Comment les sociétés arabes perçoivent-elles les violences qui déchirent Gaza depuis le 7 octobre 2023 ? Cette question traverse la création du metteur en scène égyptien Ahmed El Attar, présentée au Festival d’Avignon 2026. Intitulée « Salma, mon amour », cette pièce explore le parcours d’une famille cairote aisée, dont l’attitude opportuniste face à la guerre à Gaza se heurte à l’engagement inattendu de leur fille, une jeune femme accroc à TikTok. Selon RFI, cette œuvre s’inscrit dans une réflexion plus large sur les fractures politiques et générationnelles au sein du monde arabe.

Ce qu'il faut retenir

  • Le metteur en scène Ahmed El Attar, déjà connu pour sa pièce « The Last Supper », dénonce dans « Salma, mon amour » l’hypocrisie des élites égyptiennes face au conflit israélo-palestinien.
  • L’intrigue suit une famille cairote fortunée qui profite indirectement de la guerre à Gaza, avant que leur fille, une jeune femme obsédée par TikTok, ne bascule dans un militantisme radical.
  • La pièce est présentée au Festival d’Avignon 2026, dans une programmation centrée sur les questions géopolitiques contemporaines.
  • « Salma, mon amour » s’inscrit dans la continuité de l’œuvre d’El Attar, qui avait déjà critiqué les dérives du pouvoir égyptien après le Printemps arabe.

Une famille cairote face à la guerre : entre cynisme et prise de conscience

Au cœur de « Salma, mon amour », on découvre une famille de la haute société cairote, prête à tirer profit du conflit à Gaza. Selon la trame narrative rapportée par RFI, ces personnages incarnent une forme de réalisme politique, où la guerre devient une opportunité économique et sociale. Pourtant, leur univers bascule avec l’attitude de leur fille, Salma, une jeune femme obsédée par les réseaux sociaux et les tendances TikTok. Contre toute attente, son engagement en ligne se mue en un combat pour la justice, révélant les contradictions d’une génération tiraillée entre consommation numérique et engagement politique.

Ce choix scénique interroge directement la jeunesse arabe, souvent décrite comme apolitique mais dont les usages numériques dessinent de nouvelles formes de militantisme. Ahmed El Attar, dans une déclaration rapportée par RFI, souligne que « cette pièce est une réflexion sur l’hypocrisie des classes dirigeantes arabes, qui ferment les yeux sur le sort des Palestiniens tant que leurs propres intérêts ne sont pas menacés ». Autant dire que l’œuvre dépasse le cadre familial pour toucher à des enjeux systémiques.

Un spectacle au Festival d’Avignon, entre héritage et modernité

La pièce d’El Attar s’inscrit dans la programmation du Festival d’Avignon 2026, où elle sera jouée dans le cadre de la section « In » ou « Hors les murs ». Après avoir marqué les esprits avec « The Last Supper », une critique acerbe du pouvoir égyptien post-Printemps arabe, le metteur en scène confirme son ancrage dans les débats contemporains. Pour cette nouvelle création, il s’appuie sur une écriture hybride, mêlant réalisme social et éléments visuels inspirés des réseaux sociaux, une approche qui résonne particulièrement avec le public jeune.

Le choix du Festival d’Avignon n’est pas anodin : la manifestation culturelle, l’une des plus importantes au monde, attire chaque année des artistes engagés et un public sensible aux questions politiques. Comme le précise RFI, « Salma, mon amour » s’ajoute à une liste de créations récentes qui questionnent le rôle de l’art dans les conflits, comme « Gaza mon amour » ou « Beyrouth, ville martyre ». Une programmation qui reflète les préoccupations d’un public en quête de sens.

Un miroir tendu aux sociétés arabes : entre silence et révolte

À travers l’histoire de Salma, Ahmed El Attar pose une question plus large : comment les sociétés arabes réagissent-elles aux crises qui secouent leur environnement immédiat ? La pièce met en lumière un paradoxe : alors que les élites politiques et économiques détournent les yeux, une jeunesse connectée et informée s’empare des réseaux sociaux pour dénoncer les injustices. « Les réseaux sociaux ont transformé le rapport à l’information, explique El Attar. Une vidéo ou un post peuvent aujourd’hui déclencher une mobilisation bien plus rapidement qu’un appel à manifester dans la rue. »

Ce constat rejoint des analyses récentes sur le rôle des TikTok et d’autres plateformes dans les mouvements sociaux arabes. Des printemps arabes de 2011 aux mobilisations récentes en Iran ou au Soudan, les réseaux sociaux sont devenus des outils de contestation incontournables. « Salma, mon amour » en fait un élément central de son récit, montrant comment une jeune femme peut passer d’une consommation passive à un engagement actif, simplement en partageant des contenus percutants. Une évolution que le spectacle rend tangible.

Et maintenant ?

La pièce « Salma, mon amour » devrait poursuivre sa tournée en France et à l’étranger après Avignon, notamment dans des pays arabes où les questions de liberté d’expression restent sensibles. Selon RFI, des discussions sont en cours pour une adaptation en série télévisée ou en film, ce qui pourrait élargir son impact. Reste à voir si cette création inspirera d’autres artistes à explorer des thèmes similaires, ou si elle restera un cas isolé dans un paysage culturel encore marqué par la censure dans plusieurs pays de la région.

Après des années de conflits au Proche-Orient et une polarisation croissante des débats, les œuvres comme celle d’El Attar rappellent que l’art peut être un levier de réflexion collective. Alors que les violences à Gaza se poursuivent et que les tensions géopolitiques s’aggravent, des questions comme celle posée par « Salma, mon amour » — comment agir quand le monde semble immobile ? — prennent une résonance particulière.

Ahmed El Attar est un metteur en scène égyptien reconnu pour ses créations engagées. Après avoir dénoncé les dérives du pouvoir égyptien dans « The Last Supper », il revient avec « Salma, mon amour » pour explorer les fractures politiques et générationnelles au sein du monde arabe. Son travail est salué pour son audace et sa capacité à mêler critique sociale et innovation scénique.

TikTok incarne, dans « Salma, mon amour », une nouvelle forme de militantisme. La plateforme permet à la jeune Salma de basculer d’une consommation passive à un engagement actif, en partageant des contenus qui dénoncent les injustices. Cette évolution reflète les changements dans la jeunesse arabe, de plus en plus connectée et informée.