du Sud. Ce statut lui octroie le régime de licences d’exportation le plus favorable, réduisant les risques de sanctions arbitraires.
La question qui se pose désormais est de savoir si ces déclarations relèvent d’une stratégie de pression politique ou d’une volonté réelle de rupture commerciale. Pour l’instant, l’Espagne et l’Union européenne semblent déterminées à ne pas céder aux provocations, tout en préparant des scénarios de riposte. Reste à voir si Washington choisira la voie du dialogue ou celle de l’affrontement économique.
Les secteurs les plus vulnérables sont ceux des biens d’équipement et des produits semi-manufacturés, qui représentent plus de la moitié des exportations espagnoles vers les États-Unis. On y trouve notamment les machines industrielles, les produits chimiques, ainsi que les moteurs et les matériaux de construction. Le secteur agroalimentaire, avec l’huile d’olive et les graisses, est également concerné, représentant environ 14 % des exportations espagnoles vers les États-Unis.