Le combiné nordique, discipline historique des Jeux Olympiques d’hiver depuis leur création en 1924, ne figurera pas au programme des JO 2030 organisés dans les Alpes françaises. Cette décision a été officiellement annoncée mardi par le Comité International Olympique (CIO), comme le rapporte RMC Sport.

Ce qu'il faut retenir

  • Le combiné nordique, présent aux JO depuis 1924, est retiré du programme des Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises.
  • La décision du CIO repose sur des problèmes de popularité et d’universalité de la discipline, selon Pierre Ducrey, directeur des sports du CIO.
  • La France compte quatre médailles en combiné nordique, dont deux en or (1992 et 2010), mais la discipline reste la seule épreuve non mixte aux JO.
  • Les acteurs français du ski expriment leur déception, évoquant un « vrai crève-cœur » et une « double peine » pour les athlètes locaux.
  • La possibilité d’un retour en 2034 est évoquée, mais les acteurs locaux y croient peu, malgré les efforts en cours pour moderniser la discipline.

Le CIO a justifié ce retrait par « un certain nombre de problèmes concernant la popularité et l’universalité de la discipline », a indiqué Pierre Ducrey, directeur des sports du CIO. Kristen Coventry, présidente de la commission du CIO, a adressé un message aux athlètes concernés : « Nous savons et comprenons parfaitement que cela puisse être une déception. Mais nous avons également eu de très bonnes discussions avec la Fédération internationale sur ce que seraient les attentes à l’avenir et sur le fait que la possibilité pourrait toujours rester ouverte pour 2034. »

Cette exclusion touche particulièrement la France, pays hôte des Jeux 2030 et berceau du combiné nordique olympique. Plus de 60 athlètes français ont participé à cette discipline depuis 1924, remportant quatre médailles, dont deux en or. La première victoire française remonte à Albertville en 1992, avec Fabrice Guy, suivie de celle de Jason Lamy-Chappuis à Vancouver en 2010. Ces succès restent gravés dans l’histoire du sport français.

Fabien Saguez, président de la Fédération française de ski (FFS), a réagi avec émotion : « Aucun Français ne peut s’enlever cette image de Fabrice Guy et de Sylvain Guillaume remportant les deux premières places à Albertville pendant des Jeux iconiques qui ont été le début d’une aventure incroyable pour la montagne française. C’est un vrai crève-cœur de ne pas ressentir ce qu’on a ressenti à Vancouver. J’étais en place comme directeur technique national, ce sprint de dingue dans le stade à Vancouver avec une dizaine d’athlètes qui pouvaient gagner et c’est Jason qui l’emporte à la fin. Je pense que ça, ça nous a tous marqués. Ne pas avoir la discipline chez nous en 2030 est une vraie déception. »

La question de la mixité a également été soulevée. En 2018, le combiné nordique était la seule épreuve non mixte des JO. Pierre Ducrey a précisé que la décision n’était pas liée à un manque de parité, mais à des problèmes d’universalité. Pour Fabien Saguez, ce facteur a joué un rôle : « Il y a une chose sur laquelle je me suis beaucoup battu ces dernières années, qui nous a fait aussi du mal, c’est que c’était le seul sport qui n’était pas paritaire aux Jeux olympiques. Le fait de ne pas avoir les dames dans le programme olympique de Milan-Cortina n’aide évidemment pas. J’espère que la Fédération internationale en aura pris conscience : on ne peut plus avoir des disciplines réservées uniquement aux hommes. Ce n’est pas acceptable. »

« Malgré les efforts faits sur les dernières années, notamment sur l’inclusion des femmes au championnat du monde et avec un vrai tour en Coupe du monde, le combiné nordique doit redoubler d’efforts de ce côté-là. »
— Fabien Saguez, président de la FFS

La réaction des athlètes est particulièrement vive. Laurent Muhlethaler, médaillé en 2022 et 2024, a arrêté sa carrière il y a trois mois. Il exprime son amertume : « Le combiné nordique, c’est l’origine du ski aux Jeux olympiques. Ça fait 100 ans que c’est au programme et on ne s’imaginait quand même pas que ça puisse arriver. C’est triste, et à la fois, ce n’est même pas étonnant parce que le sport, c’est aussi du business. On le voit aussi avec toutes les aides qu’on peut avoir : on est un peu snobé. Oui, ça fait mal au cœur, surtout pour mes coéquipiers. C’est une double peine parce que c’est quand même des Jeux en France : ils connaissent par cœur le site de Courchevel. »

Sur la possibilité d’un retour en 2034, les avis divergent. Muhlethaler se montre pessimiste : « Franchement, si aujourd’hui ils l’enlèvent, j’ai du mal à croire que dans quatre ans, ils le remettent. J’espère me tromper. » À l’inverse, Fabien Saguez garde un espoir mesuré : « Je pense de manière un peu plus positive. Hier, j’assistais à un FIS Council, l’organe de décision de la FIS, où nous avons eu un long passage sur le sujet. J’ai abordé la nécessité de travailler sur les formats de course, les quotas et les règlements pour redonner de l’intérêt à la discipline. Je vais garder de l’espoir et travailler sur le sujet pendant les quatre prochaines années. »

Et maintenant ?

La FFS et la Fédération internationale de ski (FIS) devraient entamer des discussions pour moderniser le combiné nordique, notamment en intégrant davantage de femmes et en adaptant les formats de compétition. Cependant, aucun calendrier précis n’a encore été annoncé. Le CIO a laissé entendre que la discipline pourrait être réévaluée d’ici 2034, mais cette hypothèse reste incertaine. Les prochains championnats du monde, prévus en 2027, pourraient donner des indications sur les évolutions envisagées.

En attendant, le combiné nordique devra faire face à une épreuve de taille : regagner sa place au cœur de l’univers olympique, dans un paysage sportif en constante évolution. Les Jeux de 2030 dans les Alpes françaises s’annoncent déjà comme un défi pour les organisateurs, qui devront composer avec cette exclusion inattendue.

Le CIO n’a pas encore détaillé de mesures compensatoires. La priorité reste l’équilibre global du programme olympique, avec une attention particulière portée aux sports d’hiver traditionnels et aux disciplines émergentes.

Aucune annonce n’a été faite à ce sujet. Cependant, la FFS pourrait étudier cette piste pour soutenir les athlètes français et internationaux, en parallèle des Jeux Olympiques.