La Belgique, qui affiche le pire bilan européen en matière de pollution aux PFAS, fait désormais face à une plainte déposée par l’ONG environnementale ClientEarth pour « violation des droits humains ». Selon Euronews FR, l’association accuse les autorités belges de ne pas avoir protégé les citoyens contre les risques sanitaires liés à ces « polluants éternels », malgré des connaissances anciennes sur leur présence dans l’environnement.
Ce qu'il faut retenir
- La Belgique présente les niveaux de PFAS les plus élevés d’Europe, selon The Forever Pollution Project.
- ClientEarth a saisi le Comité européen des droits sociaux (ECSR) pour manquement à la Charte sociale européenne.
- Les PFAS, interdits dans l’UE pour certains composés, restent présents dans les sols et les organismes pendant des siècles.
- Les sites les plus touchés incluent Zwijndrecht (près d’Anvers) et Chièvres (près de la frontière française).
- L’ECSR doit se prononcer sur la recevabilité de la plainte en 2027, avec une décision finale attendue d’ici deux à trois ans.
Une plainte historique pour violation des droits humains
ClientEarth, une ONG spécialisée dans les contentieux environnementaux, a déposé une plainte devant le Comité européen des droits sociaux (ECSR) contre l’État belge. L’objectif ? Faire reconnaître que l’inaction des autorités constitue une violation des droits fondamentaux des citoyens exposés aux PFAS. « Non seulement la contamination dure depuis longtemps, mais nous avons constaté que les autorités disposent d’informations sur cette pollution depuis des années, voire des décennies, et que très peu de choses ont été faites », a déclaré Hélène Duguy, avocate chez ClientEarth et spécialiste du droit environnemental.
Cette plainte marque une première pour ClientEarth, qui saisit pour la première fois le Comité européen des droits sociaux. « Nous l’avons choisi parce que nous savons que ce comité dispose d’un pouvoir de contrainte très important », a précisé Duguy à Euronews FR. L’ECSR, organe de suivi du Conseil de l’Europe, est chargé de vérifier si les États membres respectent la Charte sociale européenne, un traité garantissant les droits sociaux et économiques.
La Belgique, épicentre européen de la pollution aux PFAS
Les PFAS, ou « polluants éternels », désignent une famille de plus de 10 000 substances chimiques synthétiques utilisées pour leurs propriétés antiadhésives, hydrofuges ou anti-taches. On les retrouve dans des produits du quotidien tels que les boîtes à pizza, les poêles antiadhésives, les protections menstruelles ou encore les vêtements de plein air. Leur particularité ? Ils mettent des centaines d’années à se dégrader, s’accumulant dans les sols, les nappes phréatiques et les organismes vivants.
Selon The Forever Pollution Project, initiative européenne cartographiant la contamination aux PFAS, la Belgique détient le record continental des concentrations. Les zones les plus touchées incluent Zwijndrecht, où l’usine du groupe 3M est pointée du doigt, Chièvres, associée à une base aérienne voisine, ainsi que plusieurs quartiers de Bruxelles, notamment Anderlecht et Uccle. Dès le début des années 2000, 3M et les agences flamandes avaient été informées de la pollution, mais l’ampleur du problème avait été minimisée.
Des risques sanitaires avérés et transgénérationnels
Les PFAS sont associés à de multiples pathologies. En 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé l’acide perfluorooctanoïque (APFO) comme cancérogène avéré pour l’homme et l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) comme cancérogène possible. Philippe Grandjean, professeur de médecine environnementale à l’Institut national de la santé publique de Copenhague, souligne que ces composés aggravent également les risques de diabète, d’infertilité ou d’obésité. « Ces risques devraient inciter les gouvernements à investir massivement dans la prévention », a-t-il indiqué à Euronews FR.
Les conséquences des PFAS dépassent les générations actuelles. Grandjean explique que ces polluants altèrent la qualité du sperme, augmentent le risque d’interruptions involontaires de grossesse et franchissent le placenta ainsi que le lait maternel. « Les PFAS affectent non seulement les adultes exposés, mais aussi les futurs enfants », précise-t-il. Ces impacts expliquent pourquoi la pollution aux PFAS est désormais considérée comme une question de droits humains, au même titre que d’autres crises environnementales majeures.
Un contexte européen et international sous tension
La Belgique n’est pas le seul pays confronté à cette problématique. En 2024, des experts des Nations unies ont qualifié la pollution aux PFAS générée par DuPont et Chemours en Caroline du Nord (États-Unis) de violation des droits humains. En Europe, des actions en justice sont en cours dans plusieurs pays. En mai 2026, des ONG environnementales et des riverains ont attaqué la France pour son inaction face à la pollution aux PFAS ; une décision est attendue en 2027. ClientEarth espère que sa plainte belge « soutiendra et complétera » ces initiatives, comme l’a souligné Hélène Duguy.
L’ONG exige que la Belgique prenne des mesures concrètes : interdiction totale des PFAS, mise en place d’une biosurveillance systématique (notamment pour les enfants et les femmes enceintes), et accélération des opérations de dépollution. « Ces démarches restent encore très lentes en Belgique », a-t-elle relevé. Pourtant, la complexité technique de la dépollution est un défi de taille : selon une étude publiée le 6 juillet 2026 dans la revue Environmental Science: Processes and Impacts, même un investissement annuel de 100 milliards d’euros en Europe ne permettrait de retirer qu’une infime partie des PFAS présents dans l’environnement.
Cette affaire illustre plus largement les défis posés par les « polluants éternels » en Europe, où leur persistance dans l’environnement impose des solutions innovantes et coûteuses. Entre enjeux sanitaires, juridiques et économiques, la Belgique se retrouve au cœur d’un débat qui dépasse ses frontières.
Les PFAS, ou per- et polyfluoroalkylées, mettent plusieurs siècles à se décomposer naturellement dans l’environnement. Leur persistance en fait des polluants quasi indestructibles, s’accumulant dans les sols, les nappes phréatiques et les organismes vivants pendant des générations.
L’ECSR doit d’abord examiner la recevabilité de la plainte, une décision attendue en 2027. Si elle est jugée recevable, une procédure plus longue (deux à trois ans) sera engagée pour aboutir à un verdict final. En cas de condamnation, la Belgique pourrait être tenue de renforcer ses mesures de protection et de dépollution.