Le Comité international olympique (CIO) a officialisé, mardi 7 juillet 2026, le retrait du combiné nordique du programme olympique dès les Jeux d’hiver de 2030, selon Franceinfo – Sport. Cette discipline, présente depuis la première édition des Jeux d’hiver en 1924 à Chamonix, cédera sa place au freeride et au patinage synchronisé, deux sports en pleine expansion médiatique et commerciale.
Ce qu'il faut retenir
- Le CIO a retiré le combiné nordique des JO 2030, une première depuis sa création en 1924.
- La discipline est remplacée par le freeride et le patinage synchronisé, jugés plus « populaires » par le CIO.
- Le combiné nordique ne représente que « 0,3 % » des audiences des Jeux d’hiver, selon les critères du CIO.
- Des anciens athlètes et entraîneurs dénoncent une décision « purement marketing », sacrifiant l’histoire sportive.
- La Fédération française de ski (FFS) a exprimé son soutien aux athlètes, mais la discipline doit désormais se réinventer sans les JO.
Cette décision intervient après une série de réformes engagées par le CIO pour moderniser l’offre olympique. Le combiné nordique, qui mêle saut à ski et ski de fond, était jusqu’alors considéré comme un pilier des Jeux d’hiver. Pourtant, selon les critères retenus par l’instance dirigeante, sa faible audience et sa concentration sur quelques nations dominantes (comme la Norvège, l’Allemagne ou la Finlande) ont pesé dans la balance. « La direction prise par les JO est hors sujet depuis un certain temps, parce qu’on enlève les disciplines historiques qui vivent grâce aux Jeux olympiques », a déploré Jérôme Laheurte, ancien entraîneur de l’équipe de France de combiné nordique entre 2010 et 2018.
Le CIO justifie son choix par des arguments techniques : le combiné nordique ne représenterait que « 0,3 % des audiences totales des Jeux d’hiver », un chiffre que les responsables du CIO estiment insuffisant pour justifier sa présence. Pourtant, cette logique est contestée par les acteurs de la discipline. « Dans beaucoup de sports, comme le skeleton, la luge ou le bobsleigh, il y a de toute manière des nations phares, bien plus fortes que d’autres. Il n’y a pas de différence avec le combiné nordique », a rétorqué Jérôme Laheurte. « Quand tu veux tuer ton chien, tu dis qu’il a la rage », a taclé de son côté Fabrice Guy, champion olympique de combiné nordique aux Jeux d’Albertville en 1992, dans les colonnes de L’Équipe.
« Sans les JO, c’est une discipline qui n’existe plus. » — Jérôme Laheurte, ancien entraîneur de l’équipe de France de combiné nordique
L’histoire du combiné nordique est pourtant riche. Apparue dès 1896 aux premiers Jeux olympiques modernes à Athènes (sous une forme différente), elle a trouvé sa place définitive aux Jeux d’hiver en 1924. Depuis, elle a vu défiler des légendes comme Fabrice Guy, vainqueur en 1992, ou Jason Lamy-Chappuis, médaillé d’or à Vancouver en 2010. Pourtant, malgré ces succès, la discipline peine à séduire un public large en dehors des pays nordiques. « Les JO font rêver les gens. C’est une fête sportive, un rêve de gosse pour beaucoup », a rappelé Jérôme Laheurte. « Déjà avec les JO, le combiné nordique fait partie des sports qui ont peu d’argent, peu de moyens. Si tu le retires des JO, tu enlèves ce rêve. »
La décision du CIO a été prise malgré une mobilisation des athlètes. En mars 2026, une quarantaine de sportifs et champions olympiques avaient adressé une lettre au CIO pour défendre la discipline. Une démarche qui n’a pas suffi à inverser la tendance. « On a fait poireauter tout le monde, les athlètes, les staffs. C’est insupportable de jouer avec eux, c’est le pire », a dénoncé l’ancien coach. Pour les jeunes athlètes, dont certains ont fait le choix de se consacrer à 20 ans à ce sport, la nouvelle est particulièrement cruelle. « Je pense aux jeunes athlètes, qui étaient l’avenir de la discipline, qui ont fait ce choix de projet de vie et qui, à 20 ans, se voient couper l’herbe sous le pied », a-t-il souligné avec amertume.
La Fédération française de ski (FFS) a tenté de rassurer ses licenciés. Dans un message publié sur Instagram, elle a affirmé : « À tous les athlètes pratiquant le combiné nordique, sachez que la Fédération est à vos côtés. Votre engagement, vos sacrifices et vos performances méritent d’être reconnus et valorisés. (...) Plus que jamais, restons unis derrière nos combinés. » Pourtant, l’avenir de la discipline reste incertain. Sans l’exposition des Jeux olympiques, les sponsors pourraient se désengager, faute de visibilité. « Jamais une discipline éliminée des Jeux n’est réapparue lors de l’édition suivante. Sans les Jeux, le combiné nordique va mourir à petit feu, les sponsors ne resteront pas sans visibilité », a prévenu Fabrice Guy.
Cette exclusion illustre une tendance de fond : l’influence croissante des logiques économiques et médiatiques sur le sport olympique. Alors que le CIO mise sur des disciplines plus spectaculaires ou accessibles au grand public, les sports traditionnels, malgré leur héritage, sont de plus en plus fragilisés. Le combiné nordique rejoint ainsi la liste des disciplines évincées, comme la lutte, retirée après les Jeux de 2020. Une évolution qui interroge sur l’équilibre entre innovation et préservation du patrimoine sportif.
Pour les athlètes français, la tâche s’annonce ardue. La France compte plusieurs spécialistes du combiné nordique, comme Mattéo Baud, 20 ans, espoir tricolore médaillé de bronze aux Championnats du monde juniors en 2025. Leur carrière pourrait être profondément impactée par cette décision. « Comment voulez-vous qu’une discipline se développe sans le rêve olympique ? Les jeunes vont tous bifurquer et le niveau ne pourra pas aller vers le haut », a résumé Jérôme Laheurte. Une génération de sportifs se retrouve ainsi face à un défi inédit : continuer à croire en leur passion, malgré l’absence de la plus grande vitrine qui soit.
Le freeride et le patinage synchronisé prendront leur place dans le programme olympique des Jeux d’hiver 2030, selon la décision annoncée par le CIO le 7 juillet 2026.
Le CIO a évoqué une possible réintégration en 2034, mais les acteurs de la discipline jugent cette perspective très improbable, au vu des précédents.